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Nickel : tutelle chinoise et dépendance calédonienne

Aujourd'hui gros plan sur le LME, le London Metal Exchange. La bourse des métaux de Londres détermine le cours des métaux, sous haute tension...

© Alain Jeannin
© Alain Jeannin
  • Alain Jeannin (à Londres)
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Les traders du LME, la bourse des métaux de Londres, sont tendus. Leurs visages sont plus marqués par l'incertitude des temps. Avant chaque séance, La forte consommation de cigarettes sur les trottoirs de Leadenhall Street en est un signe parmi d'autres. Une indécision pesante caractérise le grand régulateur des matières premières et du nickel. De Sudbury à Nouméa, en passant par Norilsk, les prix sont les mêmes et c’est bien le LONDON METAL EXCHANGE qui détermine le cours des métaux, qu’il s’agisse du cuivre du zinc ou du nickel. Mais un LME désormais sous tutelle…
deux traders avant la séance boursière au LME © Alain Jeannin
© Alain Jeannin deux traders avant la séance boursière au LME

Mauvais scénario 

Un cours du nickel qui reste sous la barre des 14 000 dollars la tonne. Pour le moment c’est un mauvais scénario pour les producteurs calédoniens et c’est celui qui se profile au LME de Londres en ce mois de février. L’effet de l’embargo indonésien sur les exportations de minerai a fait long feu. D’autant que  -comme le souligne Didier JULIENNE- le grand expert français du nickel : «  les progrès techniques chinois devraient permettre le remplacement du minerai nickélifère indonésien par celui des Philippines ». En conséquence, c’est aussi la proposition calédonienne de créer une «  OPEP »  du nickel pour garantir les prix producteurs qui risque ainsi de partir en fumée.
Et en Indonésie, la diplomatie chinoise ne reste pas inactive. Elle s’efforce d’obtenir des dérogations pour certaines de ses entreprises et d’accélérer les projets pour construire sur place des usines, des raffineries de nickel. De possibles futurs concurrents pour les trois usines calédoniennes, et avec des coûts salariaux imbattables.

Les objectifs chinois

Ce que la Chine veut ? Du nickel, le moins cher possible, pour faire tourner ses usines et produire un inox bon marché. Une logique qui s'oppose à l'intérêt des producteurs comme ERAMET, GLENCORE-XSTRATA ou VALE. Leurs usines calédoniennes ne peuvent pas perdre de l’argent pour faire plaisir aux chinois et produire à perte du ferronickel en Nouvelle-Calédonie.
 
Ouverture de la séance au LME © Alain Jeannin
© Alain Jeannin Ouverture de la séance au LME

Mais pour le marché du nickel, le client est roi et il est Chinois.  La production d’acier inoxydable atteindra cette année le niveau record de 39 millions de tonnes. La production en Chine, le plus grand consommateur du monde de nickel s’élèvera à 19 millions de tonnes, représentant presque 50 % de la production mondiale. Après le russe NORILSK, JICHUAN est désormais le nouveau dragon chinois du nickel, porté par un management qui va en faire le numéro deux mondial.
Dans ces conditions, la prise de contrôle, le rachat du LONDON METAL EXCHANGE, créé il y a 135 ans, par l’opérateur de la bourse de Hong Kong pourrait à terme permettre à la Chine de dominer le marché des métaux et tout particulièrement du nickel. La tentation pourrait être grande d’influencer les prix à la baisse pour réduire sa facture d’achats de métaux. Pour Didier JULIENNE la question mérite en tout cas d’être posée.
 
Peter CHILDS Directeur de la régularité des séances au LME © Alain Jeannin
© Alain Jeannin Peter CHILDS Directeur de la régularité des séances au LME

Nickel confidentiel…

A Londres,Peter CHILDS, le régulateur et contrôleur du LME ne voit pas de contradictions dans le rachat de la vénérable bourse des métaux par les  financiers chinois de Hong Kong : « Le marché des métaux est un marché global et transparent, les traders du nickel ont les mêmes informations partout et en temps réel. Et les autorités de contrôle sont vigilantes comme les acteurs du marché. »
Le LME resterait donc l’acteur incorruptible du marché du nickel. Celui qui assume les échanges et garantit la justesse des prix. Et Peter CHILDS de conclure : «  notre nouveau propriétaire nous amène simplement à mieux prendre en compte le poids de l’Asie sur le marché des métaux et la production d’acier inoxydable. Après tout le soleil se lève à l'est et les marchés boursiers ouvrent là-bas non ? »

Il faudra donc se faire à cette réalité, le LME est indépendant mais de plus en plus sous « ombrelle et modération chinoise ». Après tout, Hong Kong et Jinchang City (JICHUAN) sont plus près de Nouméa que de Londres et Paris ! Signe d'un possible regain d'intérêt pour le marché des métaux et surtout d'une bonne reprise de commandes des usines après les fêtes du nouvel an chinois, tous les producteurs finissent la semaine boursière dans le vert.  

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