Expo Photo : Gregory Halpern ou une Guadeloupe sans clichés

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Extraits de l'exposition "Soleil cou coupé" de Gregory Halpern ©Gregory Halpern / Magnum Photos
La Fondation Henri Cartier-Bresson à Paris présente jusqu’au 18 octobre le travail du photographe américain. Ce dernier a choisi de s’immerger dans l’archipel guadeloupéen et a cherché à en saisir les contrastes et les différentes facettes. Objectif réussi...
Ce n’est pas lui faire injure que de qualifier Gregory Halpern de photographe des contraires. Lauréat d’un concours orchestré par la fondation Hermès et la Fondation Henri Cartier-Bresson afin de réaliser un travail en immersion dans une région de France, il aurait pu choisir Paris ou la Côte d’Azur comme d’autres Américains l’auraient peut-être fait... Mais Gregory Halpern est d’un tout autre bois : les clichés et les routes toutes tracées ne sont clairement pas pour lui. C’est un peu contre toute attente qu’il annonce les Antilles comme sujet de projet.
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Photographies de l'exposition de Gregory Halpern ©Gregory Halpern / Magnum Photos
Le choix de la Guadeloupe lui apparaît pertinent, notamment au souvenir d’un voyage effectué il y a des années dans l’archipel avec ses parents. Souvenir d’enfance mais aussi et peut-être surtout, lectures d’aujourd’hui car notre photographe américain avoue une passion pour la poésie d’Aimé Césaire qu’il a découvert dans la langue de Shakespeare. C’est d’ailleurs le titre d’un recueil du poète antillais qu’il a choisi d’emprunter pour baptiser sa propre exposition. Pour voir un aperçu de l'exposition Soleil cou coupé, c’est ici :


Photographe des contraires

Premier "contraire", c’est donc d’aller là où on ne l’attendait pas. Mais son goût pour le pas de côté ne s’arrête pas là : en regardant les photos de Gregory Halpern, c’est presque tout qui s’oppose : s’il s’accroche au réel, il se dégage de certaines photographies un surréalisme, une poésie que Césaire ne désapprouverait pas. Regard décalé mais aussi regard plein d'acuité : le photographe saisit tout y compris les traces profondes, les blessures qu'ont laissées l'esclavage et la colonisation ; pour preuve, ces images répétées de bustes dégradés ou de statues attaquées au burin comme un signe, comme une marque très profonde des douleurs de l'Histoire et des tensions contradictoires qu'elle a engendrées. Avec Soleil cou coupé, on est constamment sur ce fil du rasoir : entre l’actualité et l’Histoire, entre beauté formelle et âpreté, entre lumière et obscurité, entre quotidien et éternité…
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Photographies extraites de l'exposition "Soleil cou coupé" de Gregory Halpern ©Gregory Halpern / Magnum Photos
Et ce travail, déjà saisissant par cet aspect, l’est aussi par la façon dont Gregory Halpern a évolué sur le territoire guadeloupéen pendant les trois séjours qu’il y a effectués. Toujours respectueux des modèles qu’il souhaite figer et fixer dans l’œil de son objectif, il n’y a pas d’images volées mais consenties après un dialogue qui lui paraît toujours nécessaire pour obtenir le portrait qu’il a en tête. Il en va de même pour les lieux immortalisés : il déambule, arpente et marche beaucoup pour réaliser les photos des quelques paysages visibles dans l’expo. Un travail remarquable plein d’humanité, de beauté, de noirceur parfois, empreint d’un certain surréalisme et sans être dénué d’humour... ni de contrastes.

À découvrir l'exposition "Soleil cou coupé" du photographe Gregory Halpern, à la Fondation Henri Cartier-Bresson, à Paris, jusqu’au 18 octobre 2020.
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