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L'acier européen menacé, le nickel calédonien concerné : l'UE saisit l'OMC et porte plainte contre l'Indonésie

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NICKEL
Cecilia Malmström Commissaire européenne en charge du commerce ©AFP
L’Union Européenne a engagé une procédure auprès de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) après la décision de l’Indonésie de restreindre en janvier 2020 ses exportations de minerai de nickel et de matières premières. L'accès des producteurs de l'Union est menacé.
 
Pour l’UE, la décision unilatérale de Jakarta de décrèter notamment un embargo sur ses exportations de minerai est une entrave à la liberté commerciale. Elle est contraire aux accords internationaux et va gravement nuire au secteur européen de l’acier inoxydable, gros consommateur de nickel, a déclaré la Commission européenne (CE). Les restrictions indonésiennes vont limiter injustement l’accès des producteurs européens d’acier inoxydable aux matières premières, et l’UE de préciser lesquelles : le nickel, la ferraille d’inox, le charbon, le coke, le minerai de fer et le chrome.

Concurrence déloyale
Même si l'Union Européenne ne le précise pas, l'Indonésie pourrait être en mesure d'imposer ses prix au marché londonien des matières premières (LME). "Les producteurs d'acier de l'Union sont soumis à de fortes pressions et subissent les conséquences de la surcapacité mondiale et de restrictions commerciales unilatérales. Les restrictions à l'exportation (de nickel ndlr) instituées par l'Indonésie représentent une menace supplémentaire pour l'emploi dans l'industrie sidérurgique de l'Union. Malgré nos efforts concertés, l'Indonésie a maintenu les mesures en vigueur et a même annoncé une nouvelle interdiction d'exportation pour janvier 2020. Il nous faut à présent agir pour faire en sorte que les règles du commerce international soient respectées. Voilà pourquoi nous engageons aujourd'hui une procédure dans le cadre de l'OMC, afin d'obtenir la suppression de ces mesures dès que possible", a déclaré la commissaire européenne en charge du Commerce, Cecilia Malmström. L’Europe demande donc à l’Organisation Mondiale du Commerce de déclarer illégale l’interdiction des exportations de minerais décidée de façon unilatérale par l’Indonésie.


L'embargo indonésien c'est une menace globale. L’Indonésie a des prix fixes très bas et sa tonne d’acier inoxydable vaut trois cents dollars de moins que celle produite en Belgique avec du nickel calédonien. Autrement dit, on n’est pas concurrentiel. On parle de l’embargo sur le minerai, mais ils ont commencé à produire sur place leurs alliages de fontes (fer et nickel) ou encore de l’acier inoxydable intermédiaire (brame). La production de l'Indonésie est donc aussi une menace pour le marché des alliages de haute pureté de la Nouvelle-Calédonie.
Un métallurgiste européen à La1ere.fr


Monopoly du nickel
En choisissant d’instaurer un embargo de ses exportations de minerai de nickel, l’Indonésie souhaite développer son industrie de transformation métallurgique en contraignant les industriels étrangers et notamment chinois à construire des usines (entre 10 et 20) dans le pays. Le premier exportateur mondial de minerai entend donc développer une production importante de fonte de nickel (11 %) à bas coût (NPI) qui viendrait aussi concurrencer, dans l’acier inoxydable, les alliages à haute teneur et grande pureté en nickel (25 à 30 %) produits par la SLN et KNS en Nouvelle-Calédonie.