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5 ans après, renvoi d'un policier accusé d'avoir asphyxié un Noir à New York

sécurité
Eric Garner
Depuis 2014, de nombreuses manifestations ont eu lieu aux Etats-Unis pour réclamer la justice pour Eric Garner. Ici le 8 aoput 2019 à New York. ©SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
L'affaire avait catalysé le mouvement #BlackLivesMatter dénonçant les violences policières contre les Noirs: cinq ans après, le chef de la police new-yorkaise a annoncé le renvoi du policier accusé d'avoir asphyxié un homme non armé qui résistait aux injonctions de la police.
Le chef James O'Neill a indiqué avoir décidé de suivre la recommandation d'une juge administrative, qui avait appelé au licenciement à l'issue d'un procès disciplinaire qui s'était terminé en juin. "Je suis d'accord" avec cette recommandation, l'officier de police Daniel "Pantaleo ne peut plus servir de façon efficace comme policier à New York", a indiqué James O'Neill, tout en soulignant que la décision avait été "extrêmement difficile".
O'Neill
James O'Neill lors de la conférence de presse du 19 août 2019. ©DREW ANGERER / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
 

Asphyxie  

L'histoire, qui suscita de nombreuses manifestations et déchaîna les passions, remonte au 17 juillet 2014 : Eric Garner, 43 ans, père de six enfants, avait été violemment plaqué au sol par des policiers qui le soupçonnaient de vendre illégalement des cigarettes dans un quartier de Staten Island. Obèse et asthmatique, M. Garner, qui refusait d'être interpellé mais n'était pas armé, avait perdu connaissance alors que cinq hommes s'employaient à le menotter, avant de décéder.
Les images de l'interpellation, filmées par un ami, avaient fait le tour du monde : on y entend Eric Garner répéter à maintes reprises, "Je ne peux pas respirer" ("I can't breathe"). Malgré les manifestations que la mort avait suscitées, le policier Daniel Pantaleo avait gardé son emploi, mais était cantonné à des tâches administratives. Il avait été récemment suspendu dans l'attente de la décision de M. O'Neill. 

Pressions

Son licenciement semblait cependant la seule option depuis la recommandation de la juge début août. De puissantes associations de défense des droits civiques, dont celle du célèbre révérend Al Sharpton, avaient appelé le chef de la police à s'y conformer. Le sujet était aussi devenu très sensible pour le maire démocrate de New York, Bill de Blasio. Candidat à la présidentielle 2020, qui se positionne comme un grand défenseur des minorités et ne cesse de citer son bilan en matière de criminalité à New York parmi ses points forts.     
Lundi, il a, comme la procureure noire de New York Letitia James et d'autres responsables démocrates, salué une décision "objective", espérant qu'elle "apporte la paix et le sentiment que la page peut être tournée à la famille Garner". Emerald Garner, fille d'Eric Garner, a cependant prévenu qu'elle allait "continuer à se battre" pour une loi interdisant les techniques d'asphyxie que les policiers restent autorisés à pratiquer dans certains cas limités. "Je vais faire tout ce qui est en mon pouvoir pour qu'il n'y ait plus jamais d'Eric Garner", a-t-elle déclaré, Al Sharpton à ses côtés.
Fille Eric Garner
Emerald Garner, fille d'Eric Garner, lors d’une conférence presse. ©KENA BETANCUR / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
    

Colère des policiers

M. O'Neill, qui a servi quelque 30 ans comme policier avant d'être promu à la tête de la police new-yorkaise, a lui anticipé que sa décision déclencherait la colère parmi les policiers new-yorkais. "Si j'étais encore policier aujourd'hui, je serais probablement furieux contre moi", a-t-il déclaré, faisant valoir  que les policiers exerçaient "l'un des métiers les plus difficiles au monde" et devaient prendre des décisions difficiles "en un instant".
    
Mais "c'est ma responsabilité de protéger la ville comme les policiers new-yorkais", s'est-il justifié. Un syndicat de policiers, the Police Benevolent Association, l'a immédiatement accusé d'avoir, par cette décision, "privilégié la politique et ses propres intérêts plutôt que ceux des policiers qu'il prétend diriger".
 

#BlackLivesMatter

Dans un avis de 46 pages, dont des extraits ont été publiés par les médias américains dimanche, la juge qui a présidé au procès administratif avait estimé que le policier Daniel Pantaleo avait fourni, lors d'une enquête interne sur les circonstances de la mort d'Eric Garner, des explications "non plausibles et mensongères".  Elle avait aussi jugé "non fiables" les témoignages des autres policiers interrogés sur cet incident.
    
Si le mouvement #BlackLivesMatter est moins fort aujourd'hui, les polémiques sur les violences policières contre des Noirs reviennent régulièrement. En janvier 2019, un policier blanc de Chicago, reconnu coupable du meurtre, quatre ans plus tôt, d'un adolescent sur lequel il avait tiré 16 fois, a été condamné à près de sept ans de prison. 
    
La condamnation, relativement clémente, a choqué une partie de la ville, et le maire démocrate Rahm Emanuel a décidé de ne pas se représenter, après avoir été critiqué pour avoir tardé à diffuser la vidéo de la fusillade.  
 
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