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Les pâtisseries douteuses de Grasse devront être retirées de vitrine, une victoire pour le Cran

Le tribunal administratif de Nice dans les Alpes-Maritimes a rendu son jugement ce jeudi. Le maire de Grasse doit interdire à la boulangerie « Aux délices de Grasse » d’exposer certaines de ses pâtisseries au goût visuel très douteux, sous peine d’amende. 

Les pâtisseries de la discorde ont donné lieu à une procédure en référé du Cran, qui a gagné la bataille judiciaire. © DR
© DR Les pâtisseries de la discorde ont donné lieu à une procédure en référé du Cran, qui a gagné la bataille judiciaire.
  • Par Philippe Triay
  • Publié le , mis à jour le
C’est la fin d'une mauvaise plaisanterie, et une victoire pour le Conseil représentatif des associations noires de France (Cran). Le 24 mars, l’association dirigée par le Martiniquais Louis-Georges Tin avait lancé une procédure en référé pour faire interdire certaines pâtisseries litigieuses de la boulangerie « Aux délices de Grasse » (photo ci-dessus), considérées comme « obscènes et injurieuses, puisant manifestement dans la vieille tradition du racisme colonial », selon les termes de l’organisation.
 

"Atteinte à la dignité humaine"

Saisi au titre de l’article L. 521-2 du code de justice administrative (« Référé-Liberté »), le juge des référés du tribunal administratif de Nice a donné raison au Cran. Le juge a en effet ordonné au maire de Grasse, Jérome Viaud, « de prendre dans le cadre des pouvoirs de police qu’il tient de l’article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales une mesure d’interdiction d’exposition au public de deux figurines en chocolat portant atteinte à la dignité humaine. »
 
« Le juge des référés a estimé que l’exposition de ces deux figurines en chocolat noir, destinées à la vente et mises en vitrine dans une boulangerie du centre-ville, dénommées respectivement « Dieu » et « Déesse » prenant la forme de deux personnes de couleur représentées dans des attitudes grotesques et obscènes portait atteinte, et cela en l’absence même de volonté malveillante de leur créateur, à la dignité de la personne humaine et plus particulièrement à celle des personnes africaines ou d’ascendance africaine (…) », précise le communiqué du tribunal administratif de Nice. Toutefois, rien n'interdit en l'état au pâtissier de continuer à fabriquer et à vendre ses figurines s'il le souhaite. 

 
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Astreinte de 500 euros par jour de retard 

Par ailleurs, le juge des référés a estimé que « l'abstention du maire de Grasse à prendre, dans le cadre des pouvoirs de police qu’il tient (…), une mesure de nature à mettre fin à l’exposition de ces figurines constituait dans les circonstances de l'espèce, une atteinte grave et manifestement illégale à la sauvegarde d'une liberté fondamentale (...). »
 
Dès la notification de l'ordonnance, « compte tenu de la gravité même de cette atteinte et de son caractère concret et continu », le maire de Grasse devra prendre une mesure d'interdiction de l'exposition au public des deux figurines en question sous astreinte de 500 euros par jour de retard. En outre, la commune devra verser 1000 euros au Cran. 
 
« Le racisme anti-noir n'est pas un problème de Noirs » a déclaré le président du Cran Louis-Georges Tin. « C'est bel et bien une atteinte à la dignité de la personne humaine en général. Le juge l'a affirmé d'une manière forte et claire. Par ailleurs, c'est bien le maire de Grasse qui est condamné. En effet, dans cette affaire, le Cran, mais aussi le tribunal, ont estimé que l'élu n'était pas moins coupable que le pâtissier. (…) Si les élus ne prennent pas les mesures qui s'imposent, ils sont objectivement dans une situation de carence, et de complicité grave. »
 
 

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