Coronavirus : à Mayotte, "le mur épidémique est devant nous" prévient Dominique Voynet

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dominique Voynet
©Mayotte la 1ere
À Mayotte, "le mur épidémique est devant nous", explique à l'AFP Dominique Voynet, la directrice de l'Agence régionale de Santé du 101e département français, même si pour l'instant l'île compte peu de cas graves touchés par le coronavirus.
Dans ce territoire ultramarin de l'océan Indien, marqué par une grande pauvreté et des capacités sanitaires limitées, l'ex-ministre écologiste n'est "pas très pour" un déconfinement à partir du 11 mai, alors que l'île à majorité musulmane sera en plein ramadan et se trouve confrontée en parallèle à une épidémie de dengue.
Le Premier ministre a indiqué que l'épidémie en outre-mer était pour l'instant globalement "sous contrôle". Qu'en est-il pour Mayotte ?
Dominique Voynet : "On a actuellement 354 cas à Mayotte [mardi, ndlr] (pour une population comprise entre 256.000 habitants officiellement et 400.000 selon certains politiques (si l'on prend en compte les clandestins, ndlr). On a fait évoluer notre stratégie de tests, donc on a une petite accélération. Avant, on ne testait pas systématiquement les cas contacts, puisqu'on n'est qu'en phase 2 de l'épidémie. Désormais on teste plus largement autour des personnes positives, dans leur entourage.

On a des cas, mais peu de cas graves, on n'a jamais eu plus de 4 à 5 personnes en réanimation en même temps. Il y en a quatre actuellement. Et on compte pour l'instant quatre décès mais qui sont toutes des personnes dont l'état général était très dégradé."

Dans un entretien diffusé jeudi par Mayotte la 1ère, la directrice de l'ARS expliquait : "on se rend compte que si on faisait des tests plus larges dans la société mahoraise, il est probale qu'on trouverait d'autres personnes positives et pour lesquelles aucun signe d'alerte n'a été émis."
 

Ce qui nous préoccupe le plus, c'est le nombre de personnes qui vont entrer à l'hôpital, qui auront besoin de soins, d'une assistance respiratoire, qui vont aller en réanimation et qui peut-être vont perdre leur vie. Et ce chiffre-là n'évolue guère.
Dominique Voynet à Mayotte la 1ère


Comment voyez-vous l'évolution de l'épidémie ? 
Dominique Voynet : "On travaille sur un modèle mathématique assez robuste, différent de la métropole, car ici on a une population plus jeune et une structure d'habitat différente. Ce que nous dit ce modèle, c'est que le mur épidémique est devant nous, on va continuer à avoir beaucoup de cas pendant plusieurs semaines.

Mais il y a aussi une épidémie de dengue (qui s'attrape par piqure de moustique, ndlr) dont les signes cliniques sont proches de ceux du Covid-19. Certains ne veulent pas consulter, ils disent +ça sert à rien, c'est la dengue+, mais il faut être sûr qu'il ne s'agit pas d'un Covid larvé. On a eu plusieurs décès liés à la dengue sur des patients très fragiles.

Aujourd'hui, 45% des patients qui ont eu le coronavirus sont considérés comme guéris. Pour l'instant on n'a peu de cas préoccupants, on peut tenir, on a déprogrammé les opérations non urgentes, libéré des lits pour la réanimation (Mayotte peut monter jusqu'à 40 lits de réanimation, ndlr)."


Que pensez vous d'un début de déconfinement le 11 mai à Mayotte ? 
Dominique Voynet : "Je ne suis pas très pour. D'une part car notre vague épidémique n'est pas encore arrivée, d'autre part qu'on n'a pas encore une grosse capacité de tests. Enfin, il y a aussi le ramadan qui commence.

J'ai proposé à mon ministère qu'on puisse réexaminer cette date. Mais je ne suis pas opposée à ce qu'on assouplisse le confinement. On a déjà autorisé la réouverture des petits marchés. Je ne suis pas opposée non plus à ce qu'on puisse autoriser certains compétitions sportives de jeunes.

"Je crois que les gens on compris qu'ils n'allaient pas faire de grandes tablées joyeuses", 
a également déclaré la directrice de l'ARS à Mayotte la 1ère. 

Si on rouvre des magasins, si on met en place des petits marchés qui permettent à chacun de trouver les aliments qu'il aime pendant cette période de ramadan, je pense qu'on ne met pas la santé publique en danger.
Dominique Voynet à Mayotte la 1ère


Mais pour la réouverture des écoles, il faut que les conditions permettant la plus grande sécurité sanitaire soient réunies. Cela ne peut se faire que s'il y a des masques, de l'eau et du savon dans les écoles."