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Dans la nuit du 29 au 30 juin 2009, un Airbus A310-300 qui effectuait la dernière partie d’un vol entre Paris, Marseille, Sanaa au Yemen et l'aéroport international Prince Saïd Ibrahim de Moroni aux Comores s’abîme dans l'océan Indien à huit miles (environ 15 km) de Mitsamiouli, Grande Comore : 152 personnes trouvent la mort. Bahia Bakari, seule rescapée de ce crash, est considérée comme une "miraculée". Dix ans après, les familles attendent toujours un dédommagement. 

Le crash

Un grand nombre de passagers avaient d'abord emprunté un A310 qui assurait le vol Yemenia 749, parti le 29 juin 2009 à 8h55 de l'aéroport Charles de Gaulle, à Paris, pour se rendre, via Marseille, à Sanaa, au Yémen, où ils avaient embarqué à bord de l'A310 assurant le vol IY626, dont l'arrivée à Moroni était prévue à 2h30 locales (22h30 UTC).

A 01h50 (heure locale), alors que l’avion amorce sa descente et prépare son atterrissage pour atterrir à l’aéroport de Moroni, il disparaît des écrans radars et tombe dans l’océan Indien.
RETOUR SUR LE CRASH DU VOL YEMENIA
 

Bahia Bakari, la rescapée 

La seule survivante est une jeune fille de 12 ans, Bahia Bakari, qui voyageait en compagnie de sa mère, décédée dans le crash.

© STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

L'adolescente s'est agrippée à un des gros débris qui flottaient sur l'océan. Elle n'avait pas de gilet de sauvetage. Neuf heures après le crash, elle a été retrouvée par des pêcheurs qui s'étaient portés au secours des disparus. Le bateau qui les transportait a accosté au Port Moroni à 19h25 heure des Comores, d'où Bahia a été menée à l'hôpital local. L’adolescente souffre d’une fracture de la clavicule et de brûlures au genou.
Témoignage de Bahia Bakari, rescapée du vol 626 Yemenia en 2009
Présent sur place, Alain Joyandet, alors secrétaire d’Etat chargé de la Coopération et de la Francophonie, annonce que "la France va évacuer la jeune fille et voir comment aider son père qui veut venir aux Comores pour rechercher le corps de son épouse".

Alain Joyandet, secrétaire d'État chargé de la Coopération et de la Francophonie, rend visite à Bahia Bakari à l'hôpital © STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Dix ans après, Alain Joyandet n’a pas oublié l'image de cette jeune fille allongée sur son lit d’hôpital et avec qui il a échangé quelques mots. "L'un des souvenirs les plus marquants de mon parcours politique", indique-t-il. 
 
Dix ans après, Alain Joyandet se souvient

Bahia Bakari a aujourd'hui 22 ans. Elle vit chez son père avec ses frères et soeurs et prépare un Master immobilier avec l'objectif d'ouvrir à terme une agence immobilière en région parisienne. 

L’enquête

30 juin 2009 : le Bureau d'enquêtes et d'analyses pour la sécurité de l'aviation civile (BEA) annonce qu'il envoie sur place des enquêteurs, qui, au nombre de quatre, commencent leur travail le 4 juillet 2009.

1er juillet 2009 : trois juges d'instruction du tribunal de grande instance de Bobigny sont co-saisis de l'enquête, et une information judiciaire pour homicide involontaire est ouverte.

Septembre 2009 : sur la base d'éléments communiqués aux familles par le BEA, une erreur de pilotage est évoquée. L'avion n'aurait pas suivi la trajectoire suggérée par le contrôle au sol et serait arrivé trop rapidement, alors que soufflait un vent de 40 nœuds.

22 octobre 2009 : les quinze dernières minutes d'enregistrement du Cockpit Voice Recorder ne révèlent pas de bruit d'explosion, mais montre une augmentation du niveau de bruit ambiant dans la cabine de pilotage vers 11 minutes avant impact. Le même jour, l'agence de presse gouvernementale yéménite Saba évoque la "plausibilité de l’hypothèse du missile, d’autant plus que les autorités comoriennes affirment que la marine française effectuait des manœuvres militaires dans la zone de l’accident à cette époque. Ce que l’ambassadeur français aux Comores aurait reconnu."

Mars 2011 : un rapport commandé par le parquet de Bobigny mentionne des erreurs de pilotage concernant, selon la presse, "les exigences des procédures d’atterrissage notamment en ce qui concerne le positionnement des becquets et sur la vitesse, trop faible en cas de problème."

Novembre 2013 : la compagnie est mise en examen par un juge d’instruction du tribunal de Bobigny pour "homicides involontaires".

Pour le Bureau enquête et analyse (BEA), qui a mené l’enquête technique en France, "l’accident ne s’explique ni par un problème technique ni par une explosion". La commission d’enquête comorienne estime quant à elle que "l’accident est dû à une action inadaptée de l’équipage" au cours d’"une manœuvre non stabilisée". Mais de nombreuses zones d’ombres demeurent.

Septembre 2014 : cinq ans après le crash, s'ouvre au tribunal de grande instance d'Aix-en-Provence le procès civil de Yemenia Airlines. Les familles réclament des indemnisations à hauteur de 70 millions d'euros. Les enquêteurs mettent l'accident sur le compte du manque de formation des pilotes. 

19 février 2015 : le tribunal de grande instance condamne la compagnie aérienne Yemenia à verser plus de 30 millions d'euros de dommages et intérêts à plus de 500 ayants droit de soixante-dix des cent cinquante-deux victimes. Une somme toutefois moins importante que les 70 millions d'euros d'indemnisations que réclamaient les proches des victimes. 
 

Indemnisations

Joint au téléphone par La1ere.fr, Maître Gérard Montigny, l'avocat des familles de victimes, espère être en mesure de pouvoir indiquer dans les prochains jours "le calendrier effectif et définitif d'un paiement réel".

L'avocat constate que la justice a commencé à bien fonctionner cette année grace notamment à une meilleure coopération entre la France et les Comores. Sur le plan pénal, indique-t-il, "les défaillances initiales de pilotage se sont renforcées avec aussi un défaut de formation et d'instruction des pilotes". 

Sur le plan civil, les familles connaissent le montant des dédommagements qu'elles peuvent espérer. L'enveloppe globale se monterait à 70 millions d'euros.

Deux difficultés restent encore à surmonter. La première réside dans la solvabilité d'ILFC, le bailleur de l'avion, et des compagnies d'assurance qui, au travers des systèmes internationaux d'assurance en matière d'accidents aériens, sont nombreuses et réparties au quatre coins du monde. "C'est tout un pool d'assurance qui n'a pas beaucoup d'humanité, qui n'est pas pressé de payer et qui depuis le début fait de grosses difficultés aux familles", ajoute Maître Montigny.

L'autre difficulté dans le règlement des familles repose sur les mineurs ayants droit des victimes. "Les personnes décédées dans l'avion avaient des enfants, des petits-enfants et beaucoup d'entre eux sont encore mineurs et nous devons obtenir l'homologation des juges des tutelles des solutions que nous trouvons pour les indemnisations." 

Écoutez Maître Montigny interrogé par téléphone ce jeudi 27 juin : 

Maître Gérard Montigny, avocat des familles de victimes

Hommages

Après le choc et la tristesse, les familles de victimes ont exprimé leur colère. Elles ont très vite accusé la compagnie Yemenia d'être responsable de l'accident, à cause de leurs "avions poubelles". Désormais, les familles attendent un dénouement de la justice pour toucher des indemnisations (voir ci-dessus) et se mobilise chaque année pour rendre hommage aux victimes comme le week-end dernier à Nanterre. Regardez :  
L’association des familles de victimes organise également ce samedi 29 juin 2019, dans l’hémicycle de l’hôtel de la région à Marseille, une cérémonie officielle de commémoration en la mémoire des 141 passagers et 11 membres d’équipage disparus dans cette catastrophe. Ces cérémonies se tiendront en présence de Madame Bahia Bakari, seule survivante du crash.