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A Paris, les familles des otages au Sahel manifestent leur ras-le-bol

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Rassemblement soutien otages à Paris
Rassemblement de soutien aux otages détenus au Sahel, à Paris, le 22 juin 2013. A gauche, Aurélien Pigeat, neveu de Daniel Larribe. Au micro, Kant Lebeau, le représentant de la famille de Thierry Dol. Au premier plan à droite, Anne Hidalgo, première adjointe au maire de Paris. ©Philippe Triay/France Télévisions
A plus de 1.000 jours de captivité pour Thierry Dol, Marc Féret, Pierre Legrand et Daniel Larribe, otages d’Al-Qaida au Sahel, les familles, exaspérées, ont décidé de changer de stratégie. Et de se faire entendre. 
En dépit d’un temps maussade et de quelques gouttes de pluies, environ 400 personnes étaient rassemblées samedi matin sur le parvis de l’Hôtel de ville de Paris, répondant à l’appel à la mobilisation des familles des otages français détenus au Sahel depuis septembre 2010.
 
La première adjointe au maire de la capitale, Anne Hidalgo, était venue apporter son soutien, de même qu’Hervé Ghesquière, le journaliste de France 3 qui fut otage des talibans d’Afghanistan durant 18 mois entre décembre 2009 et juin 2011. Egalement présents, des familles ou des représentants d’autres otages français à travers le monde, comme des membres de la famille réunionnaise de Francis Collomp, enlevé au Nigéria depuis décembre 2012.

 

Maintenant nous sommes là pour dire qu’il en est fini le temps de la compassion et du silence.”

 






Mais la solidarité ne devait pas masquer l’émotion et l’amertume des familles des otages au Sahel. Au nom de ces dernières, Aurélien Pigeat, le neveu de Daniel Larribe, a lu un texte que les familles ont élaboré en commun. Et le gouvernement français en prend pour son grade.
 
“Nous n’oublions pas que les premiers responsables de cette situation sont les ravisseurs qui maintiennent en captivité les plus anciens otages depuis plus de 1.000 jours déjà” a rappelé Aurélien Pigeat.
 
Avant de poursuivre impitoyablement : “Nous n’oublions pas l’espoir de plusieurs libérations proches anéanties par des manoeuvres aussi malhabiles qu’incompréhensibles. (...) Nous n’oublions pas les rendez-vous occultés, les lettres sans réponses, les demandes reportées sans fin pour nous faire patienter encore et toujours”.
 
“Maintenant nous sommes là pour dire qu’il en est fini le temps de la compassion et du silence. Nous sommes là pour nous battre contre les dogmes et contre les hommes qui se drapent de principes qu’ils n’accepteraient pas de voir appliqués à leurs proches”, continue le texte. 

 

Ils vont nous revenir, il ne peut pas en être autrement” (Françoise Larribe)







“Une prise d’otage n’est jamais due au hasard pas plus que ne l’est une libération. Il est temps d’agir et non de faire semblant” a lancé Aurélien Pigeat, qui a précisé que le contact avec les ravisseurs a toujours été maintenu par la filière des sociétés qui emploient les otages.
 
“Aujourd’hui les familles disent clairement qu’elles font le choix de mandater cette filière des sociétés, de lui faire confiance et de demander le soutien de l’Etat pour qu’elle parvienne à un résultat. Aujourd’hui les familles affirment qu’il est possible d’obtenir la libération des otages sans délai”, a-t-il conclu. 
 
Présente lors du rassemblement, Françoise Larribe, l’épouse de Daniel Larribe, qui fut capturée en même temps que lui mais libérée en février 2011, a déclaré que les otages “survivent assujetis à une loi inhumaine. Mais ils vont nous revenir, il ne peut pas en être autrement”. 


Rassemblement soutien otages à Paris (2)
Rassemblement de soutien aux otages détenus au Sahel, devant l'Hôtel de ville de Paris, le 22 juin 2013 ©PHILIPPE TRIAY/FRANCE TÉLÉVISIONS

 

La famille de Pierre Legrand a porté plainte
   
Le père et le frère de Pierre Legrand, capturé au Niger le 16 septembre 2010 et détenu depuis au Sahel avec trois autres otages par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), ont porté plainte vendredi pour enlèvement et séquestration, mais également mise en danger de la vie d'autrui.
   
La plainte contre X, avec constitution de partie civile, vise notamment de possibles manquements à la sécurité d'Areva et d'une filiale du groupe Vinci, Sogea-Satom, pour laquelle travaillait l'otage français.
   
"Depuis 1.000 jours, les progrès sont insignifiants, nous ne voulons pas nous reprocher de n'avoir rien fait, nous voulons comprendre", a dit son père, Alain Legrand. "Dans un premier temps on nous a conseillé le silence, nous avons toujours été dans la retenue, mais au bout de trois ans, ça suffit", a-t-il ajouté.
   
La plainte, pour enlèvement et séquestration aggravés en lien avec une entreprise terroriste, atteintes volontaires à l'intégrité physique et mise en danger de la vie d'autrui, devrait aboutir à la désignation d'un juge d'instruction.
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