Crise du nickel : l'ombre de BlackRock sur les mineurs du Koniambo

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Le massif de nickel du Koniambo en Nouvelle-Calédonie ©ALAIN JEANNIN
Jeudi dernier à New-York. Le fonds d'investissement BlackRock communique à l'agence Bloomberg le contenu d'un échange avec Glencore. Les actionnaires américains font pression sur Glencore et exigent la fermeture des usines de nickel les moins rentables. 
BlackRock Inc., le plus grand gestionnaire d'actifs financiers au monde, dénonce l'incapacité de l'industrie du nickel à fermer les sites industriels déficitaires. Pour le fonds d'investissement, qui gère notamment les placements financiers des caisses de retraite des fonctionnaires américains, il faut réduire ou mieux fermer les mines et les usines non rentables. Le constat de BlackRock est d'une logique financière implacable : la surabondance de l'offre mondiale de nickel a poussé les prix à leurs plus bas niveaux en douze ans. BlackRock, qui a investi énormément d'argent dans Glencore, exige de son management un "retour sur investissement" en coupant dans le vif.
 

Frustration des investisseurs

Le marché du nickel "est au bord du gouffre". Ainsi parle Evy Hambro, le PDG de BlackRock qui a investi 3,1 milliards dollars dans les entreprises minières (Mining Fund). Et pour appuyer ses propos et leur donner plus de poids, le grand gestionnaire d'actifs a choisi de communiquer. C'est l'agence d'informations financières Bloomberg qui a eu connaissance du contenu de son échange téléphonique avec Ivan Glasenberg, le PDG de Glencore. BlackRock est le quatrième actionnaire (à hauteur de 5,64 %) de la multinationale anglo-suisse qui détient notamment 49 % du complexe industriel du Koniambo en Nouvelle-Calédonie.
 
La communication d'Evy Hambro souligne la frustration des investisseurs financiers. BlackRock dénonce l'incapacité des producteurs de nickel à prendre des mesures irrévocables. Ivan Glasenberg pense sans doute la même chose, mais lui doit composer avec des usines, des mines et des pouvoirs politiques sensibles aux questions d'emplois. Le patron de Glencore est donc sous pression quand BlackRock rapporte ses propos : "les entreprises minières saignent leur trésorerie, nous ne brûlerons pas inutilement de cash en Nouvelle-Calédonie".
 

Poupées russes

La situation pourrait faire penser à des poupées russes qui s'emboitent les unes dans les autres. BlackRock a investi dans Glencore, et Glencore détient 49 % du Koniambo. BlackRock fait pression sur Glencore qui fait pression sur la direction de l'usine du Koniambo : "Il y a un moment où il faut bien mettre un terme aux pertes que l'on fait et dans le nickel c'est terrible" analyse Philippe Chalmin, historien des matières premières et coordinateur du rapport Cyclope.
 
Le Fonds de placement financier "World Mining Fund" de BlackRock détient des actions Boursières de Glencore, BHP Biliton, Rio Tinto et… 3,4 % du groupe français Eramet. En cette période d'effondrement des cours du nickel et des valeurs associées, le Fonds d'investissement BlackRock est face à un gouffre financier. Il doit lui aussi justifier ses choix auprès de ses clients, les caisses de retraites des fonctionnaires américains. Les mineurs calédoniens du Nord mais aussi leurs collègues australiens de Murrin Murrin pourraient servir de variable d'ajustement à des intérêts qui les dépassent.