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Le Conseil général de la Guyane coupe les vivres aux prêtres, fin d'un régime d'exception

Les prêtres guyanais l'ont appris il y a quelques jours : le Conseil général de la Guyane ne leur versera plus de salaire à compter de ce mois-ci. Jusqu'alors, c'est le département qui les rémunérait, en vertu d'une ordonnance royale de 1828.

Monseigneur Emmanuel Lafont, évêque du Cayenne en Guyane © Guyane 1ère
© Guyane 1ère Monseigneur Emmanuel Lafont, évêque du Cayenne en Guyane
  • Par Léia Santacroce
  • Publié le
Monseigneur Emmanuel Lafont est abasourdi par la décision du Conseil général de Guyane. L'évêque de Cayenne l'a appris il y a une semaine par courrier : le département met fin à la rémunération des prêtres à compter de ce mois-ci. Sur les 37 ministres du culte que compte le diocèse, 26 sont concernés par cette mesure (ils partageaient avec les autres une partie de leurs émoluments). 


Jusqu'alors, le salaire des prêtres guyanais était à la charge du contribuable. Car contrairement aux Antilles et à La Réunion (consultez en bas de page la réglementation des cultes en Outre-mer), la Guyane fait partie des exceptions à la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l'Etat selon laquelle "la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte" (article 2). 


Un régime qui remonte à 1928

Une particularité qui n'est pas sans rappeler le concordat en Alsace-Moselle, établi en 1802. Mais le régime guyanais est encore différent. Il repose sur une ordonnance royale de 1828, selon laquelle le culte catholique doit être "entouré de la dignité convenable". Comprendre : "un salaire décent versé aux prêtres". A la différence de l'Alsace-Moselle, les ministres du culte en Guyane ne sont pas à la charge de l'Etat, mais du département. Jusqu'au 1er mai dernier, ils avaient le statut de fonctionnaires de catégorie B et percevaient un salaire net de 1500 euros. Soit un coût annuel d'environ un million d'euros pour le Conseil général.


L'évêque de Cayenne, fonctionnaire de catégorie A, devrait toutefois continuer à bénéficier de son propre salaire : "Je ne sais pas si c'est pour essayer de m'attirer dans leur camp, c'est très bizarre. Puisqu'on arrête tout, pourquoi ne pas suspendre aussi mon salaire ?", s'interroge-t-il. Mgr Lafont précise qu'il n'est pas opposé à une révision du statut particulier des prêtres guyanais, mais c'est la brutalité de la décision qui l'offusque : "Je l'ai dit à plusieurs reprises : on peut s'asseoir, discuter et voir un peu comment faire les choses. Mais il faut les faire de façon humaine. Là, j'estime que ce n'est pas très humain dans la méthode.", conclut-il, dépité.

Ecoutez Mgr Emmanuel Lafont au micro de Radio Guyane 1ère :

Mgr Emmanuel Lafont / Guyane 1ère

Mgr Emmanuel Lafont / Guyane 1ère

Consultez ci-dessous la réglementation des cultes en Outre-mer :

La loi de 1905 est loin de s'appliquer dans tous les Outre-mer

La loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l'Etat s'applique depuis 1911 en Guadeloupe, en Martinique, à La Réunion, à Saint-Barthélémy et à Saint-Martin. Dans ces départements (comme partout dans l'hexagone, à l'exception de l'Alsace-Moselle), chaque diocèse gère ses propres comptes.
En revanche, dans tous les autres départements et collectivités d'Outre-mer, la loi de 1905 n'est pas en vigueur. S'appliquent alors les décrets Mandel de 1939 (du nom de Georges Mandel, ministre des colonies). Les missions religieuses sont ainsi autorisées à constituer des espèces d'associations appelées "conseils d'administration". Ces structures permettent de lever des fonds auprès des fidèles et de rémunérer les ministres des cultes. Les conseils d'administration bénéficient également d'avantages fiscaux.

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