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Ruddy Alexis à la barre : "le LKP gênait, il fallait un coupable !"

justice
Les Guadeloupéens Ruddy Alexis et Maître Démocrite
Les Guadeloupéens Ruddy Alexis et Maître Démocrite, devant la salle n°3 des assises de Paris ©LS
Troisième jour du procès en appel de Ruddy Alexis aux assises de Paris. L’accusé a été entendu plusieurs heures à la barre. Il est accusé d’avoir tué le syndicaliste Jacques Bino lors des émeutes de 2009 en Guadeloupe, en marge du mouvement social.
Maître Démocrite ne s’est pas réveillé ce matin, la faute au décalage horaire. Après avoir présenté ses plus plates excuses à la Cour, l’audience débute par l’audition de son client à la barre. Ruddy Alexis comparaît en appel aux assises de Paris. Il est accusé d’avoir tiré sur le syndicaliste Jacques Bino lors des émeutes de 2009 à Pointe-à-Pitre, en marge du mouvement social guadeloupéen.

  

"Où étiez-vous dans la nuit du 17 au 18 février 2009 ?"

Dans son costume gris satiné, il se tient droit comme "i". Pendant près de trois heures, il fixe le Président droit dans les yeux et répond aux questions de la Cour. "Pourquoi avoir dit dans un premier temps que vous étiez rentré chez vous le 17 février 2009 à 22h30, avant d’avouer que vous étiez rentré beaucoup plus tard ?", tente de comprendre le juge. Le détail a son importance, Jacques Bino est mort dans la nuit du 17 au 18 février, vers 1h du matin.
 
D’une voix haute et intelligible, Ruddy Alexis justifie ses propos confus par une garde à vue "indigne". "J’étais paniqué. On m’a mis nu dans une cellule à l’isolement. Nu comme ma mère m’a fait, Monsieur le Président !" Il parle tellement fort que les enceintes de la Cour grésillent : "Souvenez-vous du contexte. Il fallait calmer les tensions vives, le LKP gênait, il fallait un coupable !" Maître Démocrite s’approche de son client et lui tapote sur l’épaule, en signe de soutien. L’avocat général, Philippe Courroye, jette un œil à sa montre.


Des questions en rafale

Philippe Courroye, lui, n’interroge Ruddy Alexis qu’en fin de journée. Une heure durant, il enchaîne les questions, semble peu convaincu par les réponses. Il pointe du doigt l’ensemble des jurés et s’emporte : "Monsieur Alexis, tout le monde se souvient de qu’il faisait le 11 septembre 2001. La nuit du 17 au 18  février 2009 en Guadeloupe, c’est pareil !" Ruddy Alexis répond du tac-au-tac. Seule la question des résidus de tir pose problème. "Comment justifiez-vous qu’on ait retrouvé des traces de poudre sur la paire de gants perquisitionnée dans votre jardin ?", lance Philippe Courroye. "Je ne l’explique pas, Monsieur l’avocat général."
 


Le verdict doit être rendu le 11 avril.  Maître Tacita, avocat de la partie civile, glisse dans un sourire que Ruddy Alexis "encourt jusqu'à 20 ans de prison, si ce n’est 30, mais risque aussi l’acquittement". Il conclut : "rien n’est encore joué pour lui, et c’est tant mieux comme ça." 
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