Joël Cimarrón, un auteur de BD à la croisée des contes du monde

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Le dessinateur Joël Cimarrón, directeur artistique et fondateur des éditions Karibencyla. ©Philippe Triay/La1ere
Le Martiniquais Joël Cimarrón est illustrateur de bandes dessinées et fondateur des éditions Karibencyla. Son œuvre jette des passerelles entre les cultures et les contes du monde entier pour le plus grand plaisir des petits et des grands. Rencontre. 
« Barbe bleue et Compè Lapin », « La Belle et Ganesh », « Blanche-Neige et les Korrigans », « Chaperon Rouge et le Dragon de Chine »… Joël Cimarrón affectionne les ponts entre les cultures du monde. Installé près de la ville de Perpignan dans le sud-ouest de l’Hexagone, cet illustrateur martiniquais est également le directeur artistique et le cofondateur des éditions Karibencyla, fondées en 2009.
 
Joël Cimarrón a d’abord commencé sa carrière dans le cinéma d’animation avant de venir à la bande dessinée. « Beaucoup plus simple au niveau des financements », confie-t-il à La1ere.fr. La collection phare de Karibencyla, qui s’intitule « Contes mélangés », mêle de façon transversale et originale des légendes du monde entier, écrites par des auteurs différents. Le dessinateur a illustré la majorité de ces histoires, qui s’adressent aux enfants de cinq à huit ans, ou plus si affinité. Entretien.
 
Parlez-nous des « Contes mélangés »…
Joël Cimarrón : Cette collection est une collection inédite qui montre que des ponts sont possibles entre les cultures du monde. On voit que c’est toujours les mêmes figures qui reviennent. La figure du père castrateur, de la marâtre, de l’ogre ou de l’ogresse qui dévore les enfants, etc. Il n’y a finalement pas de grandes différences entre les contes. Les auteurs se sont appropriés la collection et ont proposé des voyages avec des personnages qui sortent de leur contexte et vont en voir d’autres. Ce travail est très bien reçu et les enfants sont fous de ces livres.
 
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Quelques livres de la collection « Contes mélangés » des éditions Karibencyla. ©La1ere.fr

Les Antilles ont-elles leur place dans ces histoires ?
J’ai toujours trouvé que les contes étaient cloisonnés, que les contes des Antilles ne se trouvaient pas dans les librairies, donc j’ai décidé de les faire intervenir dans les contes de Charles Perrault dans un premier temps, avec « Barbe bleue et Compè Lapin ». Par exemple, cette histoire mêle trois contes : ceux des Bonis de Guyane, de Compère lapin des Antilles et de Barbe bleue.
J’ai envie de raconter les histoires des Antilles mais je n’ai pas envie d’être stigmatisé antillais ou avec une étiquette. Je veux être ce citoyen du monde qui va réussir à créer un lien entre différentes cultures. Je souhaite faire comprendre que l’on est tous pareils et que seule l’apparence change. C’est le cas des personnages de mes contes. Par exemple Barbe bleue, ce personnage carnassier, n’est pas loin de l’Homme aux dents bleues des Antilles. Cendrillon a été inspirée par la culture chinoise. Nous sommes tous identiques. Nous avons une culture humaine commune avec des rapports établis depuis des milliers d’années avec la famille, la fratrie, le groupe, la mort, l’au-delà, etc. Nous sommes tous pareils.   

LISEZ un extrait de « Barbe bleue et Compè Lapin »


Comment travaillez-vous ?
Justement, pour répondre à cette question, j’interviens beaucoup dans les classes pour enseigner aux enfants ce que j’appelle l’alphabet de l’illustrateur. C’est une écriture car l’illustrateur est un auteur, tout comme un écrivain. Il n’utilise pas des lettres mais il utilise des formes. Des formes de géométrie simples qui reviennent très souvent. J’apprends donc aux enfants qu’il faut structurer un langage d’images pour pouvoir dessiner, et aussi raconter des choses, avoir un propos. L’illustration est un moyen d’expression. On illustre pas un passage d’un texte, mais on rajoute une nouvelle dimension. Une illustration n’est pas du pléonasme, je ne reproduis pas seulement ce qui est écrit dans le texte. Il y a un nouvel éclairage, qui est très personnel.
Chaque illustrateur a son univers, son style, et sa manière de voir les choses mais il ne faut pas influencer l’enfant qui va lire. D’où la nécessité de conserver les contes oraux, parce que l’oralité ouvre l’imaginaire. L’enfant va donc se projeter dans le texte, et agrémenter l’histoire de ses propres images. Aujourd’hui l’image a pris une place importante dans les textes. J’ai choisi d’être un illustrateur un peu différent. J’apporte mon style mais avec un nouvel éclairage du texte. Au lieu de reproduire systématiquement ce qui est dans le texte, je préfère combler les vides. Le rapport texte image permet justement cela. C’est le jeu texte image qui m’intéresse, je ne veux pas faire une redite.