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Appel lancé pour la défense des droits des Amérindiens, à l’occasion du déplacement de François Hollande en Guyane

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Amérindiens de Guyane lors d'une manifestation pour la défense de leurs droits, en août 2013 à Cayenne. ©AFP
Le célèbre photographe Raymond Depardon lance un cri d’alarme pour les droits des peuples indigènes à l’occasion du déplacement du président François Hollande en Guyane. 
« Au moment où la France se prépare à ratifier le protocole de Nagoya sur « l'accès aux ressources génétiques et le partage juste et équitable des avantages tirés de leur utilisation » (…) on peut déplorer que soit si réduite la place accordée aux peuples indigènes, infime partie de cette humanité dont les modes de vie contribuent à la conservation du milieu naturel et à l'usage durable de la diversité biologique », écrit Raymond Depardon, cosignataire d’une tribune dans Le Monde du 12 décembre intitulée « Des droits pour les peuples indigènes ! » (avec Michel Adam, anthropologue et professeur émérite à l'université François- Rabelais de Tours, et Jean-Patrick Razon, directeur de Survival International France).
 
« Alors que le président Hollande s'apprête à se rendre en Guyane, le 13 décembre, il n'est pas indifférent de rappeler que dans la partie amazonienne de ce département français d'Outre-mer vivent aujourd'hui plusieurs milliers d'Amérindiens, issus d'une population autochtone autrefois bien plus nombreuse que les vagues d'occupation successives ont repoussée dans les parties les plus inaccessibles du territoire » souligne l’appel.
 
« Pratiquant encore, pour certains d'entre eux, la chasse, la cueillette et l'agriculture itinérante sur brûlis de la forêt équatoriale, les Amérindiens de Guyane sont représentatifs d'un ensemble de micro-minorités demeurées en marge du mouvement général de développement industriel et urbain, qui ont conservé l'essentiel des caractéristiques culturelles antérieures à leur intégration formelle dans un cadre étatique. »

 

Si François Hollande aspire à faire de la France « la nation de l'excellence environnementale », il est temps qu'il reconnaisse les droits fondamentaux des peuples indigènes de la République »

 








Le texte précise que les peuple indigènes représentent 370 millions de personnes dans le monde, et qu’ils « ont exprimé depuis plusieurs décennies leur volonté que soient reconnus leurs particularismes culturels ainsi que leurs droits territoriaux ». Il rappelle également que la Conférence internationale de l'Organisation internationale du travail (OIT) a adopté à Genève la Convention 169 relative aux peuples dits « indigènes et tribaux » qui « entérine le droit à conserver les institutions coutumières dès lors qu'elles ne sont pas en contradiction avec les droits de l'homme et les systèmes juridiques nationaux ».
 
De même, la Convention « invite les Etats à respecter les droits collectifs détenus sur les territoires d'établissement, y incluant l'ensemble des ressources naturelles qui y sont attachées ». Le problème, pour les signataires de l’appel, est que la France a refusé sa signature au nom de l'indivisibilité de la République et du principe d'égalité qui interdisent toute distinction fondée sur l'origine ethnique, même si certaines mesures réglementaires ont été adoptées par l’Etat français, sous la pression des associations de défense des Amérindiens. Des dispositifs qui « apparaissent encore bien fragiles par rapport aux menaces qui pèsent sur l'existence de certains groupes », note le texte.
 
« Ainsi, la création, en février 2007, du Parc national de Guyane impliquant l'ouverture des territoires amérindiens aux activités minières et touristiques n'offre aucune garantie sérieuse pour lutter contre les pratiques dévastatrices d'orpaillage, aujourd'hui en pleine expansion » expliquent les signataires de la tribune du Monde.
 
Et de conclure : « Si François Hollande aspire à faire de la France « la nation de l'excellence environnementale », il est temps qu'il reconnaisse les droits fondamentaux des peuples indigènes de la République, les meilleurs gardiens de la biodiversité, et qu'il envisage sérieusement la signature de la convention 169 de l'OIT. » 

Lire : l'intégralité de la tribune de Raymond Depardon, Michel Adam et Jean-Patrick Razon dans Le Monde 
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