Dans le Pacifique, les frontières maritimes menacées par la montée du niveau de la mer et l'érosion terrestre

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L'eau de mer arrive aux portes des maisons a Kavatoetoe, dans les Tuvalu. Dans cette partie peu élevée de Funafuti, la plage a perdu du terrain. ©THEO ROUBY / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Avec l’élévation du niveau de l’océan et l'érosion de leurs îles, les États du Pacifique craignent que leurs frontières maritimes soient revues à la baisse. Ils souhaitent préserver leurs espaces marins ou ZEE, Zones économiques exclusives, telles qu’elles sont enregistrées par les Nations Unies. 

Du forum des îles du Pacifique à la Cop 26, les leaders des pays concernés par la montée des eaux ont porté leur combat. Pour éviter de perdre leurs zones économiques exclusives (ZEE) et qu’elles ne deviennent des zones de haute mer ouvertes à tous les États, ils ont rédigé une déclaration sur la préservation des zones maritimes face à l’élévation du niveau de la mer liée au changement climatique. Tous refusent, y compris les territoires français d'Océanie, que leurs espaces maritimes soient modifiés en raison du dérèglement climatique.

Les frontières maritimes des États se calculent en fonction de leurs surfaces émergées, comme le précise la Convention des Nations Unies sur les droits de la mer signée à Montego Bay en 1982. Les zones économiques exclusives (ZEE) sont une bande maritime limitée à 200 milles nautiques soit 370 km et calculées à partir du littoral. Or, l'élévation du niveau de la mer due au réchauffement laisse planer des inquiétudes quant l'avenir de ces zones maritimes. Le réchauffement climatique grignote la terre et certaines îles du Pacifique, comme dans l'archipel des Fidji ou des Solomon sont mêmes vouées à disparaître d'ici quelques années à peine. 

Besoin d'un soutien mondial

Mais pour Anne-Claire Goarant, responsable du programme durabilité environnementale et changement climatique à la CPS, la communauté du pacifique basée à Nouméa, "en aucun cas, les zones maritimes affectées à un pays pourraient être remises en cause ou réduites en raison de l'élévation du niveau de l'océan, liée au changement climatique." Pour elle, "il est très important que cette déclaration soit prise en compte dans les lois et politiques nationales et notamment dans les négociations concernant la haute mer."

Les leaders du Pacifique cherchent vraiment à obtenir un soutien mondial à cette déclaration en particulier de la part des États des Nations Unies pour que leurs frontières maritimes soient figées de façon définitive et qu'en aucun cas les évolutions du niveau de la mer ne les remettent en question. 

Anne-Claire Goarant, responsable du programme durabilité environnementale et changement climatique à la CPS


 

Anne Claire Goarant
Anne-Claire Goarant, responsable du programme durabilité environnementale et changement climatique à la CPS, la Communauté du Pacifique basée à Nouméa en Nouvelle Calédonie ©CPS

 

Solidarité

Les territoires du Pacifique représentent en tout une trentaine d'états qui à eux seuls abritent environ 30 000 îles. Souvent appelés "les petits États du Pacifique" car petits de par leurs surfaces émergées, ils sont en réalité étendus sur d'immenses zones maritimes dans l'Océanie qui recouvre un immense océan et ses îles. Ainsi, la Polynésie se compose par exemple de 118 îles réparties sur une surface aussi grande que l'Europe, avec une zone maritime représentant la moitié du domaine français. 

Dans le Pacifique, l'océan est une immensité qui sert de lien entre les îles. C’est pourquoi ces États du Pacifique sont si solidaires et unis face aux grands enjeux que sont le dérèglement climatique et la défense de leurs frontières maritimes. D’autant qu’ils doivent aussi faire face à de puissants états pêcheurs comme la Chine ou l’Indonésie, dont les bateaux sont maintenus pour l’instant à l’extérieur des frontières des pays du Pacifique.

Les grandes puissances ont tout intérêt à ce qu'il y ait toujours plus de zones internationales car elles sont quasiment exemptes de règles sur le prélèvement de la biodiversité ou même l'extraction minière. Or, dans le Pacifique, il y a beaucoup d'enjeux économiques et politiques avec entre autre de grands états pêcheurs comme la Chine, l'Indonésie ou le Japon.

Victor David chercheur à l'Institut de Recherche et du Développement spéciste du droit de l'environnement


Les espaces océaniques comme ceux du Pacifique apparaissent donc comme la dernière frontière de la planète à conquérir et exploiter, administrer et gouverner. D'où l'importance pour les États du Pacifique de conserver leurs frontières maritimes.