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Convoqué pour un entretien préalable de licenciement, un chauffeur de bus guadeloupéen se défend

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Patrick Moussin
©Mohamed Errami
Après la diffusion d’une vidéo montrant un accrochage entre des chauffeurs de bus grévistes et un autre, non-gréviste, au dépôt de Vitry–sur-Seine, Patrick Moussin, d’origine guadeloupéenne, a été convoqué pour un entretien préalable à son licenciement.
 
48 heures après son entretien préalable de licenciement, Patrick Moussin, a tenu à s’expliquer sur les évènements du 10 décembre 2019. Ce Guadeloupéen de 49 ans a reçu avec deux de ses collègues un courrier de convocation de sa hiérarchie préalable à un licenciement pour faute lourde.
 
Dans le courrier, la RATP, son employeur, lui reproche: "d’avoir entravé la libre circulation des autobus, d’avoir désorganisé les missions de service public de l’entreprise entre 4h30 et 7h20. D’avoir entravé la sortie des autobus et privé de liberté de travailler les chauffeurs non-grévistes et enfin d’avoir exercé des pressions anormales sur ces derniers ».
 
Yas
De gauche à droite : Yassine, François et Patrick ©Mohamed Errami
 

Tout se passe en quelques secondes

Il est 7h30, ce mardi 10 décembre. Des insultes fusent entre des chauffeurs de bus grévistes et un chauffeur non-gréviste qui quitte son dépôt de Vitry-sur-Seine. 

"Nous sommes cinq jours après le début du mouvement, le dépôt de grève de Vitry-sur-Seine a un taux de grévistes qui atteint 80 à 90%, on est l’un des dépôts les plus mobilisé d’Ile-de-France" explique Patrick. Et le Guadeloupéen d'ajouter : "l’ambiance est bon enfant, il y a de la musique, on est rejoint par des salariés du privé et du public, des enseignants également".

Les grévistes chantent et chambrent les chauffeurs non-grévistes qui quittent le dépôt sous l’encadrement de la police. Puis, survient "l’épisode" comme Patrick l’appelle. Un chauffeur de bus non-gréviste s’arrête au niveau des grévistes, ouvre sa fenêtre et "insulte les grévistes", qui répliquent immédiatement avec d'autres insultes. 

Trois jours à peine après les faits, le secrétaire d'État chargé des Transports Jean-Baptiste Djebbari, a dénoncé sur franceinfo "l'intimidation" envers des chauffeurs de bus non grévistes de la RATP. 

Une vidéo médiatise l’affaire

Cet incident n’en reste par là. La vidéo de l'altercation entre chauffeurs est diffusée sur les chaînes d’infos en continu et dans la presse. Pour Patrick, qui affirme ne pas avoir insulté, il s’agit d’une stratégie politique. "On est clairement  dans une volonté de faire taire la CGT, nous sommes trois convoqués et trois représentants syndicaux de la CGT. Au-dessus, ils savent très bien qu’à Vitry la CGT tient le dépôt, ils ont voulu mettre un coup de pression aux autres grévistes et se servir de nous pour faire un exemple".

Patrick dénonce des prises de positions politiques et notamment celle de Valérie Pécresse qui parle "d’insultes homophobes" et de "sanctions exemplaires". Pour Patrick : "elle a fait de cet incident une utilisation détournée en criant à l’insulte homophobe". Ce qui n’est pas le cas à ses yeux. 

Patrick se défend de toutes insultes. Pour lui,  les propos tenus envers le chauffeur de bus non-gréviste sont issus d’un célèbre titre du chanteur Vegedream. Cet artiste s'est  rendu célèbre avec son titre "Ramenez la coupe à la maison" qui est sorti après la victoire de l’équipe de France lors de la Coupe du monde. 

Mais dans cette affaire, c'est un autre titre de Vegedream intitulé "La Fuite" qui suscite la polémique. "On m’accuse d’homophobie pour une chanson de Vegedream [le titre "La Fuite", NDLR], alors que le chanteur était en voyage officiel avec Emmanuel Macron en Côte d’Ivoire, en décembre dernier", affirme avec un brin d'ironie Patrick qui affiche une détermination intacte. 
  

Un rassemblement de soutien

Lundi 13 janvier, des dizaines de personnes sont venues soutenir Patrick et ses deux collègues au dépôt de Vitry-sur-Seine. Côté politique et syndicat, Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, Jean-Luc Mélenchon, le président de La France Insoumise ou encore Fabien Roussel, le président du Parti communiste français, sont venus soutenir Patrick Moussin et ses deux autres collègues . 
Roussel
Fabien Roussel président du Parti communiste français et Patrick Moussin, Guadeloupéen chauffeur de bus

Patrick, Yassine et François connaîtront la décision de la RATP d’ici un mois maximum mais quoi qu'il arrive Patrick affirme qu’il ira jusqu’au bout s'il le faut.
 
La réponse de la RATP
La RATP explique qu’elle ne souhaite pas prendre la parole sur le sujet. Mais donne les éléments suivants dans ce communiqué :
Trois agents du centre sont convoqués à des entretiens disciplinaires, lundi 13 janvier, dans le cadre de l’enquête interne effectuée par la RATP suite aux incidents du 10 décembre 2019 lors du mouvement de grève sur ce centre.
 
Ces agents encourent des sanctions pouvant aller jusqu’à la révocation suite, notamment, à de violentes insultes à caractère homophobe proférées à l’encontre d’un collègue travaillant.

La RATP condamne évidemment fermement de tels comportements, qui ne peuvent se justifier, même dans le cadre d’un mouvement social. L’exercice du droit de grève ne peut justifier de telles atteintes à la dignité des personnes sans bafouer les valeurs humaines fondamentales défendues par la RATP et ses salariés.

Suite aux entretiens disciplinaires

Ce type de procédure est contradictoire : chaque partie peut exprimer ses arguments et le salarié se justifier quant aux faits qui lui sont reprochés.

Aucune décision ne sera prise immédiatement.

Les suites données aux procédures seront communiquées aux agents concernés dans le respect des délais légaux.

 
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