Contrats aidés : les Outre-mer surreprésentés

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Pôle emploi
©Romain Longieras / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
La part des Ultramarins bénéficiant de contrats aidés ne fait qu'augmenter. Dès son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron voulait supprimer le dispositif des emplois aidés, jugé peu efficace. Mais la crise sanitaire inverse la tendance : plus question de diminuer les aides.
Début novembre, la ministre du Travail, Elisabeth Borne, a promis la création de 122 000 contrats aidés supplémentaires. Le ministère n’a pas encore détaillé la répartition de ces contrats entre les différents territoires, et notamment la part qui sera attribuée aux Outre-mer.

Un contrat aidé est un contrat de travail subventionné par l’Etat par le paiement d'une partie du salaire ou via des exonérations fiscales. Il existe plusieurs types de contrats aidés. Depuis 2018, la plupart sont regroupés sous l’appellation parcours emploi compétences (PEC).

Lorsqu’une entreprise embauche via le système des PEC, l’Etat prend en charge une partie de la rémunération du salarié, de 30 à 60% du Smic brut. Un volet formation est prévu pour l'employé en parallèle de son embauche.
 

Des contrats qui ne mènent pas à un emploi classique

Dès son élection, Emmanuel Macron avait promis de supprimer les emplois aidés. "Beaucoup d’études ont montré que les contrats aidés n’étaient pas des tremplins pour accéder à l’emploi classique. Ça enferme : on entre en contrat aidé, on n’en sort pas, détaille l’économiste Yannick L'Horty, spécialiste de l’économie du travail et de l’évaluation des politiques publiques. D’où la volonté de réduire la voilure."

La décision du gouvernement de réduire le nombre de contrat aidés inquiétait les élus ultramarins dès 2017. En Outre-mer, certaines entreprises ne survivent que grâce à ce dispositif. "Tous les secteurs d’activité utilisent potentiellement des contrats aidés, mais on a une surreprésentation dans le non marchand, notamment les associations", explique Yannick L’Horty. Nombre de ces associations ne pourraient pas embaucher sans les aides de l’Etat.
La réduction des PEC a bel et bien été entamée. Sur le graphique, la hausse au cours de l’année 2018 est un trompe-l’œil. Elle correspond à la transformation des contrats uniques d’insertion - contrats d’accompagnement dans l’emploi (CUI-CAE) en PEC.

Si le nombre de PEC est en diminution tant dans l'Hexagone qu’en Outre-mer, la diminution est plus rapide au niveau national. Entre janvier 2019 et juillet 2020, les recrutements en contrat aidé ont diminué de 22% en Outre-mer et de 47% dans l'Hexagone.

Mécaniquement, la part des bénéficiaires de contrats aidés résidant dans les territoires ultramarins augmente. Elle était de 16% en juillet 2019, et passe à 21,7% en juillet 2020. Une large surreprésentation donc, puisque la population active française hexagonale représente environ 30 millions de personnes, contre 838 769 personnes si l’on cumule les populations actives de la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane et La Réunion.

En proportion, les contrats aidés sont déployés prioritairement dans les territoires ultramarins. Cette situation s’explique historiquement par les contraintes de l’Outre-mer. Les économies ultramarines sont périphériques. Dans ces économies, il est couteux d’acheminer des biens et des services, et il est plus difficile d'être compétitif.

Avec la crise sanitaire, et son versant économique, la suppression des contrats aidés n’est plus à l’ordre du jour. "L’usage du contrat aidé avant la crise sanitaire est différent de celui d’aujourd’hui. Dans le contexte actuel, l’opportunité d’une suppression des contrats aidés n’existe plus, estime Yannick L’Horty. Il est probable que la crise élargisse les inégalités territoriales, d’où le déploiement des aides à destination des territoires les plus fragiles."
 

Des contrats très utilisés à La Réunion

Parmi les territoires ultramarins, c’est La Réunion qui compte le plus de contrats aidés. Plus de 9 000 personnes étaient employées sous le régime des PEC en juillet 2020.
En juillet 2020, 68% des bénéficiaires de PEC en Outre-mer étaient Réunionnais. 12% travaillaient à Mayotte, 10% en Guyane, 8,5% en Martinique et 1,5% en Guadeloupe.

Des contrats réservés aux moins de 26 ans

Depuis la mi-octobre 2020, les PEC sont réservés aux moins de 26 ans. Une décision qui pourrait "accentuer une précarité déjà inquiétante" selon la députée de La Réunion Karine Lebon, qui a interpelé la ministre du Travail sur ces questions début novembre. Selon l’élue, à La Réunion, "la très grande majorité des bénéficiaires des PEC ont plus de 26 ans."
"L’avancée en âge améliore statistiquement la situation des personnes sur le marché du travail. Mais l’insertion professionnelle ne s’arrête pas brutalement après 25 ans, explique Yannock L’Horty. On introduit un effet de seuil puissant. Les conséquences pourraient être importantes localement, principalement dans les territoires les plus exposés au chômage des jeunes." Or en Outre-mer, le chômage des moins de trente ans est particulièrement élevé. En 2018, à La Réunion, le chômage des jeunes culminait à 42%.
 

"Quasiment tous les contrats de travail sont aidés dans les Outre-mer"

Yannick L'Horty, économiste


Si nombre d’élus ultramarins défendent le maintien des contrats aidés, leur importance doit être relativisée. "Les emplois aidés s’inscrivent dans un paysage où l’aide est globalement forte. Il ne faut pas exagérer la contribution spécifique des contrats aidés", explique Yannick l’Horty. L’Etat soutient massivement les économies ultramarines via des primes, des exonérations fiscales ou patronales.