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"Le blues du nickel" dans le miroir de l’inox

chronique économique
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Acier inoxydable européen (Aperam) utilisant l'alliage de nickel calédonien SLN25. ©Alain Jeannin
La Bourse des métaux de Londres recule. En cette fin de semaine, les tensions géopolitiques pèsent. Les doutes s’installent aussi sur la demande de l'industrie de l’acier inoxydable, consommatrice des alliages de nickel produits en Nouvelle-Calédonie.
 
Les prix du nickel ont baissé vendredi et ont touché des creux de trois semaines en raison de doutes sur la demande de l’industrie de l’acier inoxydable. Le nickel est descendu à 13.765 dollars la tonne, au plus bas depuis le 12 décembre, ce qui a envoyé un signal de "vente", et donc de baisse, à la principale Bourse des métaux, le London Metal Exchange.

Indonésie
Même les pires inondations subies depuis des années par l’Indonésie n’y ont rien changé. Malgré plusieurs navires transportant de la fonte de nickel bloqués dans les ports indonésiens (source Reuters), les cours du métal étaient en baisse pour cette première semaine de cotation de l’année, à Londres comme à Shanghai. La réduction provisoire de l’offre indonésienne, pour cause de mousson, n’a pas inversé la tendance baissière. Pas plus que la signature, le 15 janvier prochain, d’un premier accord commercial entre les Etats-Unis et la Chine. La Bourse des métaux de Londres (LME) marque le pas, face au regain de tensions au Moyen-Orient, après la mort d’un général iranien dans une frappe américaine à Bagdad.

Inox
Le marché du nickel est toujours aussi volatil, "il continuera de faire face aux incertitudes de 2020", résume Amy Hinton, journaliste au Metal Bulletin de Londres. "Et aucun réapprovisionnement significatif avant les vacances du Nouvel An lunaire en Chine (24-30 janvier) n’a été enregistré pour l’instant", a déclaré à l’agence Fastmarkets un analyste du nickel basé à Shanghai. Surtout, la demande européenne du secteur de l’acier inoxydable diminue – elle est importatrice de ferronickel calédonien – "et les stocks mondiaux de nickel augmentent, dans un contexte de ralentissement de la sidérurgie, tandis que la chaîne d’approvisionnement et la demande pour l’utilisation du nickel dans les batteries électriques restent incertains", indique l’analyste Edward Meier, de ED&F Man, un négociant londonien. "Il faudra beaucoup de temps pour que les achats de véhicules électriques arrivent au premier plan, pas avant 2036" ajoute un analyste de Morgan Stanley.

Difficultés
Il faut donc surveiller, comme le lait sur le feu, la demande pour la production d’acier inoxydable qui restera le principal moteur du nickel en 2020, représentant environ 70 % de la part de marché du nickel. Et tout particulièrement le secteur européen de l’inox, en difficulté face à la concurrence des aciers chinois et turcs. "Il faut que l’Union européenne protège ses producteurs d’inox et de nickel, deux activités complémentaires, si la concurrence déloyale se poursuit, nous serons tous perdant, sauf les Chinois. (…) Pour la première fois depuis longtemps, le prix d’achat du ferronickel est tombé sous le prix de base affiché au LME" s'inquiète un producteur européen de nickel, sous couvert d’anonymat. La situation, est-elle si mauvaise ? "Non, le nickel possède beaucoup d’atouts positifs, et puis sur le long terme, la forte demande pour les voitures électriques devrait soutenir les prix" conclut Andy Farida analyste chez Fastmarkets. Prévision ? Un scénario de base autour de 16.000 dollars par tonne au premier trimestre 2020. Ce vendredi soir, on en est encore loin.

Cours du nickel à trois mois au LME de Londres, vendredi 3 janvier à 18H00 GMT, $13.772 par tonne ($6,19/l) -3,23 %
 
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