Aux États-Unis, la supplique d'une Guadeloupéenne dont le fils est condamné à mort

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Lina Jean
Lina Jean, Guadeloupéenne de 79 ans, de Guadeloupe, montre une photo de son fils Joseph Jean, chez elle à Baytown, au Texas. ©CECILE CLOCHERET / AFP
"Sortez-le du couloir de la mort", implore Lina Jean, mère guadeloupéenne du seul Français à attendre son exécution aux États-Unis. "Il devrait déjà ne plus y être", assure-t-elle depuis son domicile du Texas.

Le 9 décembre 2021, un juge a estimé que Joseph Jean, qui a également la nationalité américaine, avait un handicap mental limitant ses capacités intellectuelles, et que sa peine devait être commuée en prison à vie, selon ses avocats.

Mais, la cour pénale d'appel du Texas - l'État américain qui exécute le plus - doit encore décider d'approuver ce jugement ou de faire appel.

Depuis près d'un an, le Français reste donc dans le couloir de la mort, confiné 22 à 23 heures par jour dans une petite cellule d'une prison de haute sécurité.

"Il va bien" et "lit beaucoup", même s'il dit souffrir du bruit constant de la prison, assure à l'AFP Lina Jean, Guadeloupéenne de 79 ans. "Je lui dis de garder espoir, de ne pas abandonner."

Joseph Jean, 50 ans, a été condamné à mort en 2011 pour un double meurtre commis à Baytown, près de Houston, le 11 avril 2010. Ce soir-là, il était entré par effraction chez son ex-petite amie. Elle était absente, mais sa fille se trouvait chez elle avec une cousine.

Joseph Jean aurait tué les deux adolescentes de 16 et 17 ans avec une batte de baseball, avant de mettre le feu à l'appartement et de s'enfuir. Il avait déjà été condamné à plusieurs reprises pour détention de drogue et cambriolage.

"Vulnérables"

Aux États-Unis, une personne ayant un handicap mental restreignant ses capacités intellectuelles ne peut pas être condamnée à mort, selon une décision rendue par la Cour suprême en 2002. Ce diagnostic ne "justifie pas une exemption de sanctions pénales, mais diminue leur culpabilité personnelle", avait écrit le juge. Les États sont cependant libres de définir les limites de la définition de ce handicap.

"Ils sont considérés comme trop vulnérables pour être pleinement responsables de leurs actes", explique à l'AFP un avocat spécialiste du sujet, Richard Burr, qui avait travaillé pour la défense du détenu à l'origine de l'arrêt de la Cour suprême. L'équipe d'avocats de Joseph Jean avait fait témoigner experts et proches pour faire reconnaître qu'il se trouvait dans ce cas.

Lina Jean aimerait pouvoir prouver un jour l'innocence de son fils. En attendant, elle ne cache pas son impatience à l'idée de pouvoir "le toucher, le prendre dans ses bras", une fois qu'il sera sorti du couloir de la mort. Elle compte les jours, et s'agace des délais de la justice : "Ils prennent leur temps !".

Un autre de ses sept fils, Joel, purge lui aussi une longue peine d'emprisonnement pour trafic de drogue et détention d'armes.

La France rappelle régulièrement son opposition à ce châtiment

C'est en prison, et après sa condamnation à mort, que Joseph Jean avait demandé la nationalité française, sur le conseil de ses avocats.

Lina Jean, née en Guadeloupe, s'était installée dans les Iles Vierges américaines au début des années 1970 avec son mari, lui aussi Français. Joseph Jean y est né, obtenant ainsi la nationalité américaine.

La France, où la peine de mort a été supprimée en 1981, rappelle régulièrement par la voix de ses représentants son opposition à ce châtiment, qu'elle appelle à abolir.

Avant chaque exécution de détenu aux États-Unis, la France et l'Union européenne envoient d'ailleurs une lettre pour rappeler leur position.

Selon une source diplomatique française, les autorités françaises suivent la situation de Joseph Jean, et appellent que sa peine soit commuée.