Eramet au creux de la vague dans la tempête de la crise du nickel

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métal de nickel
Metal de nickel dans l'usine Eramet de Sandouville-Le Havre. ©Alain Jeannin
Le groupe minier et métallurgique français enregistrerait le plus mauvais résultat financier de son histoire. Les pertes de sa filiale calédonienne dans le nickel, malgré des mesures drastiques, se résorbent lentement. La SLN perdrait encore 500.000 euros par jour. 

Eramet devrait annoncer en soirée des résultats particulièrement sombres. Son conseil d’administration se réunit dans un contexte de crise sans précédent du prix du nickel. Une nouvelle administratrice sera proposée par BPI France qui détient 26 % du capital et gère la participation de l’Etat. La situation de la SLN et sa survie sont au centre des discussions du conseil d’administration. Le producteur calédonien de ferronickel vend un alliage particulièrement recherché par l’industrie de l’inox. Reste que son coût de production serait près de deux fois supérieur au cours actuel du nickel, le « Prix LME » fixé par la Bourse des métaux de Londres et qui se situe autour de 8 000 dollars par tonne.

Eramet subit également la forte baisse des prix du manganèse produit par son usine du Gabon, en raison de la concurrence sud-africaine favorisée notamment par la très forte dévaluation du Rand. « Eramet est comme tous les mineurs mondiaux, le groupe rentre la tête dans les épaules et fait le gros dos » commente Philippe Chalmin, historien et économiste des matières premières.
 

Besoin de cash

Dans ce contexte, des experts du dossier calédonien estiment sous couvert d’anonymat : « Eramet et la SLN ont besoin d’un milliards d’euros, au minimum, pour affronter et dépasser la crise ». Pour certains, il n’y aurait pas d’autre solution qu’une recapitalisation par l’Etat qui permettrait à celui-ci d’affirmer son rôle en tenant une place plus active dans la stratégie du groupe.
Pour d’autres, en revanche, il faudrait que les trois provinces de la Nouvelle-Calédonie à travers leur société de participation (STCPI) prennent le contrôle de la SLN, de ses mines et de son usine calédonienne, par un échange d’actions avec Eramet. « Le principal défaut de cette hypothèse, c’est qu’elle n’apporte aucune solution financière » prévient un ancien dirigeant du groupe.

 

Une crise historique

La crise des cours du nickel est la plus grave de l’histoire. Cette crise et celle du prix établi par la Bourse des métaux de Londres. « Ce n’est pas la crise du ferronickel produit par la SLN, c’est le cours unique et mondial du nickel qui est en cause. Il détermine l’ensemble des prix pour tous les produits dérivés du nickel et de l’acier inoxydable, tout le monde plonge » conclut Philippe Chalmin.
Et Eramet doit trouver une solution pour continuer à avancer. L’arrêt de la production de mattes de nickel à Doniambo, la limitation des investissements et le gel des grands projets sont une réponse déjà dure mais que d’aucun trouve encore insuffisante.