Emploi, formations: après la crise, le désarroi des jeunes Guadeloupéens demeure

La crise sociale qui a secoué la Guadeloupe en novembre a mis en lumière le manque de perspectives d'une jeunesse qui "fait parler d'elle, mais que personne n'écoute", déplorait alors dans une lettre ouverte une cinquantaine de jeunes qui ne se reconnaissaient pas dans la jeunesse des barricades.

Une situation qui se traduit en chiffres. Confrontés au chômage frappant "35% des 15-29 ans" et "52,7% des moins de 25 ans" en 2020 selon l'Insee, les jeunes adultes choisissent souvent de partir. Toutes les formations ne sont pas en Guadeloupe, mais "il y a aussi un problème sérieux de l'accompagnement étudiant", explique James Larrouy, vice-président étudiant de l'Université des Antilles en Guadeloupe, qui dénonce des loyers élevés, l'absence de tarifs étudiants sur le territoire ou de transports publics.
"Nous entendons dire qu'il faut que les cadres de demain soient guadeloupéens mais personne ne pose la question du devenir des étudiants", s'insurge-t-il.

La jeunesse diplômée déserte l'île, poussée vers d'autres territoires par le manque d'opportunités locales, souligne Yann Ceranton, porte-parole de l'association Alé Vini, qui milite pour le retour des jeunes actifs "au peyi". "En 2010, il y avait 14.000 jeunes hommes de 37 ans sur l'île", précise-t-il citant des chiffres de l'Insee. "Désormais ils ne sont plus que 7.000".
"Partir de l'île, c'est normal, mais qu'il n'y ait pas de possibilité de retour, d'aide au retour, ni même d'emploi, c'est problématique", dit-il encore, alors que la loi sur l'égalité réelle de 2017 prévoyait de nombreux dispositifs pour l'aide au retour, bien après la fin de la formation des jeunes gens.

Formation professionnelle en panne


Par ailleurs, les mauvais chiffres s'accumulent dès le plus jeune âge : 5,5 % des élèves de Guadeloupe sont des décrocheurs scolaires, 30% ont des difficultés à la lecture selon un rapport de l'Assemblée nationale de juin. Pour rattraper ces décrocheurs, des structures ont été créées, comme l'école régionale de la 2e chance (ER2C), intégrée récemment à l'organisme de formation professionnelle de la Région, Guadeloupe Formation. Une grève y dure depuis le 6 décembre, menée par la branche collectivité de l'UGTG qui fustige des dysfonctionnements chroniques.

"Nous n'avons plus Internet depuis 5 mois, et les voitures de fonction ont été récupérées par l'agence de location : ces fournisseurs ne sont pas payés", indique Lohana Edom, secrétaire de l'UTC-UGTG de Guadeloupe Formation qui dénonce encore des "bureaux insalubres" ou des "changements de directeurs réguliers".


Plan d'urgence


La conséquence, selon des sources internes à l'ER2C : une réduction "dramatique" du nombre de stagiaires : d'un gros millier les années précédentes, l'année 2021 ne compterait plus que 268 inscrits à l'ER2C. "Désormais, "il ne reste que le RSMA", le service militaire adapté, un dispositif visant à l'insertion. Celui-ci reçoit "800 jeunes" par an, éloignés de l'emploi, dont 80% réussissent leur insertion, d'après l'organisation militaire.

Depuis plusieurs jours, l'île bruisse de concertations, de réunions donnant la parole aux jeunesses guadeloupéennes. La préfecture a lancé une "consultation des acteurs locaux de la jeunesse". Les élus ont également formulé "un plan d'urgence pour la formation des jeunes", qui aurait dû être négocié lors de la rencontre avortée avec le collectif d'organisations mobilisé contre l'obligation vaccinale.

Le rectorat affirme "maintenir les postes dans le 1er degré" malgré une baisse de la population scolaire de 1.589 élèves". Dans le 2e degré, il maintient des "taux d'encadrement" améliorés malgré "889 élèves en moins", "31 postes sont supprimés"
mais "compensés par l'attribution de 38 ETP (équivalent temps plein) de stagiaires en plus".

Du côté des représentants de la jeunesse, tous mentionnent un élan "qui donne de l'espoir" malgré une réalité persistante : en Guadeloupe les dispositifs existants sont déjà nombreux, mais noyés dans les difficultés politiques et financières du territoire.