Au Sénat, une table ronde sur l’héritage de Gaston Monnerville, 30 ans après sa mort

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Table-ronde Gaston Monnerville
©Louis Metivier
A l’occasion des 30 ans de la disparition de Gaston Monnerville et à l’initiative du sénateur de Guyane Georges Patient, une table ronde intitulée "Gaston Monnerville-L’Héritage" s’est tenue au Palais du Luxembourg. L'occasion de revenir sur cette figure qui a marqué l’histoire de la République.

"Gaston Monnerville guyanais, petit-fils d’esclaves, qui s’est engagé pour son pays, qui s’est engagé dans la résistance, qui a ensuite été président d’un département qui est au cœur de la France, le Lot, Gaston Monnerville le républicain, et c’est vraiment la première des choses qui me marque", c’est par ces mots, que Gérard Larcher, actuel président du Sénat, présente celui qui a été son prédécesseur. Un prédécesseur qui l’a inspiré : "il m’a en quelque sorte contaminé au parlementarisme". Dans la salle Médicis du Palais du Luxembourg, les locuteurs se suivent pour rendre hommage et raconter la vie, les engagements et les combats d’un homme souvent oublié dans l'Hexagone.

Le sénateur de Guyane et vice-président du Sénat Georges Patient va même plus loin, parlant de lui "comme un héros oublié de la République". Ces manifestations qui ont lieu à l’occasion des 30 ans de la mort de l’homme politique et qui ont commencé avec une exposition dans le jardin du Luxembourg en septembre, sont une "façon de lui rendre justice" selon le sénateur guyanais. Une figure qui a inspiré et justifié l’engagement de Georges Patient en politique, mais aussi une figure qui a tant fait pour les Outre-mer.

Un grand parcours politique

La mère de Gaston Monnerville lui avait dit : "Va mon fils, et tâche de bien faire". Il fera mieux que bien, devenant député dès 1932, puis sous-secrétaire d’Etat en 1937, se hissant au statut de deuxième personnage de l’Etat en 1947. Il aurait même pu être président de la République (sous la IVe), comme le raconte le vice-président du Sénat : "Après 13 tours de scrutin, alors qu’on disait de lui qu’il était le candidat parfait, la couleur de sa peau l’a empêché d’être élu." Les échelons, il les a gravis, mais un plafond de verre est apparu.

Sous la Ve République, il a aussi failli l’être, mais pas avec une élection ! Philippe Martial, qui l’a bien connu, raconte qu’au moment de l’attentat du Petit-Clamart contre le Général de Gaulle en 1962, Gaston Monnerville était à la pêche :

A midi, quand on est rentré de la pêche, on lui a dit, 'Monsieur le Président, vous avez failli devenir chef de l’Etat cette nuit', et lui a répondu "quoi ?" "Le Général de Gaulle a échappé à un attentat, mais on ne vous l’a pas dit pour ne pas gâcher votre pêche."

 

La passion de l’égalité

Toute sa vie, il s’est battu pour l’égalité. Angèle Préville, sénatrice du Lot, rappelle que pour Gaston Monnerville, "tout citoyen est chez lui sur le territoire de la République". Selon Patrick Lingibé, vice-président de la délégation outre-mer de la Conférence des bâtonniers, "cette lutte perpétuelle pour l’égalité naît dès son enfance". Horrifié par le bagne de Cayenne qu’il a connu tout petit, il fait tout pour le faire fermer. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il rejoint la résistance pour combattre le nazisme. Dès la fin de la guerre, il reprend sa lutte pour l’égalité.

En 1946, il œuvre pour la départementalisation des territoires ultramarins, pour "mettre au même niveau outre-mer et métropole", explique Georges Patient, pour "défendre leur place dans la République, leur développement, leur jeunesse dans la Nation française". Stéphane Artano, sénateur de Saint-Pierre et-Miquelon et président de la Délégation sénatoriale aux Outre-mer ajoute que Gaston Monnerville, c’est aussi "la défense des terroirs et du patrimoine".
 

Table-ronde Gaston Monnerville
©Louis Metivier

 

Un hommage avant une possible panthénoisation ?

Le 30 novembre prochain, entrera au Panthéon Joséphine Baker, figure de la résistance et de la lutte antiraciste. La prochaine entrée sera-t-elle celle de Gaston Monnerville ? C’est un tout cas une vieille idée qui date de sa mort et qui est défendue par son "fils de substitution" Philippe Martial, ainsi que par le sénateur de Guyane Georges Patient. Et c’est un soutien de poids qui défend à présent cette idée, le successeur de l’ancien président du Sénat, Gérard Larcher.

"Il est pour notre pays quelqu’un qui a su bouleverser tous les préjugés qui pouvaient exister, et on sait tous que tous les préjugés n’ont pas disparus, bien au contraire, peut-être que le message de Gaston Monnerville est un message universel pour la République", pour le président du Sénat, c’est donc un personnage qui mérite de rejoindre l’ancienne église ou sur le fronton est inscrit : "Aux grands hommes, la patrie reconnaissante." 

Il est celui qui a fait en sorte que Victor Schoelcher et Félix Eboué rentrent au Panthéon, il mérite de les rejoindre.

Gérard Larcher, président du Sénat