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Rencontre avec le comédien martiniquais Vincent Vermignon

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Vincent Vermignon
Vincent Vermignon ©Aurélie Lamachère
Anciennement dans l'import-export, Vincent Vermignon a changé de vie pour se lancer dans la comédie. Un choix risqué, mais payant, qui l'a mené des courts-métrages primés à la série à succès Cut. Rencontre avec ce jeune comédien martiniquais. 
Ceux-qui suivent la série Cut le connaissent forcément.  Vincent Vermignon y incarne Stéfan de Kervelec, le père du jeune Jules, disparu 17 ans plus tôt et subitement revenu, "un personnage très complexe, qui évolue beaucoup".
Depuis le 6 octobre, le comédien martiniquais a fait son apparition dans la deuxième saison de la série, diffusée quotidiennement sur France Ô.
Un rôle conséquent, qui a nécessité cinq mois de tournage à la Réunion, le temps d'enregistrer 70 épisodes. "J'ai beaucoup appris lors de cette période, reconnaît-il. J'ai appris à devenir professionnel".
 

Apprentissage sur le tard

Si aujourd'hui Vincent Vermignon vit de son art -  et de sa passion -  la comédie, ce n'était pas son orientation première. Ce n'est qu'en 2011, à l'âge de 28 ans, qu'il découvre le théâtre. Auparavant, après des études de commerce parisiennes, Vincent Vermignon s'oriente vers l'import-export, entre Londres et la Caraïbe.

Retour à l'école

Ses débuts de comédien se passent donc en Martinique, au sein d'une troupe amateur, et se poursuivent un an plus tard... dans l'Hexagone. "Je me suis réveillé le matin et je n'avais plus envie d'être dans un bureau. Je me suis demandé quel métier j'avais envie de faire jusqu'à la fin de ma vie. Et j'ai su que je voulais être comédien", résume-t-il simplement. Un choix radical, un retour aux études… et à la vie d'étudiant. "A presque trente ans,  je me suis retrouvé dans un studio, à aller en cours avec des jeunes de 21, 22 ans… Ca fait bizarre".
 
 

Des premiers pas concluants

Sa nouvelle vie est parisienne. Pourtant, c'est lors d'un retour en Martinique que tout se décide. Nous sommes début 2013, Vincent est venu tourner le court-métrage "Vivre", de la réalisatrice martiniquaise Maharaki. C'est alors qu'une autre réalisatrice,  Nadia Charlery, l'appelle: elle souhaite profiter de sa présence sur l'île pour son propre court métrage "Entre-deux". Vincent accepte, et a l'occasion  de travailler avec Khris Burton, avec qui il tournera quelque mois plus tard "Maybe another time".

 

Ses choix  se révèleront particulièrement porteurs.  De la Guadeloupe aux USA, en passant par la Corée du Sud ou encore l'Australie,  "Vivre", qui raconte les rêves d'avenir d'un jeune écolier a remporté une dizaine de récompenses. "Entre deux" est également primé en Martinique.
 

"Maybe another time"

Quant à "Maybe another time", le film a été un véritable déclic pour l'acteur. Le projet d'une minute a été pensé pour le festival Filminute, qui se tient chaque année à Londres. Le court est  répété en quelques jours, tourné un dimanche après-midi, sans budget.  Vincent Vermignon y partage l'affiche avec la comédienne Gloriah Bonheur, en anglais. "On l'a fait avec nos tripes, j'ai fait confiance à ma sensibilité, et ça a fonctionné", se réjouit-il. Une nouvelle fois son travail est récompensé: "Maybe another time", 60 secondes particulièrement intenses à voir dans la vidéo ci-dessus,  remporte trois prix au festival, dont celui du public et du jury.
 
Le comédien insiste sur sa perception d'un "avant " et d'un "après" cet épisode. "Depuis, ce film a été présenté dans des écoles de cinéma. Et moi ça m'a vraiment décomplexé, notamment dans ma façon d'appréhender les castings".
 

Refuser les rôles "de Noir"

A 31 ans, sa haute stature et son visage marqué lui permettent d'en incarner dix de plus à l'écran.  Vincent paraît d'ailleurs remarquablement serein sur son avenir. "Mon entourage s'inquiète beaucoup, moi je n'ai pas d'autre choix que de continuer à avancer", sourit-il. Pourtant, si Omar Sy squatte le haut de l'affiche, difficile de citer d'autres noms d'acteurs noir, français,... et reconnus dans leur pays. "On a déjà fait comprendre à mon agent qu'on recherchait un médecin, pas un Noir", reconnaît Vincent. Pas de quoi décourager le Martiniquais, qui s'est néanmoins fixé une règle:  refuser "les rôles estampillés  Noirs". Il dit préférer qu'on s'intéresse "au personnage plutôt qu'à une couleur de peau".
 
Vincent Vermignon
Sur le tournage de Cut, saison 2 ©Raphaël Mezzapesa


Expatriation

Fan des séries britanniques, comme Luther ou Black mirror, Vincent, qui parle couramment l'anglais  s'imagine bien tenter sa chance du coté de Londres. Il suit également de près le cinéma caribéen, mélange d'influences qui, il n'y a pas de hasard, lui correspond bien: "J'aime Denzel et j'aime Tartuffe. En musique je peux écouter Jean-Jacques Goldman comme du Kassav'.", résume-t-il.

En attendant une éventuelle expatriation, il poursuit son chemin. Après un petit rôle dans 30° Couleur de Lucien Jean-Baptiste, il fait une apparition dans la série "Les hommes de l'Ombre" sur France 2. Aujourd'hui, il  monte une pièce de théâtre en rêvant de cinéma ou, pourquoi pas d'un rôle dans une série Canal +, du genre Braquo ou Engrenages... "celles qui me ressemblent le plus", reconnaît-il.