Crise de l'eau à Mayotte : "Cela fait 20 ans que le gouvernement promet des investissements", dénonce Estelle Youssouffa

Dame versant de l'eau à Bandrélé
Le département subit une période de sécheresse jamais connue depuis plusieurs décennies. À partir de lundi, les communes les plus densément peuplées de l'île subiront sept coupures "nocturnes" par semaine. La députée mahoraise dénonce le manque d'investissement de l'État.

"Cela fait 20 ans que le gouvernement promet des investissements et ne tient pas ses promesses", a dénoncé Estelle Youssouffa, députée Libertés, indépendants, Outre-mer et Territoires (LIOT) de Mayotte sur Franceinfo alors que la préfecture annonce une intensification des coupures d'eau. À partir de lundi, les communes les plus densément peuplées de l'île subiront sept coupures "nocturnes" par semaine.

"Non seulement les investissements pour produire de l'eau potable n'ont pas été à la hauteur de l'évolution de la population, mais en plus, on connaît une sécheresse hors du commun", a expliqué l'élue. Estelle Youssouffa dit avoir alerté le gouvernement à plusieurs reprises : "On attend une troisième retenue collinaire. Ça fait 20 ans qu'on en parle", dit-elle.

Également invité sur Franceinfo samedi 15 juillet, l'eurodéputé réunionnais Younous Omarjee a dénoncé le manque d'investissement de l'État à Mayotte et a réclamé la gratuité de l'eau pour tous les Mahorais.

Franceinfo : Il n'y a plus d'eau potable pour tout le monde à Mayotte ?

Estelle Youssouffa : On en est là parce qu'on est à 30 ans du manque d'investissement en infrastructures. On n'a pas assez de retenues collinaires pour stocker l'eau de pluie. En fait, on a des coupures d'eau depuis 1997 à Mayotte. Le gouvernement laisse entendre que c'est une situation exceptionnelle, comme si le fait qu'on ait au moins deux jours de coupure d'eau toute l'année à Mayotte semble normal. Le fait qu'on ait plus que quinze jours par semaine où il y a de l'eau dans le robinet, c'est la crise. Je voudrais quand même qu'on revienne aux fondamentaux : avoir de l'eau dans le robinet, c'est la base.

Comment expliquer cette situation ?

La crise est aiguë. Non seulement les investissements pour produire de l'eau potable n'ont pas été à la hauteur de l'évolution de la population, mais en plus, on connaît une sécheresse hors du commun. On a des coupures d'eau quotidienne de 16 h à 8 h du matin. À Mayotte, les gens quittent leur domicile à partir de 5 h ou 6 h du matin et ne rentrent pas avant 17 h. La préfecture a organisé les coupures d'eau de manière à ce que les foyers mahorais n'arrivent pas à faire leurs stocks. C'est quand même gravissime.

Il faut savoir que dans les supermarchés, à Mayotte, on rationne le nombre de packs d'eau par client. Un pack d'eau de Cristaline, marque d'entrée de gamme, coûte environ 1,15 euro en métropole. Un pack de six bouteilles d'un litre et demi de Cristaline à Mayotte, ce n'est pas moins de 5 euros. Ça vous donne une idée de ce que coûte cette crise de l'eau pour les foyers mahorais. 

J'alerte le gouvernement depuis mon élection. On ne comprend pas que rien ne soit pris comme mesure qui permette à nos foyers de faire face à cette crise. On l'a connue depuis plusieurs années et elle est encore plus grave que d'habitude. 

Estelle Youssouffa, députée de Mayotte, sur Franceinfo


 
Est-ce qu'il y a une forme de guerre de l'eau à Mayotte ?

On est tous, avec notre seau d'eau, à prendre notre douche de manière très très précautionneuse. Il n'y a pas de gaspillage de l'eau à Mayotte. Par contre, il y a une concurrence pour l'accès à l'eau. Les autorités sanitaires veulent absolument mettre en place des rampes de distribution d'eau gratuite dans les bidonvilles qui accueillent des clandestins, alors que pour les foyers qui payent leurs factures, ce sera robinet fermé. On alerte les élus. On n'a pas arrêté de dire aux autorités : attention, parce que ça va provoquer des tensions sociales, ça va provoquer des affrontements. On ne peut pas avoir des rampes d'eau gratuites qui coulent 24 h sur 24 à côté de foyers qui payent leurs factures, une eau très chère, et dont les robinets tournent à vide.

Est-ce qu'il y a clairement une mauvaise gestion du réseau à Mayotte ?

Le syndicat des eaux est effectivement sous une enquête du parquet national financier. Je demande la mise sous tutelle des eaux de Mayotte. Il y a un problème de corruption et de gestion. Mais il ne faut quand même pas éluder le fond du sujet. La capacité de retenue en eau de pluie à Mayotte est inférieure aux besoins de l'île. Cela fait 20 ans que le gouvernement promet des investissements et ne tient pas ses promesses. On attend une troisième retenue collinaire. Ça fait 20 ans qu'on en parle.