Archives d'Outre-mer : sur les traces du Père Labat, en Martinique et Guadeloupe

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Gravure père Labat
Portrait de Jean-Baptiste Labat, gravure issue du livre "Nouveau voyage aux isles de l'Amerique" (1742) ©André Bouys et C. Mathey (gravures)
Missionnaire dominicain, fervent défenseur de l'esclavage, inventeur d'un procédé révolutionnaire de distillation pour obtenir du rhum, le Père Jean-Baptiste Labat a marqué l'histoire des Antilles Françaises. Portrait dans nos Archives d'Outre-mer.

Escavagiste, défenseur du système colonial, le Père Labat a malgré tout laissé une empreinte durable dans le paysage des Antilles Françaises. En Guadeloupe, un célèbre rhum de Marie-Galante, une avenue et une tour portent encore son nom. En Martinique il est le fondateur de l'exploitation sucrière de Fonds-Saint-Jacques, à Sainte-Marie ainsi que des paroisses du Robert et du François.

Retour sur l'histoire de ce personnage aux multiples facettes qui a beaucoup écrit, notamment l'ouvrage "Nouveau voyage aux îles de l’Amérique". Il est également connu pour avoir mis au point de nouveaux procédés de fabrication du sucre. 

En 2000, Hélène Camouilly dans l'émission "En communes" consacrait une série de reportages à Jean-Baptiste Labat pour RFO Martinique.

Jeunesse du moine dominicain

Jean-Baptiste Labat naît à Paris le 5 septembre 1663. À 19 ans, il intègre le couvent de l’ordre des moines dominicains, rue Saint-Honoré à Paris. Après avoir prononcé ses vœux le 11 Avril 1685, il poursuit ses études au couvent avant de partir à Nancy, enseigner les mathématiques et la philosophie. Le 28 novembre 1693, il embarque à La Rochelle à destination de la Martinique. Il s’apprête alors à passer des années dans les Caraïbes qui vont transformer sa vie.

Le séjour du Père Labat en Martinique 

Ingénieur, bâtisseur, infatigable baroudeur, écrivain prolixe... tous ces qualificatifs conviennent à Jean-Batiste Labat.

C’est un homme qui aime la vie, on le sent dans ses écrits, il a une générosité d’écriture que l’on n’a pas beaucoup trouvé chez les autres observateurs de l’époque. Mais c’est aussi un homme qui a de l’imagination et qui parfois pour combler les vides de son savoir, va raconter ce qui lui passe par la tête. Il a même rédigé un ouvrage sur l’Afrique sans jamais y être allé.

Myriam Cottias, historienne

 

Dominicain, il n’a que 31 ans quand il débarque en Martinique où il restera 12 ans. De son séjour, il tirera son plus célèbre ouvrage, 8 tomes de son "Nouveau voyage aux isles de l'Amérique". Livre qui fourmille de détails sur la vie coloniale de l’époque.

Planche dessin père LABAT
Colonies françaises : description des plantes, arbres, animaux des iles des Antilles. représentation des mœurs des indigènes ainsi que de la fabrication du sucre. Planche tire de "Nouveau voyage aux iles de l'Amérique, faune et flore de la Martinique" du père Jean Baptiste Labat (1663-1738) 1722 Chartres, musée des Beaux Arts ©Photo Josse / Leemage via AFP

Mais c’est dans la gestion de l’économie sucrière que le père Labat marque de son empreinte Fonds-Saint-Jacques, sans jamais remettre en cause le système colonial et en défendant l'esclavage.

C’est un esclavagiste qui va conforter le système en disant que c’est au nom de la christianisation de l’esclave qu’il faut le maintenir en cet état.

Myriam Cottias, historienne

 

Le père Labat fait aujourd’hui partie de la mémoire collective.

Il y a des histoires qui le localisent, il y a des pratiques magico-religieuses qui sont censées le localiser. Il y a aussi des expressions, c’est-à-dire des menaces pour les enfants : "si tu n’es pas sage le père Labat viendra te prendre". Quand la montagne Pelée se couvre de brume on dit que le père Labat met son chapeau.

Myriam Cottias, historienne

 

Regardez ce portrait de l'abbé Labat réalisé par Hélène Camouilly pour RFO Martinique en 2000 : 

©la1ere

 

Le procédé de distillation du père Labat

Le Père Labat vient au rhum par des biais détournés. Il tombe malade lors de ses pérégrinations et contracte la fièvre de Malte. Il en réchappe après avoir consommé une infusion de tabac vert dans de la guildive sucrée. La guildive, ou tafia, est l’ancêtre archaïque peu raffinée du rhum. 

Intrigué, Jean-Baptiste Labat se penche alors sur les méthodes de fabrication de cette eau-de-vie de canne à sucre. Dans un premier temps, il dessine puis fait fabriquer un appareillage complexe composé de 5 chaudières pour distiller non plus de la mélasse, mais du pur jus de canne à sucre. Les premiers résultats sont prometteurs mais Jean-Baptiste Labat veut aller plus loin. Très vite, il fait importer de Métropole un alambic cognaçais. Et après quelques essais : succès ! Il parvient à obtenir un distillat très aromatique et beaucoup plus raffiné que la guildive. Ainsi naissait le premier rhum agricole français.

Ce procédé de distillation par alambic est aussi appelée "système du père Labat".

Retour sur ce procédé de distillation peu ordinaire qui se pratique au sein de la distillerie Saint-James située à Sainte-Marie en Martinique :

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La randonnée du père Labat 

Une balade pédestre intitulée "le circuit père Labat" permet de découvrir l'histoire du quartier Fonds Saint-Jacques de la commune de Sainte-Marie en Martinique. Ce circuit de huit kilomètres démarre du domaine de Fonds Saint-Jacques, ancienne propriété de prêtres dominicains en passant par l'ancienne tannerie puis longe l'ancien chemin de la voie ferrée pour se terminer dans les champs de cannes à sucre du domaine.

Partons en promenade avec cet autre reportage réalisé par Hélène Camouilly :

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Fortification de la Guadeloupe

Le père dominicain est appelé de Martinique par le gouverneur de Guadeloupe Auger, afin de mettre ses connaissances d'ingénieur au service du roi. En 1703, il prépare et fortifie la Guadeloupe en vue de l’attaque imminente des Britanniques. Il prend même part aux combats en 1704. Aujourd’hui encore, il est possible de visiter la Tour du Père Labat sur la commune de Basse-Terre. Dernier vestige des fortifications érigées sous la direction de l’ecclésiastique.

La tour du père Labat
La tour du père Labat ©Wikipédia