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Visite au cœur du Musée national d'histoire et de la culture afro-américaine

Le Musée national de l’histoire afro-américaine a ouvert au public le 24 septembre dernier à Washington. Il aura fallu treize ans pour arriver à cet évènement qui marque la fin du mandat de Barack Obama, au moment où l’Amérique est rattrapée par la division et la violence raciale. 

© NS
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  • Par Nathalie Sarfati
  • Publié le
Le nouvel édifice situé sur le Mall de Washington entre le Capitol et le Lincoln Memorial raconte l'esclavage et la discrimination mais aussi les succès des Noirs américains. Un mois après son ouverture au public, c’est le succès. Le musée attire près de 10.000 visiteurs par jour. Les tickets d’entrée – gratuits, comme l’accès à tous les musées nationaux gérés par la Smithsonian Institution – s’arrachent et il faudra attendre le mois de mars 2017 pour avoir une chance d’y accéder.
 

Des esclaves à Michael Jackson

Il faut prendre le temps de visiter chaque étage, de s’imprégner de l’ambiance, de comprendre s’il en était encore besoin que sans les Afro-Américains, la nation américaine n’aurait pas pu se construire et devenir une démocratie. L’excitation de pouvoir visiter ce lieu laisse vite place à l’émotion. D’un étage à l’autre, le visiteur marche le long de rampes pour symboliquement mesurer le long chemin parcouru. La visite commence sous terre pour rendre compte de la période de l’esclavage (1619-1865). Elle remonte ensuite progressivement pour évoquer la ségrégation (abolie en 1964), puis les diverses contributions des Afro-Américains au patrimoine militaire, culturel et sportif jusqu'à nos jours. Pour illustrer toutes ces périodes, On s’arrêtera sur les images, les films inédits, les écrans interactifs.
 
Le musée retrace l’affirmation de la communauté noire, du New Negro Movement du début du XXe siècle au Black Power incarné par Tommie Smith et John Carlos, le poing ganté de noir levé sur le podium des Jeux Olympiques de Mexico, en passant par le mouvement antiraciste Black Lives Matter.

A gauche, titre d’une chanson de James Brown (1968). A droite, le véhicule de Chuck Berry. © NS
© NS A gauche, titre d’une chanson de James Brown (1968). A droite, le véhicule de Chuck Berry.

Un projet de musée centenaire

Il a fallu treize ans et 540 millions de dollars pour bâtir le dix-neuvième  musée de la Smithsonian Institution. Il concrétise le rêve nourri par d’anciens combattants afro-américains de la guerre de Sécession qui étaient montés dès 1915 à Washington pour proposer l’érection d’un mémorial en leur honneur. Il faudra attendre 2003 pour qu’une commission nommée par le président George W. Bush juge le moment venu de créer un nouveau musée rattaché aux institutions Smithonian dédié à l’histoire et à la culture noires.
 
L'édifice actuel recevra sa première pierre en février 2012. En novembre 2013, les deux premiers objets, parmi les plus impressionnants, sont installés dans le bâtiment : le wagon d'un train de 1920, en circulation sous l'ère ségrégationniste et une tour de prison de Louisiane. En octobre 2014, le dernier morceau qui compose la structure est posé. Trois mois plus tard la superstructure avec ces panneaux d'aluminium plaqués de  bronze, est terminée.

REGARDEZ le reportage sur le Musée national d'histoire et de la culture afro-américaine

Musee washington

Environ 36.000 objets exposés

Aucun aspect n'est occulté : ni la traite des esclaves, ni la ségrégation, ni la lutte pour les droits civiques, ni les réussites contemporaines, du sport au hip-hop et à la politique. Quelques 36.000 objets sont exposés dont 60 % proviennent de donateurs privés.
 
Certains objets sont de véritables trésors historiques comme une estrade sur laquelle on vendait les esclaves ou encore des objets personnels comme un vêtement de Rosa Parks ou un châle et un livre de psaume ayant appartenus à Harriet Tubman, cette esclave devenue militante abolitionniste et combattante durant la guerre de Sécession. Son destin héroïque lui vaudra d’avoir son visage imprimé sur les billets de 20 dollars dans les prochaines années.
 
Le musée rend hommage à tout ce que les Afro-Américains ont apporté à l’Amérique et parfois au monde : les athlètes Jesse Owens et Carl Lewis, le joueur de baseball Jackie Robinson et la tenniswoman Venus Williams. Le basketteur Michael Jordan a contribué à faire de son sport de niche très américain un sport populaire à l’échelle planétaire.
 
Sculptures de Tommie Smith et John Carlos, le poing ganté de noir levé sur le podium des Jeux Olympiques de Mexico. © NS
© NS Sculptures de Tommie Smith et John Carlos, le poing ganté de noir levé sur le podium des Jeux Olympiques de Mexico.

Extraordinaire créativité

La nouvelle institution honore l’extraordinaire créativité littéraire, culturelle et musicale des Afro-Américains avec des objets ayant appartenu à John Coltrane, Miles Davis, Louis Armstrong voire Michael Jackson. L’exposition aurait pu se terminer avec la présidence de Barack Obama. Ce n’est pas le cas. À la place, c’est le mouvement Black Lives Matter qui est mis en lumière. "Nous voulions être sûrs que les visiteurs ne voient pas le premier président noir comme la fin de l’histoire pour les Afro-américains", a  expliqué l'un des conservateurs du musée. 
 
La grande majorité des visiteurs sont des Afro-Américains. La fierté se lit sur leur visage. Un peu comme si leur pays leur rendait un passé qu’il leur aurait volé. L’ouverture de ce musée arrive à point nommé. Le pays étant en proie à un regain de tensions raciales, l'institution rattachée aux musées Smithonian a pour vocation de garantir à la seconde minorité du pays la place qui lui revient dans l'histoire américaine.
 
Le site du musée : National Museum of African American History & Culture

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