Au premier jour du procès pour trafic de drogue entre Rennes et la Guyane, le "vide du dossier" dénoncé par les avocats

trafic de drogue
tribunal judiciaire de Rennes
Le tribunal judiciaire de Rennes. ©Kelly Pujar
Premier jour compliqué lors du procès qui s'est ouvert à Rennes le 27 avril. Six Guyanais comparaissent pour un trafic de drogue entre la métropole rennaise et la Guyane. Mais deux ans après la première arrestation, l'enquête n'a pas apporté de "preuves suffisantes", ont regretté les avocats.

Six prévenus, des milliers d'euros en espèce mais pas un gramme de drogue versé au dossier après deux ans d'enquête. Au premier jour du procès qui s'est ouvert mercredi 27 avril à Rennes, les avocats dénoncent un "vide" dans cette affaire. "On s'attendait à ce qu'il y ait au minimum des éléments à charge, mais il n'y a que quelques indices qui n'établissent pas la réalité d'un trafic de stupéfiants", regrette Me Thomas Koukezian.

L'avocat défend R. A., un Guyanais accusé d'avoir organisé un trafic de drogue entre la Guyane et la Bretagne. Il est l'un des prévenus sur le banc dans le tribunal correctionnel de Rennes en cette fin avril, deux mois après son interpellation aux côtés de deux autres hommes et de deux femmes.

Une vie pour 7100 euros

L'une d'elles était la première à témoigner mercredi. À la barre, la jeune femme d'une trentaine d'années a reconnu avoir transporté de la cocaïne. Elle est la seule à admettre sa participation au trafic. Lors de son interpellation en février, elle avait sur elle 7100 euros en liquide. Elle sortait d'un hôtel d'où elle venait d'expulser 125 boulettes de cocaïne ingérées à Cayenne, avant de prendre un avion pour Paris, puis un taxi pour Rennes. "7100 euros, c'est la valeur de votre vie ?", interroge la juge lorsque la prévenue admet qu'elle savait risquer une overdose en transportant la drogue dans son corps. Pas de réponse. 

Elle raconte aussi qu'elle a inséré dans son vagin 2100 euros en billets de banque pour échapper aux contrôles de police sur les conseils de l'organisateur du voyage. 

Qui est "Abalou" ?

Cet homme, qu'elle a décrit à la police, correspond en tout point à R. A., a rappelé la présidente. Il sourit sur le banc. Mais la jeune femme ne répond pas. Elle ne reviendra pas sur le profil de l'organisateur du voyage, qui, elle l'avait assuré, était surnommé Abalou. "Or, après un an et demi d'enquête, d'écoutes téléphoniques, de captations d'image, de surveillance, de géolocalisation… Personne n'appelle mon client Abalou", rétorque Me Koukezian. 

Et les 9000 euros en espèces retrouvés chez le Guyanais ? Le "chiffre d'affaires" des soirées qu'il organise dans son bar à chicha et du commerce illégal d'alcool qu'il organise. Ici, l'affaire jugée est une affaire de stupéfiants, pas de travail dissimulé, et la mule à la barre n'incrimine pas R. A., rappelle l'avocat. 

"La procédure a été confisquée à la défense" 

"Dans ce dossier de stupéfiant, on n'a pas un gramme qui est trouvé, pas un gramme pris en photo, pas un gramme saisi. On n'a même pas de tests positifs à la cocaïne", s'insurge Me Kevin Descamps, l'avocat de l'homme interpellé en premier en 2020, à la suite de quoi l'enquête fut ouverte. Son client avait été arrêté à un péage avec plus de 42 000 euros en liquide sur lui. 

Une preuve insuffisante, estime Me Descamps : "On ne dit pas qu'il n'y a rien, mais l'enquête qui débouche aujourd'hui sur des peines encourues extrêmement lourdes aurait dû être plus poussée." Il estime que "la procédure a été confisquée à la défense", qui n'a pas pu avoir un accès libre aux éléments discutés durant l'audience. Les avocats demanderont la relaxe de leurs clients. Ceux-ci encourent dix ans de prison, vingt en cas de récidive. 

Kelly Pujar fait le point au tribunal de Rennes sur ce premier jour de procès :