Centenaire de la naissance de l’écrivain martiniquais Joseph Zobel

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L’écrivain martiniquais Joseph Zobel (26 avril 1915 – 17 juin 2006). ©DR
Le 26 avril 2015, le romancier martiniquais Joseph Zobel aurait eu 100 ans. L’auteur du célèbre "La Rue cases-nègres" fut l’une des figures tutélaires de la littérature antillaise. Biographie, suivie d'un poème inédit de l'écrivain. 
Joseph Zobel aurait eu 100 ans le 26 avril 2015. C’est l’une des figures emblématiques de la littérature antillaise, rendu célèbre par l’adaptation de son roman « La Rue cases-nègres » par la cinéaste Euzhan Palcy en 1983. Ce livre, plusieurs fois réédité, fut publié pour la première fois en 1950. Voix de baryton, élocution claire et posée, intelligence vive et conscience ouverte sur le monde, Joseph Zobel avait une présence charismatique. 
 
Le romancier est né à Rivière-Salée (sud de la Martinique) le 26 avril 1915, dans une famille modeste. Il est élevé par sa grand-mère maternelle, Man Tine, une ouvrière agricole travaillant dans une plantation sucrière. Cette enfance rurale sera déterminante pour le futur écrivain. Les expériences acquises au contact du monde paysan et ouvrier de la Martinique irrigueront une large partie de son œuvre.

"Mais qu'est ce qu'un Nègre va faire aux Beaux Arts ?"

Brillant élève, il décroche une bourse qui lui permet de rejoindre sa mère à Fort-de-France pour poursuivre ses études au lycée Schoelcher. « Le lycée Schoelcher à l’époque c’était le lycée des petits bourgeois de la Martinique », expliquait-il dans une interview à Tvfrancophonie en 2003. « J’étais très certainement le seul garçon issu de parents travaillant dans un champ de canne dans ce lycée. »
 
Après l’obtention de son baccalauréat, Joseph Zobel envisage de s’inscrire aux Beaux Arts dans l’hexagone, avec l’objectif de devenir ensuite architecte. « Mais qu’est ce qu’un nègre va faire aux Beaux Arts ? » auraient dit selon l’écrivain les responsables de la commission des bourses de la Martinique d’alors. « Pour quelqu’un de mon extraction et de ma condition, c’était vraiment fou et scandaleux ». En définitive, Zobel obtient un emploi au service des Ponts et Chaussées, avant de devenir maître d’internat au lycée Schoelcher.

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Encouragé par Aimé Césaire qui enseigne au lycée, Joseph Zobel écrit un premier roman, « Diab’-là » en 1942. Mais le texte, qui décrit avec force la vie et la condition des paysans et des pêcheurs de la Martinique, est censuré par l’administration de Vichy. « Diab’-là » ne paraîtra finalement qu’en 1947.
 

Concrétiser son rêve

Après la guerre, Zobel gagne Paris en 1946 et peut enfin concrétiser son rêve d’y continuer des études. Il suit des cours de littérature, d'art dramatique et d'ethnologie à la Sorbonne, tout en enseignant au Lycée François Ier de Fontainebleau, où il s’installe avec son épouse et ses trois enfants. Il publie « La Rue cases-nègres » en 1950, qui reçoit le Prix de La Gazette des Lecteurs, suivi de « La Fête à Paris » (suite de « La Rue cases-nègres »).
 
En 1957, souhaitant connaître l’Afrique, Joseph Zobel obtient un poste de directeur au collège de Ziguinchor au Sénégal, avant d’être recruté comme surveillant général du lycée Van Vollen à Dakar. Quelques années après, il crée et devient le producteur d'émissions éducatives et culturelles à la Radio du Sénégal. Il relatera ses expériences au Sénégal dans deux ouvrages « Et si la mer n'était pas bleue (éditions Caribéennes, 1982) suivi de « Mas Badara » (Nouvelles éditions latines, 1983).  
 
En 1974, à sa retraite, Zobel s’installe aux alentours du village d’Anduze dans le Gard. Il y écrit surtout des nouvelles et des poèmes (un ouvrage paru en 2002 aux éditions Ibis Rouge, « Le Soleil m’a dit… », rassemble l’ensemble de son œuvre poétique), tout en s’adonnant à ses autres passions, la sculpture, le dessin et l’art floral japonais. Joseph Zobel s’est éteint en juin 2006 à Alès, dans ce département du Gard qu’il aimait autant que sa Martinique natale.
 
A LIRE : le poème ci-dessous est un texte inédit de Joseph Zobel, écrit suite au décès de son fils Roland en 2004. Ce document, jamais publié jusqu'à aujourd'hui, est dédicacé à l'intention de son ami intime José Le Moigne, poète martiniquais, auteur de "Joseph Zobel, le coeur en Martinique et les pieds en Cévennes" (éditions Ibis Rouge, 2008), qui nous a aimablement autorisé à le reproduire. 

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