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Chlordécone en Guadeloupe: dix ans après, les associations réclament des comptes à la justice

environnement
Chlordécone en Guadeloupe
©DR
Parti écologiste, associations environnementale et de consommateurs ont dénoncé mardi soir à Pointe-à Pitre un "scandale judiciaire" après dix ans de procédure sans réelle avancée dans l'affaire de la catastrophe sanitaire du chlordécone, un insecticide cancérogène. 
La justice "s'apprête à prendre une décision de non-lieu", s'est insurgé Maître Ernest Daninthe, membre du collectif d'avocats qui défend les plaignants, lors d'une réunion publique. Maître Harry Durimel, chef de file du parti Caraïbe Ecologie-les Verts, a déploré l'inertie de la justice: "Dix années où ils font des petits actes comme ordonner une expertise (en 2013) mais les fautifs ne sont pas entendus comme les ministres Mermaz et Soisson. Nous ne comprenons pas ! C'est un scandale de santé publique. Les gouvernants censés nous protéger font tout pour entraver notre quête de vérité. Sommes-nous des Français à part ?"
 

On estime polluées 5.200 hectares de terres

Le chlordécone, insecticide cancérogène et perturbateur endocrinien (lien avec l'obésité d'une partie de la population) a été utilisé aux Antilles de 1972 à 1993 pour lutter contre le charançon du bananier. Plus de dix ans après les Etats-Unis, il a été interdit en France en 1990, mais utilisé jusqu'en 1993 par dérogation, alors que le ministère de l'agriculture était dirigé par Louis Mermaz puis Jean-Pierre Soisson. On estime polluées 5.200 hectares de terres, en majorité dans le sud de la Basse-Terre, zone d'exploitation de la banane, très arrosée par les pluies. Selon l'Inra, 200 à 500 ans seraient nécessaires pour résorber la pollution.
 

Menace sur la Coupe Davis 

"Au scandale politique, il ne faut pas ajouter un scandale judiciaire", a insisté Maître Daninthe. Tous s'accordent: seule une mobilisation citoyenne forte fera bouger les choses à Paris. "Dix ans après, je constate que les Guadeloupéens prennent la dimension de l'empoisonnement", a déclaré Claude Mandil de SOS Environnement, face à près de 200 personnes. Une pétition réclamant le droit pour chacun de connaître son taux de contamination à la molécule a été lancée. Reprenant une idée du public, Harry Durimel a dit envisager de "troubler voire paralyser la Coupe Davis pour faire entendre au monde entier l'empoisonnement dont nous sommes victimes dans la plus grande indifférence de l'Etat français". 

Le parti Caraïbe Ecologie-Les Verts, SOS Environnement Guadeloupe, l'Union des producteurs agricoles de Guadeloupe et l'Union régionale des consommateurs ont déposé plainte le 23 février 2006 avec constitution de partie civile pour identifier les responsables de cette contamination majeure des sols guadeloupéens. La Guadeloupe accueille du 4 au 6 mars le premier tour de la Coupe Davis l'opposant au Canada, à Baie-Mahault.
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