Encore trop de sucre dans les aliments Outre-mer ? Une enquête de la DGCCRF est ouverte

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morceaux de sucre
©BCI

Une enquête menée par la DGCCRF est en cours à propos de la surconsommation de sucre dans les Outre-mer. Elle examine les denrées alimentaires et notamment les sodas vendus en Outre-mer et aussi dans l’hexagone pour comparer les taux de sucres.

C'est le député de la Guadeloupe, également président de la délégation aux Outre-mer, qui l'annonce. Dans un courrier, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire l'a informé que la DGCCRF ( Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) a ouvert une enquête qui vise à apprécier le respect de la loi du 3 juin 2013, visant à garantir la qualité de l’offre alimentaire Outre-mer et interdisant la vente de denrées alimentaires plus sucrées en Outre-mer comparativement à l’Hexagone.

"L’enquête qui a débuté en 2020 se poursuite encore et 26 établissements ont été visités pour vérifier la mise en oeuvre de ce texte", a indiqué Bruno Le Maire à Olivier Serva.

Non-respect de la loi ?

Dans un rapport parlementaire sur le sport et la santé dans les Outre-mer en décembre 2019, deux députés, Maud Petit et Jean-Philippe Nilor, évoquait cette question :

Il semblerait que certaines marques ne jouent pas le jeu et continuent à proposer des produits aux teneurs en sucre différenciées.

 

Un rapport publié récemment par l’Institut de recherche pour le développement (IRD) a mis en évidence une teneur en sucre moyenne de 7 g/100ml dans l’hexagone contre 8,9 g/100ml en Martinique et en Guadeloupe. Ce même rapport met en évidence une consommation moyenne de 69 g/jour de boissons sucrées à la Guadeloupe ou de 54,8 g/jour à Mayotte contre seulement 39 g/jour en France hexagonale.

 

En outre, la loi Lurel ne s’intéresse qu’aux produits que l’on trouve à la fois dans l’hexagone et Outre-mer. Les yaourts ou jus de fruits fabriqués localement peuvent incorporer autant de sucre que les industriels le souhaitent, car la loi est muette sur ce point.

 

Enfin, la Loi Lurel ne s’applique pas en Polynésie car la consommation est de compétence locale.

Rapport parlementaire

 

La "Loi Lurel"

La "loi Lurel" sur le sucre, a été publiée au Journal officiel le 4 juin 2013. Elle dispose notamment que les aliments vendus dans les Outre-mer, ne doivent pas contenir une teneur en sucres ajoutés supérieure au maximum observé en France hexagonale. Avec cette loi, le Parlement a mis fin à des pratiques alimentaires discriminantes pour les départements d'Outre-mer, permettant auparavant des aliments plus sucrés et des dates de péremption allongées. A l'époque, un rapport sénatorial expliquait par exemple qu'en Martinique des yaourts aux fruits produits localement "contiennent de 27 % à 50%  de plus de sucres ajoutés".

Sucre et obésité

La sur-consommation de sucre est l'un des facteurs en cause dans les nombreux cas d'obésité dans les Outre-mer. Selon une étude de 2016 en Martinique et Guadeloupe, 27,8% des plus de 16 ans sont en situation d'obésité, contre 14,5% au niveau national. A Mayotte, selon Santé publique France, le surpoids concerne 72% des femmes mahoraises et 34% des hommes. En Polynésie, 70% de la population adulte est en surpoids, dont 40% obèses (2010).  Conséquence: dans l'hexagone, l'espérance de vie s'élève à 79 ans pour les hommes et 85 ans pour les femmes, mais elle baisse à 77 et 85 ans en Guadeloupe, à 76 et 82 ans en Guyane et à 74 et 80 ans dans les collectivités du Pacifique.