En Vendée, la basketteuse calédonienne Soana Lucet s’épanouit enfin dans un club français

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Soana Lucet
La basketteuse calédonienne Soana Lucet, joueuse vedette de La Roche Vendée Basket ©LRVB
Elle avait fini par croire que le basket français n’était pas fait pour elle. Le club de La Roche Vendée lui a démontré le contraire. La calédonienne Soana Lucet va y disputer sa troisième saison d’affilée. Avec bonheur et ambitions.
Il n’y avait donc pas de malédiction. Aucun complot. Rien n’empêchait Soana Lucet de réussir sur les parquets français. Elle a juste dû attendre de rencontrer le bon entraîneur. Avec le bon projet. Voilà déjà deux ans que la Calédonienne fait le bonheur du club vendéen du RVB. L’aventure se poursuivra la saison prochaine. Ou plutôt reprendra la saison prochaine. Car le basket féminin se trouve en mode pause forcée depuis la mi-mars.

À la fois sérieuse et inquiète, la Calédonienne n’a pas mis les pieds dans un supermarché pendant près de deux mois : "Le confinement n’a pas été évident à supporter mais il était nécessaire, avoue Soana. Heureusement que j’ai pu vivre cette période avec ma mère. On a profité l’une de l’autre. Est-ce que j’ai eu peur pour elle ? Évidemment. Mais tout était fait pour que nous ayons peur. Le fameux climat anxiogène à la française.
Physiquement, j’ai pu continuer à m’entretenir à domicile. Disons tout de même que les trois dernières semaines de confinement m’ont paru plus longues. Garder la volonté de faire du vélo d’appartement dans sa cuisine, c'est quelque chose de particulier…"


Heureusement que le déconfinement a pu permettre un retour progressif à la normale. Soana Lucet, 33 ans a ainsi retrouvé toute sa liberté de mouvement. Pas de vacances pour autant en Calédonie, cet été. Car si maman Lucet est rentrée depuis, sa fille ne veut pas passer autant de temps… dans une chambre d’hôtel : "Actuellement, le gouvernement impose une quatorzaine dans un hôtel réquisitionné, puis une semaine de confinement strict à domicile. Drôles de vacances. Dans la foulée, je devrais presque repartir dans l’Hexagone pour la prochaine saison."
Un tel voyage dans de telles conditions peut effectivement se révéler frustrant. D’autant que l’évolution sanitaire générale demeure incertaine. D’où l’émergence d’un calendrier sportif virtuel : "Pour l’instant, on ne sait toujours pas quand on reprend. Avec le club, le retour à l’entraînement est prévu pour le 10 août. Le premier match de championnat est annoncé pour la mi-septembre. Mais il n’y a aucune garantie à ce jour."
 
Soana Lucet
La calédonienne Soana Lucet avec sa mère. Période confinement. ©Soana Lucet
 

Le chaudron vendéen a besoin de son public et de ses sponsors

Date de reprise approximative. Une seule certitude : le monde du basket refuse d’organiser des matchs à huis clos. La perte de recettes serait colossale. "D’autant que pour nous, les joueuses, évoluer devant des tribunes vides, ce n’est pas du tout pareil, confirme Soana. La Roche-sur-Yon dispose d’une salle-chaudron de 2 000 spectateurs. C’est toujours plein. Quand on croise les gens dans la rue, ils attendent le retour de la compétition avec impatience. Je n’imagine pas qu’on les laisse à la porte."
De toute façon, les finances des clubs ne le supporteraient pas. Autant mettre la clé sous la porte : "L’équilibre économique serait rompu. Comment voulez-vous qu’un sponsor continue à vous soutenir financièrement si du jour au lendemain, il n’est plus visible ?"

Sportivement, La Roche Vendée Basket semble avoir une belle carte à jouer en 2020/2021. En Championnat tout d’abord. Soana l’expérimentée repart pour une troisième saison. La Martiniquaise Marielle Amant, l’autre joueuse d’expérience sera encore de la fête. Et n’oublions pas la prometteuse guadeloupéenne Océane Monpierre. L’équipe vendéenne peut viser le haut de tableau en Ligue féminine. Tout en brillant au niveau européen : "Avec ce noyau de joueuses solides, on peut aller loin. Il y a une bonne dynamique. Et la Coupe d’Europe nous permet de jouer deux matchs par semaine. Nous allons pouvoir nous exposer. Nous comparer aux meilleures équipes du continent. C’est super positif."
 
Soana Lucet
La basketteuse Soana Lucet avec Emmanuel Body, son entraîneur à La Roche-sur-Yon ©Ouest France / Fabrice Delève
 

Soana et le basket français, enfin une histoire qui dure

Avant de s’imposer en Vendée, Soana Lucet avait surtout brillé à l’étranger. En Allemagne (deux doublés Coupe-Championnat avec Wasserburg en 2016 et 2017) et en Belgique. Son premier club français Arras en 2011 la libère au bout de 8 matchs. Rendement insuffisant. Rebelote en 2013 lorsqu’elle rentre de Belgique pour signer à Angers. L’aventure angevine ne dure que 13 rencontres. Avant l’exil réussi en Allemagne. À croire que la Calédonienne n’était pas faite pour le basket hexagonal : "J’ai effectivement fini par le penser, sourit Soana. Comme si ça ne collait pas avec les coachs français. Puis il y a eu la rencontre avec Emmanuel Body, l’entraîneur de La Roche. Il m’a présenté son projet. Il recherchait des joueuses revanchardes qui voulaient travailler dans une bonne atmosphère. Résultat : je ne me suis jamais sentie aussi épanouie."

L’épanouissement est tel qu’elle enchaîne une troisième saison dans une même équipe pour la première fois. À 33 ans, Soana Lucet se fait enfin un nom en France. Il est vrai que son début de carrière fut atypique et lointain. En 2006 lors d’une compétition en Nouvelle-Zélande, la Calédonienne est détectée par des recruteurs américains. À 19 ans, place à l’American Way of life : "J’ai vécu un rêve américain pendant quatre ans et demi. Au College of Southern Idaho puis à l’université d’Arizona. J’avais une bourse universitaire. Rien à payer. Tout était grandiose. Un vrai beau souvenir. C’est peut-être aussi pour ça que le retour en France a été si compliqué. Les dimensions n’étaient plus les mêmes."

L’American Dream de Soana n’est peut-être pas qu’un beau souvenir de jeunesse. Pour l’instant, la Calédonienne se sent encore très bien sur le plan physique. "Tant que je suis devant les jeunes, je continue ! lâche-t-elle. Mais pas question de finir sur les rotules. Donc on verra. Ceci étant, je ne jouerai pas jusqu’à 40 ans." Alors justement, que fera-t-elle ? "Je me verrais bien aller coacher aux États-Unis." Belle idée. Beau projet. Mais maintenant que Soana est en amour avec le basket français, pourquoi ne pas commencer par entraîner dans son pays ? "Ah oui, c’est vrai, ça. Pourquoi pas ? Je pourrais passer mes diplômes et commencer mon nouveau métier sur les parquets français."
Soana Lucet ou le French Dream à 30 ans passés.
 
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La basketteuse calédonienne Soana Lucet dans ses œuvres ©Willy Cousseau
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