Crise en Guadeloupe : le Premier ministre appelle "au calme" et annonce la création d'une "instance de dialogue" autour de la vaccination

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Réunion de crise à Matignon le 22 novembre, suite aux violences en Guadeloupe. ©JULIEN DE ROSA / AFP
Jean Castex s'est entretenu avec des élus de Guadeloupe lundi soir afin de trouver une issue politique au mouvement social qui secoue le département antillais. Il a annoncé la création d'une instance de dialogue pour mieux comprendre les professionnels de santé qui rechignent à se faire vacciner.

Ils ont finalement discuté à distance avec le Premier ministre. Plusieurs élus guadeloupéens se sont bel et bien rendus à Matignon lundi à 18h à l'invitation de Jean Castex. Mais ce dernier a dû s'astreindre à l'isolement après que l'une de ses filles âgée de 11 ans a été testée positive au Covid-19. Il a donc conduit cette réunion de crise en visioconférence, depuis une salle différente.

Le Premier ministre a fait une déclaration, à l'issue de cette réunion de deux heures, entamant son intervention par un appel au calme : "J'ai donné toutes les instructions pour que l'ordre républicain soit rétabli et j'ai envoyé sur place des forces supplémentaires." Jean Castex a ensuite réaffirmé qu'il n'était pas question de revenir sur l'obligation vaccinale pour les soignants "en Guadeloupe ou ailleurs". Il a de nouveau détaillé les motivations derrière la loi qui vise, selon lui, à protéger "des personnes tout particulièrement exposées aux risques engendrés par la Covid et qui travaillent au quotidien au contact de personnes fragiles ou vulnérables."

La République doit protéger la population et notamment ceux qui œuvrent pour soigner et secourir. C'est pour cela que la loi a prévu une obligation de vaccination pour les soignants et pour les sapeurs-pompiers et pour eux seulement.

Jean Castex, le 22 novembre 2022

Instance de dialogue et pédagogie

Insistant sur un "dialogue nécessaire pour entendre et comprendre nos concitoyens qui s'interrogent de bonne foi", Jean Castex a affirmé vouloir répondre aux craintes des personnels soignants qui ne sont pas encore vaccinés. Il a annoncé la création d'une instance de dialogue "pour convaincre et accompagner individuellement chacun des professionnels concernés" .

Une mission du ministère de l'Intérieur sera également dépêchée dès demain en Guadeloupe pour examiner avec les pompiers les moyens "pour permettre les conditions de déploiement de l'obligation vaccinale." Enfin, Jean Castex à demandé au ministre des Outre-mer de poursuivre le dialogue avec "les élus et forces vives du territoire qui sont pleinement engagés" sur place. Objectif : gérer les conséquences de la crise et favoriser la relance de l'emploi et de l'activité en Guadeloupe.  

Revoyez ici l'intégralité de la déclaration :

Après l'intervention du Premier ministre, Max Mathiasin a pris la parole au nom des parlementaires présents. Il a donné quelques précisions quant à l'instance de concertation qui dès demain va être en contact avec les sapeurs pompiers : "Dès lors que les sapeurs-pompiers ont un test PCR négatif de moins de 72, ils s'engagent, ils se sont engagés d'ailleurs à reprendre le travail", a affirmé le député de Guadeloupe au micro de Serge Massau, journaliste à Outre-mer la 1ère. Il a également évoqué des "possibilités de reclassement" pour les personnels soignants qui ne pourraient pas ou ne souhaiteraient pas se faire vacciner.  

Inquiétudes sociales et économiques

Craignant un scenario semblable à celui de 2009, quand une grève générale avait paralysé les Antilles pendant quarante jours, Matignon a donc relancé le dialogue, après avoir annoncé l'envoi de renforts policiers. La situation de la jeunesse et la question de l'eau en Guadeloupe, "un élément extrêmement important" ont également été abordées au cours de l'échange avec les ministres, a précisé Max Mathiasin qui explique toutefois ne pas vouloir se substituer aux organisations syndicales

"La situation insurrectionnelle de la Guadeloupe personne ne s'y attendait, a réagi le député. Il y a eu 2009, ça fait plus de 10 ans. On a vu une première réponse, c'est les tentatives de rétablissement de l'ordre. Mais il faut aussi commencer et continuer à traiter les problèmes de fond de cette société, par le dialogue."

Parmi les élus présents à Matignon ce lundi soir : les parlementaires Victorin Lurel, Max Mathiasin, Olivier Serva, Justine Benin, Victoire Jasmin et Dominique Théophile, ainsi que le président de l'association des maires de Guadeloupe Jocelyn Sapotille, tout comme Guy Losbar et Jean-Philippe Courtois pour le Département. Le préfet Alexandre Rochatte, la députée Hélène Vainqueur-Christophe et le président de Région Ary Chalus ont, eux, participé en visioconférence. 

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Autour de la table lundi 22 novembre à Matignon étaient, notamment présents, Gérald Darmanin, Sébastien Lecornu, Victorin Lurel, Victoire Jasmin, Dominique Théophile et Jocelyn Sapotille. ©JULIEN DE ROSA / AFP

Épaulé par les ministres de l'Intérieur, Gérald Darmanin, des Outre-mer, Sébastien Lecornu, et de la Santé, Olivier Véran, Jean Castex avait souhaité entendre l'analyse d'élus guadeloupéens de tous bords sur la crise sociale qui frappe le département antillais. La mobilisation lancée la semaine dernière, initialement contre le pass sanitaire et l'obligation vaccinale des soignants, a dégénéré, jeudi, en crise sociale émaillée de nombreuses violences.