Covid-19 : selon Hossein Mehdaoui, la Martinique est victime d’un “relâchement sur les gestes barrières”

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CHUM
Salle des urgences du CHU de Martinique (image d'illustration). • ©Martinique la 1ère
Le chef du pôle de réanimation du CHU de Martinique estime que le relâchement des gestes barrières a contribué à la dégradation de la situation sanitaire. Selon lui, la vaccination est perçue comme une “injonction” venue de l’Hexagone.

"Personne ne peut le nier, il y a eu un relâchement partout sur les gestes barrières". Au CHU de Martinique saturé, Hossein Mehdaoui, chef du pôle réanimation, explique l'afflux de malades du Covid par la négligence et un refus de la vaccination, perçue comme "une injonction" de la métropole. Avec 3 880 cas positifs la semaine passée, un taux d'incidence qui galope (1 082 cas pour 100 000 habitants), et un taux de positivité de 17,5%, supérieur au seuil d'alerte de 10%, l'île est submergée par une nouvelle vague de l'épidémie, qui a conduit les autorités à décider d'un reconfinement depuis vendredi 30 juillet, pour au moins trois semaines.

Martinique : La situation sanitaire se dégrade au CHUM


Des patients de plus en plus jeunes

"Chaque jour on essaie de trouver une place pour tout le monde dans l'établissement qui a dû arrêter toute une partie de son activité pour faire face, et particulièrement en réanimation, largement saturée, qui a plus que doublé sa capacité d'accueil", explique le professeur Hossein Mehdaoui, responsable du pôle réanimation-anesthésie-urgences.

C'est terrible ce que nous vivons dans l'hôpital.

Hossein Mehdaoui


ll constate l'arrivée de "patients de plus en plus jeunes". "Une jeune femme de 19 ans enceinte. Des patients âgés de 31 ans, de 33 ans dans la longue liste des 29 décès hospitaliers ces trois derniers jours". Et "on se retrouve face à des patients âgés de plus de 85 ans par exemple dont le décès est inévitable." 

Tentant d'expliquer les raisons de cette vague, le médecin est catégorique: "Personne ne peut le nier, il y a eu un relâchement partout sur les gestes barrières, plus particulièrement lors des regroupements familiaux, en dépit des consignes répétées par les différents services. Ça se passe au camping, ou dans d'autres rendez-vous festifs sans aucune précaution. Ce n'est pourtant pas faute de rappeler la nécessité de respecter les gestes barrières..."

Des réticences à la vaccination liées au passé

Dans le même temps, les réticences à se faire vacciner sont fortes : seuls quelque 15% de la population de l'île sont vaccinés. L'instauration du nouveau couvre-feu a été suivie de l'incendie d'un vaccinodrome et d'une pharmacie lors d'affrontements entre une centaine de manifestants et les forces de l'ordre samedi soir à Fort-de-France.

Le professeur Mehdaoui déplore "des oppositions de manière militante à cause de problèmes identitaires pour contester ce qu'ils appellent une injonction venue de Paris". Avant de préciser: pour s'opposer à la vaccination, "les antivax s'appuient sur la méfiance à l'égard de l'État notamment en raison du dossier du chlordécone", avance-t-il, en référence à l'insecticide autorisé entre 1972 et 1993 dans les bananeraies des Antilles et accusé d'avoir empoisonné Martinique et Guadeloupe.

Le mieux c'est de ne pas avoir cette maladie, ni de la transmettre. A part se faire vacciner, il n'y a aujourd'hui pas d’autres solutions qui a fait ses preuves. 

Hossein Mehdaoui


Résultat selon lui, la situation est tendue sur l'île. "Chacun s'est campé sur ses positions. Ça se déchire dans les familles sur la vaccination. Quand une collaboratrice infirmière vous dit qu'elle n'a pas osé dire à sa maman qu'elle s'est faite vacciner, vous imaginez l'ambiance familiale dans un tel contexte..." En attendant de voir le bout du tunnel, quelques patients ont été transférés de Fort-de-France vers Paris, et le CHU de Martinique a reçu mardi le renfort d'une quarantaine de médecins et infirmiers du Service de santé des Armées et du régiment médical de l'Armée de terre.