Victoire du Non à l'indépendance : la droite salue le vote des loyalistes, Mélenchon dénonce un scrutin "illégitime"

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Pécresse Mélenchon
©Outre-mer La 1ère / AFP
Alors que les résultats définitifs provisoires du référendum en Nouvelle-Calédonie donnent une large victoire au Non, une partie de la classe politique de l'Hexagone a réagi dimanche. Le Premier ministre assure qu'"un nouveau dialogue va se mettre en place" pour déterminer le futur de l'archipel.

"Les Calédoniens ont fait le choix de la France par [trois] fois. Librement et clairement. C’est une grande fierté. Cette décision nous oblige." Depuis Nouméa, le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu s'est félicité du résultat du référendum qui s'est tenu le 12 décembre en Nouvelle-Calédonie, et qui a donné une large victoire au camp loyaliste, avec 96,5 % des électeurs rejetant l'indépendance de l'archipel. Mais c'est sans compter la forte abstention (56 %), qui soulève après coup la question de la légitimité du vote, les indépendantistes ayant appelé à bouder les urnes.

Une chose est sûre : avec ce troisième référendum, c'est un processus vieux de 30 ans qui prend fin, comme l'a rappelé le président Emmanuel Macron, lors d'une intervention télévisée dimanche.

"Ce 12 décembre ne constitue (...) en aucun cas une fin, mais est une étape essentielle pour la Nouvelle-Calédonie", a réagi dans la foulée le Premier ministre Jean Castex, dans un communiqué, promettant de conduire les discussions en vue d'un "nouveau dialogue" entre les Calédoniens et la France. Sébastien Lecornu mènera des consultations entre toutes les parties, a précisé le chef du gouvernement.

Encore faut-il que l'actuel gouvernement se maintienne au pouvoir après les élections présidentielles et législatives prévues en 2022 pour mener à terme cette transition. Car dans la journée de dimanche, c'est en gardant en tête la campagne présidentielle que les différents acteurs politiques de l'Hexagone ont réagi aux résultats du vote calédonien.

La République reste unie, la droite se réjouit

La droite, qui a toujours milité pour que la Nouvelle-Calédonie reste française, s'est empressée de saluer le choix des Calédoniens, à l'instar de Xavier Bertrand, le président de la région Hauts-de-France, un temps favori pour représenter Les Républicains à l'élection présidentielle de 2022 :

Invitée de l'émission "Dimanche en politique" sur France 3, Valérie Pécresse, choisie par les militants de droite pour représenter le camp des Républicains à l'élection présidentielle, a rappelé son attachement au Caillou, qu'elle avait déjà exprimé dans une tribune publiée dans Le Figaro en octobre :

[Le résultat] va au-delà de mes espérances. C'est un grand moment de bonheur. La Nouvelle-Calédonie, c'est la France. Les Outre-mer sont la France (...) Il faut faire de la Nouvelle-Calédonie un phare du Pacifique.

Valérie Pécresse, sur France 3

©nouvellecaledonie

Le président du Sénat Gérard Larcher, membre du parti Les Républicains, s'est, lui, tenu de crier victoire, appelant la Calédonie à aller de l'avant. "Le résultat de ce scrutin ne doit pas être perçu comme un aboutissement, mais comme le point de départ d'une relation renouvelée entre la France et les populations calédoniennes", a-t-il écrit dans un communiqué, avant de conclure : "Ce 12 décembre n'est pas un jour de victoire ou de défaite ; c'est un rendez-vous pris avec l'Histoire".

Marine Le Pen s'est réjouie sur Twitter de voir la Nouvelle-Calédonie rester française. Interrogé par Outre-mer La 1ère sur la légitimité du référendum, alors que beaucoup de Calédoniens se sont abstenus, André Rougé, référent Outre-mer de la candidate du Rassemblement national, estime que "le processus référendaire a été respecté dans les moindres règles et il n’en reste pas moins qu’un scrutin est un scrutin et qu’il faut respecter le droit de la démocratie".

Quant au candidat récemment déclaré Eric Zemmour, il a affirmé dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux - mais enregistrée avant les résultats du référendum - qu'en tant que président, il "ne prévoir[ait] pas d'autres référendums sur l'indépendance", la volonté des Calédoniens lors de ce scrutin ayant été "sans appel".

À gauche, Jean-Luc Mélenchon dénonce un scrutin "illégitime"

Les réactions se font plus rares à gauche. Jean-Luc Mélenchon, qui avait appelé à repousser le vote, a émis des critiques sur le résultat du référendum, selon lui "illégitime" :

Le candidat de gauche à l'élection présidentielle a dû mal à voir en quoi les résultats de dimanche vont permettre de tourner la page : "Moins d'un électeur sur deux a voté en Calédonie. Les indépendantistes ne reconnaissent pas le vote. Retour à la case face à face", a-t-il tweeté dimanche après-midi.

En déplacement dans l'Hexagone, le président du Congrès de Nouvelle-Calédonie Roch Wamytan, membre de la formation indépendantiste FLNKS, a confié à Franceinfo que, pour lui, le référendum du 12 décembre est nul :

Pour nous [les indépendantistes], ce n'est pas le troisième référendum. Nous considérons qu'en termes de légitimité juridique et politique, il n'y a que deux référendums, 2018 et 2020. Celui-là, c'est le référendum de l'État français et de ses soutiens en Nouvelle-Calédonie, pas le nôtre.

Roch Wamytan, président du Congrès de Nouvelle-Calédonie, sur Franceinfo

Anne Hidalgo, candidate du Parti socialiste, et Yannick Jadot, en lice pour l'élection présidentielle sous la bannière écologiste, n'ont pas réagi à la victoire du Non au référendum, dimanche. Le communiste Fabien Roussel a, lui, déploré un "résultat du référendum (...) entaché par une abstention très politique et par l'ampleur de la pandémie et la période de deuil".

Le candidat Philippe Poutou du Nouveau parti anticapitaliste a vivement critiqué Emmanuel Macron, estimant que la voix des kanaks n'a pas été entendue lors de ce scrutin :

La majorité s'enthousiasme, car la France "est plus belle" avec la Nouvelle-Calédonie

Reprenant la formule du chef de l'État, la majorité présidentielle a, elle, décidé d'applaudir le maintien de la collectivité d'Outre-mer dans le giron français.

Yaël Braun-Pivet, qui préside la commission des lois à l'Assemblée nationale, a estimé sur Franceinfo que le processus de l'Accord de Nouméa était désormais achevé : "Aujourd'hui, nous avons enfin abouti au terme de ce processus donc nous devons nous en satisfaire parce qu'il est important que la parole de l'État soit respectée, que les engagements pris par nos prédécesseurs soient tenus et c'est ce que nous avons fait."

Même son de cloche chez François Bayrou, le Haut-commissaire au Plan, invité sur BMFTV, pour qui le président a respecté ses engagements envers les Calédoniens en menant à terme le troisième référendum :

C'était un engagement d'organiser trois référendums sur l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie. C'est presque 100% des voix pour le non parmi ceux qui ont voté. Le Président n’a pas pris la tête d’un des camps car sa responsabilité est d’être Président de tous.

François Bayrou, sur BFM Politique

Également satisfaits de voir le Caillou rester français, les parlementaires La République en Marche Christophe Castaner, Stanislas Guerini et François Patriat n'ont néanmoins pas soulevé la question de l'abstention, alors même qu'ils avaient appelé les électeurs à se mobiliser dans une tribune publiée jeudi. Le chef de file des députés macronistes, Christophe Castaner, a affirmé sur Twitter que les résultats étaient la preuve que "Les Calédoniennes et les Calédoniens ont choisi de rester Français". Et Stanislas Guerini, délégué général d'En Marche, de conclure : "La Nouvelle-Calédonie continuera d'écrire son histoire au sein de la République française".