TiMalo publie "Dyablès", ou la vengeance de Guadeloupéennes face à la violence masculine

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L’écrivain et slameur guadeloupéen TiMalo. ©DR
Dans son roman "Dyablès", l’écrivain et slameur guadeloupéen TiMalo met en scène des amazones assoiffées de sang mâle, qui ont décidé de régler leur compte aux hommes machistes et violents. Un livre entièrement écrit en créole. Interview.
Né a Bouillante, en Guadeloupe, TiMalo est un slameur et écrivain qui décline son œuvre principalement en langue créole. Il est l’auteur de deux recueils de poésies « Pawol a lòm vo lòm » (2007), et « 12 textes dans l’avion » (2009). Il sort en 2008 son premier album musical « Pawol Funk-Kè », qui est récompensé par le Prix Auteur de la Sacem Guadeloupe en 2010. En 2012, TiMalo publie « Dé Moun », une histoire d’amour libellée en poèmes et dans une nouvelle qui a pour arrière-plan le mouvement social de 2009 en Guadeloupe. Après « Rèbèlòt », autre nouvelle écrite en créole, TiMalo publie « Dyablès », son premier roman, en octobre 2015.
 
« Dyablès est mon premier roman en créole guadeloupéen », explique TiMalo au micro de La1ere.fr. « C’est un roman que j’ai écrit suite à des événements qui se sont déroulés en Guadeloupe durant l’année 2012, où il y a eu six femmes victimes des coups de leurs conjoints. Je me suis dit qu’il arrivera un jour où les femmes en auront assez de cette violence et vont se comporter avec les hommes avec le même manque d’humanité. A partir de là j’ai poussé le trait pour écrire un roman fantastique où les femmes se métamorphosent et se mettent à attaquer les hommes, à les déchiqueter. »
 
Dans ce roman au parfum de vengeance, c’est tout l’environnement sociétal, marqué par un certain sexisme, qui a interpellé l’auteur. « Cet état de la société guadeloupéenne ne me convient pas, et j’ai envie que l’on réfléchisse à notre culture. Ce point de départ, c’est un contexte et un espace dans lesquels on doit pouvoir aborder la question des rapports entre les hommes et les femmes. (…) Les rapports sociaux n’ont pas évolué aussi vite que la situation des femmes elles-mêmes », précise TiMalo.
 

ECOUTEZ un extrait de « Dyablès », lu en créole par TiMalo


L’auteur de « Dyablès » a écrit tout le roman en créole guadeloupéen, dont il est un fervent défenseur. Chose plutôt rare aux Antilles, toute son œuvre est réalisée dans cette langue. « J’ai eu la chance d’avoir reçu cette langue-là de mes parents, c’est ma langue maternelle », confie TiMalo. « J’ai bénéficié aussi du travail qui a été fait sur des dictionnaires, la grammaire, la graphie, etc. Mon travail consiste plus à dire que l’on doit dépasser le cap de l’affirmation que c’est une langue, pour la faire vivre. Il faut maintenant poser la littérature qui magnifie cette langue, découvrir de nouveaux territoires et poser des réflexions sur nous-mêmes et un regard sur le monde. La littérature sert à voyager et il faut que l’on puisse voyager à partir de là où nous sommes, donc à partir du créole ». 
 
En ce qui concerne le statut du créole comme langue dominée aux Antilles, l’écrivain préconise une « sortie du paradigme ». « Cela sous-entendrait qu’il n’y ait pas de peuple dominé et de peuple dominant, pas de culture dominée et de culture dominante. Cela dépasse le cadre de la langue. Ce que l’on peut faire c’est refuser ce paradigme, refuser que notre langue soit diminuée. Ce n’est pas être en opposition avec la langue dominante, c’est garder à l’esprit de faire vivre cette langue dominée. »
 

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TiMalo, "Dyablès" - disponible à la vente sur le site de TiMalo (20 euros) 

timalo.com