Cinéma : sortie à Paris de "La Forme des îles", un film tourné à Saint-Pierre et Miquelon

Le réalisateur Patrick Viret est parti à la rencontre des habitants et des paysages de cet archipel du bout du monde mal connu des Français. Son documentaire était projeté pour la première fois mercredi à Paris.
Portrait sensible et contemplatif à Saint-Pierre et Miquelon, "La forme des îles" a été projeté pour la première fois à Paris  mercredi 14 octobre. Le documentaire réalisé par Patrick Viret s’offre comme une exploration des paysages mystérieux de l’île, la rêverie d’un promeneur solitaire sur les pas des pionniers qui peuplèrent l’île au XVIe siècle accompagnée d’une rencontre avec leurs descendants.

Patrick Viret explique dans la vidéo ci-dessous sa démarche :

A l’heure du déjeuner, alors qu’un vent d’est s’engouffre dans les rues étroites du vieux quartier parisien de Saint-Michel, une dizaine de curieux se pressent sous les arcades du cinéma Saint-André des Arts. La fraîcheur de la salle obscure plonge immédiatement les spectateurs dans l’atmosphère particulière de l’archipel, au large de Terre-Neuve, où l’hiver s’impose une grande partie de l’année.
 

Inspiré par Eugène Nicole

Le point de départ de ce voyage en terre inconnue : "L’œuvre des mers" du Saint-Pierrais Eugène Nicole, livre qui a marqué le réalisateur il y a 25 ans.

Eugène Nicole était présent lors de la première projection du film au public parisien :

"Depuis, je m’imaginais débarquant sur place pour vérifier que ce qu’il disait sur l’île était exact", sourit Patrick Viret.
Ainsi, il arpente l’île en quête de son âme, incarnée par ceux qui la font vivre aujourd’hui : photographes, coiffeurs, peintres, historiens… Une cinquantaine de témoignages nous entraînent à la découverte des moindres recoins de ce territoire de 242 km², habité par à peine plus de 6000 personnes.
 

Tour à tour, il raconte l’arrivée des pêcheurs basques et bretons, les batailles pour la possession du territoire au cours du XVIIIe, le ralliement à la France libre en 1941 et la transformation de l’archipel en port de marine marchande florissant jusqu’en 1992, année où un litige avec le Canada amorce une crise dont Saint-Pierre et Miquelon ne s’est toujours remis. Le documentaire aborde les problèmes contemporains des îles : le départ des jeunes vers l’Hexagone, la population vieillissante, les difficultés économiques et la crise identitaire.
 



Réactions contrastées des spectateurs

A la sortie de près de deux heures d’un film dont on perd parfois le fil, déroutant par ses va-et-vient incessants dans l’histoire de l’archipel, le public est unanime sur les "magnifiques images" capturées par la caméra du cinéaste. En été comme en hiver, son regard poétique s’attarde sur les vastes paysages rocailleux, âpres et parfois enneigés ; les friches agricoles et industrielles ; les rues désertes.
 
Andrée Olano salue cette esthétique dépouillée, mais regrette "le défaitisme du documentaire". Originaire de Saint-Pierre et Miquelon et en vacances dans la capitale, elle se dit "convaincue que nous allons rebondir, comme nous l’avons toujours fait par le passé". Pour Ninette Succab, psychanalyste guadeloupéenne, "le film problématise bien le destin des vestiges de l’empire colonial, voués au déclin car oubliés par le pouvoir central". Constat partagé par Ludmila Melnikova, productrice du film, selon qui "il reste très difficile de faire exister l’archipel et ses habitants". "La Forme des Iles" aura fait entendre la voix de ces invisibles de la société.
 
"La forme des îles" sera projeté dans plusieurs salles de l’Hexagone jusqu’à fin 2016, année du bicentenaire de la rétrocession définitive de Saint-Pierre et Miquelon à la France. 

Bonus : un extrait de "La forme des îles"