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Le cri d'alarme de la contrôleuse des prisons sur l'"état catastrophique" du centre pénitentiaire de Rémire-Montjoly en Guyane

Surpopulation, climat de "violence extrême", insalubrité, conditions d'hygiène "désastreuse"... La contrôleuse générale des lieux de privation de liberté dénonce les conditions "inhumaines" de détention à la prison de Rémire-Monjoly en Guyane.  

© CGLPL
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  • Pierre Lacombe
  • Publié le , mis à jour le
Dominique Hazan, la contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) a dressé ce mardi 31 janvier un constat accablant sur les conditions de détention au centre pénitentiaire de Rémire-Monjoly en Guyane. Elle vient d'adresser des "recommandations en urgence", publiés jeudi au Journal officiel, à la garde des Sceaux Nicole Belloubet et à la ministre de la Santé Agnès Buzyn. Cette "procédure exceptionnelle" est rare: "la dixième" seulement depuis l'institution de cette autorité indépendante en octobre 2007. 
 


Dix ans après une première visite au centre pénitentiaire de Rémire-Montjoly, "la situation s'est encore dégradée", indique la contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL). Elle dénonce notamment la surpopulation, la présence de nuisibles (rats, cafards...), des conditions d'hygiène "désastreuse" ou encore l'absence de réfrigérateurs ou de ventilateurs. 

Six personnes dans 11m2

© CGLPL
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Si la population carcérale a diminué en deux ans, passant de 907 détenus en décembre 2016 à 736 lors du contrôle, elle reste à des niveaux préoccupants, avec un taux moyen d'occupation de 125%.  Au quartier des hommes, où le taux d'occupation est de 157%, "deux à trois détenus cohabitent dans des cellules individuelles de 10 m2, soit "6,5 m2 d'espace de vie".

Six personnes vivent dans des cellules doubles de 22 m2, réduites à 11 m2 une fois "déduite l'emprise des lits, des toilettes et de la table". Au quartier des femmes, deux mères sont détenues avec leur nourrisson, en cellule ordinaire, faute de places suffisantes à la nurserie. "L'une d'entre elle dort sur un matelas à même le sol", indique Dominique Hazan. Les cellules, insalubres, sont dans un état de saleté inquiétant ; les sanitaires, que les  moisissures altèrent, ne sont pas isolés du reste de la pièce et n'offrent de fait aucune intimité. 
 

Les douches dans un état déplorable

Les hommes détenus se lavent dans les douches des cours de promenade alors même qu'elles  sont dans un état déplorable et, sans séparation, les exposent à la vue de tous. Ceux qui ne se rendent  jamais en promenade peuvent théoriquement utiliser les douches intérieures. Toutefois, l’accès leur  en est régulièrement refusé par les surveillants au motif qu’il y a des douches en promenade, et l’état  de saleté et de dégradation des douches intérieures est tel que les personnes détenues préfèrent se laver avec une bassine d'eau froide en cellule.

Les règles strictes d’hygiène qu’imposent la température et l’hygrométrie exceptionnellement élevées de la Guyane ne sont pas mises en oeuvre et l'intimité 


Cinq meurtres entre 2011 et 2016 

"un climat de violence" tel que les détenus craignent  pour leur vie. Cinq meurtres ont été commis entre 2011 et 2016 et 122 faits de violences entre janvier et septembre 2018, affirme Dominique Hazan. 

Des incidents violents sont régulièrement à déplorer  entre les personnes détenues, pour la plupart armées de couteaux artisanaux, tant pour se faire 
respecter que pour se protéger ; 122 faits de violence graves ont ainsi été communiqués à la mission  Outre-Mer de la direction de l’administration pénitentiaire entre janvier et septembre 2018.

Le personnel, débordé, reconnaît ne pas répertorier toutes les bagarres dont il a connaissance. Au cours  de la visite, de nombreuses personnes rencontrées par le CGLPL ont dit craindre pour leur vie. 
 

Injection de sédatifs sans concentement 

Sur le plan des soins, Dominique Hazan dénonce également l'administration de force de sédatifs. Il a été pratiqué vingt-six sédations sous 
contrainte en cellule, de janvier à octobre 2018. Seize patients ont été laissés seuls en cellules après avoir subi une injection de sédatifs pouvant entrainer des complications graves voire mortelles.

L’équipe d’infirmiers de l’unité de psychiatrie se dissocie de cette pratique dont elle  laisse l’entière responsabilité au médecin psychiatre en refusant de l’assister dans cet acte réalisé à la  demande de l’administration pénitentiaire. Des injections sous contrainte, ne peuvent être effectuées que si une situation clinique l’impose  ou si l’intégrité physique de la personne risque d’être menacée ; une hospitalisation doit  immédiatement s’ensuivre. La pratique actuelle doit donc cesser. 

Ces dysfonctionnements s'inscrivent dans une situation de "manque de personnel" et d'un "management qui laisse à désirer", soulignent Dominique Hazan. 

Voici dans le détail les recommandations du Contrôleur général des lieux de privation de liberté :   Dans un courrier de réponse à Dominique Hazan, la garde des Sceaux indique que  treize surveillants doivent arriver en mai pour combler les vacances de postes. 

Voici l'intégralité de la lettre de Nicole Belloubet adressée à la contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL): 
© CGLPL
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