Avenir de la Nouvelle-Calédonie: ce qu'il faut retenir de la deuxième journée des discussions à Paris

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Le deuxième jour des discussions sur l'avenir de la Nouvelle-Calédonie s'est tenu au ministère des Outre-mer à Paris, le jeudi 27 mai 2021. ©Marie Boscher / Outre-mer la 1ère

Le deuxième jour des discussions sur l'avenir de la Nouvelle-Calédonie s'est tenu ce jeudi 27 mai au ministère des Outre-mer à Paris. Les délégations, autour de Sébastien Lecornu, ont échangé sur divers points liés aux implications du Oui et du Non. Synthèse de cette deuxième journée.

C'est sous un grand soleil enfin digne des mois de mai parisiens que sont arrivées les délégations calédoniennes ce jeudi 27 mai au ministère des Outre-mer, rue Oudinot à Paris. En nombre plus important que lors du rendez-vous de la veille qui se voulait plus proche du format Leprédour, elles se sont entretenues toute la journée avec le ministre, Sébastien Lecornu. Comme annoncé hier, Pierre Frogier (Avenir en confiance), partisan d'une solution par différenciation provinciale, n'était pas présent. Sa proposition n'est pas pour autant écartée des débats qui se tiendront jusqu'au 1er juin. 

Aux côtés de membres de l'Union Calédonienne, de Calédonie Ensemble, de l'Avenir En Confiance, de l'Eveil Océanien et des Loyalistes, étaient aussi présents le nouveau Haut-commissaire de Nouvelle-Calédonie, Patrice Faure, ainsi que des conseillers du ministère des Affaires étrangères.

Dossiers du jour

Quatre points étaient à l'ordre du jour ce jeudi 27 mai : le droit international puis le droit interne le matin, suivi l'après-midi d'un échange sur la monnaie, les accords commerciaux et le nickel et enfin, sur les finances publiques. Dès le matin, la question du gel du corps électoral et celle de la nationalité se sont invitées dans le débat (voir déclarations ci-dessous), qui s'est étiré longuement jusqu'en début de soirée. "Beaucoup de questions se posent, mais il n'y a pas de portes qui claquent, pas de tabous", indique-t-on au ministère. 

Deux annonces ont été faites en début de journée. Les délégations seront reçues vendredi soir au ministère des Armées par le général François Lecointre, chef d'Etat-major des armées (voir ci-dessous le programme). Puis, lundi 31 mai, elles rencontreront également Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, au Quai d'Orsay.

Déclarations

Cette journée revêtait une importance particulière puisqu'elle marquait officiellement le début des discussions tripartites.

► C'est ce qu'en a retenu le député Philippe Dunoyer (Calédonie ensemble), plutôt satisfait de ce premier jour : "Je ne vais pas vous dire qu'il était conclusif, parce que ce ne serait pas vrai, mais ce qu'on a tenu à dire avec Philippe Gomes (député, Calédonie ensemble, NDLR), c'est la nécessité pour l'État de clarifier les sujets qui sont de sa compétence, c’est-à-dire les sujets de nationalité et sur le corps électoral. On a un degré de précision mais il faut véritablement que nos concitoyens sachent précisément les conséquences dans les deux cas, d'évolution du corps électoral, du maintien de la nationalité, ses conditions… Là-dessus, au moins, les choses ont pu être dites mais on aura d'autres échanges."

La veille, la délégation Calédonie Ensemble avait été reçue en dernier par Jean Castex, décalée par un retard lui faisant manquer son temps de parole avec la presse. Au lendemain de cette rencontre avec le Premier ministre, Philippe Dunoyer a parlé d'un échange "plaisant" avec un Premier ministre dans "la compréhension et l'adhésion à la nécessité de prévoir l'après-référendum". "C'est déjà une étape importante car ça veut bien dire que ce référendum de toute façon, et c'est qu'on dit, ne règle rien. Il fracture la Calédonie en deux blocs et ça ne peut pas être une solution d'avenir", a expliqué le député qui espère "une parole présidentielle" d'ici la fin des discussions parisiennes.

► Du côté des Loyalistes, le ressenti est également "très positif", a indiqué Gil Brial (MPC), à la mi-journée, au nom du groupe. "Cela nous a permis d'avoir de la part de l'Etat des précisions claires sur les conséquences de l'indépendance". Concrètement, sur le gel du corps électoral qui prendra fin à l'issue de l'accord de Nouméa et surtout, sur la nationalité. "L'Etat a affirmé très clairement qu'il n'y aurait pas de droit du sang", a annoncé Sonia Backès (Avenir en confiance). "Cela veut dire qu'il n'y aura pas de nationalité française ad vitam aeternam en cas d'indépendance et que très clairement, la nationalité française se perdrait avec le temps."

► L'Eveil océanien était présent et a lui aussi salué les travaux de la journée, qualifié d'"enrichissants, sérieux, de bon augure pour la journée de demain" par Milakulo Tukumuli, le fondateur du parti. "L'Etat a été sérieux dans le travail", a-t-il noté à la fin de la longue journée de discussions, où plusieurs services sont venus apporter des précisions sur les thématiques abordées ce jeudi.

► "En cette première journée, l'UC trouve la justification de s'être déplacé à Paris", a indiqué Gilbert Tyuienon dans la cour du ministère. "Nous avions besoin d'infomations et de chiffres que nous demandons depuis longtemps et là, l'Etat les livre de manière très libre, ce qui donne une qualité dans les échanges. (…) Cela pose les débuts des discussions que nous devons avoir. Les chiffres sont donnés aujourd'hui et on va rentrer dans ces échanges pour avoir plus de précisions. Mais les conclusions ne seront ni aujourd'hui ni demain."

► Le ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu, ne s'est pas exprimé devant la presse, mais il a publié un message sur Twitter, indiquant que  "Cette première journée de travail a permis d’aborder des points essentiels sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie. Les discussions entamées autour d’une même table ont permis d’avoir un retour du dialogue, condition essentielle pour la suite du processus politique."

 

Le programme de vendredi

Le 28 mai, une journée chargée attend de nouveau les participants aux discussions, toujours au ministère des Outre-mer. A 9h30, seront évoquées les implications de la fin de l’accord de Nouméa pour les territoires français du Pacifique. Puis, les dossiers de l'éducation, de la santé et des transports. Enfin, tous échangeront sur la sécurité et la justice avant d'être reçus par le chef d'Etat-Major des armées en fin de journée.

Le général François Lecointre devrait alors évoquer les implications du Oui et du Non en matière militaire.

Synthèse en vidéo