Fidel Castro retrouve le berceau de sa révolution, Santiago, pour un dernier adieu

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L'urne funéraire de Fidel Castro
L'urne funéraire de Fidel Castro ©STR / AFP
Les cendres de Fidel Castro bouclent samedi leur traversée de Cuba dans la ville-berceau de sa révolution, Santiago, pour une cérémonie d'hommage avant ses funérailles prévues dimanche. Après trois jours de voyage, les cendres du leader Maximo doivent parcourir 130 km jusqu'à Santiago de Cuba.
Après trois jours de voyage, les cendres contenues dans un coffre de cèdre enveloppé d'un drapeau cubain ont passé la nuit à Bayamo et doivent parcourir dans la matinée les 130 km restant jusqu'à Santiago de Cuba, la deuxième ville du pays.

Mairie de Santiago de Cuba
Mairie de Santiago de Cuba ©Tina Li

Sise au pied des montagnes de la Sierra Maestra, cette ville portuaire a vu naître la légende de Fidel Castro. Une procession à travers ses rues sera suivie, dans la soirée, d'une grande cérémonie d'hommages. Raul Castro, qui a succédé à son frère en 2006, doit y prononcer un discours devant des centaines de milliers de personnes.

Maradona et Royal

Plusieurs dignitaires étrangers et personnalités doivent assister à ces hommages, mais peu d'entre eux avaient confirmé leur présence vendredi, à quelques exceptions près comme la ministre française de l'Ecologie Ségolène Royal et la légende du football argentin Diego Maradona, un proche de Fidel Castro.



Mausolée de José Marti
Dimanche, les restes de l'ex-président décédé il y a une semaine à 90 ans seront enterrés au cimetière de Santa Ifigenia de Santiago, à côté du mausolée de José Marti, le héros de l'indépendance de Cuba. Depuis plusieurs jours la nécropole est fermée aux visiteurs et jusqu'à vendredi soir de nombreux ouvriers s'y affairaient, a-t-on constaté.

 

Mausolée de José Marti au cimetière Santa Ifigenia à Santiago de Cuba
Mausolée de José Marti au cimetière Santa Ifigenia à Santiago de Cuba ©DR


"C'était son idée"

Ces funérailles présentées comme "privées" par les autorités se tiendront à l'abri des caméras des médias étrangers. Elles scelleront la fin du deuil national de neuf jours décrété après son décès dont l'annonce, inattendue, a eu l'effet d'un choc pour de nombreux Cubains.
 
"Nous saurons nous occuper de lui et monter la garde comme il se doit", assure fièrement la "Santiaguera" Margarita Aguilera, 54 ans, dirigeante d'une antenne municipale de distribution de tabac. Pour elle, Fidel "a été le père de tous les Cubains et de tous les nécessiteux du monde".

Caserne de la Moncada

Enediel Rodriguez, 50 ans, prépare une salle de télévision où les curieux vont venir suivre la progression du cortège avant de sortir au passage de la jeep militaire qui tire une remorque vert olive contenant l'urne. "Il repose à Santiago de Cuba parce que Marti est notre apôtre national et parce que c'était son idée, de reposer à ses côtés", explique-t-il
en enfilant son brassard estampillé "26 juillet", en référence au mouvement lancé par Fidel après l'attaque ratée de la caserne de la Moncada à Santiago en 1953.

Caserne de la Moncada
Caserne de la Moncada en 2003 ©Wikipedia

A l'époque, l'échec retentissant de cette mission suicide menée par les frères Castro et 121 autres assaillants inexpérimentés fut l'acte fondateur de la révolution cubaine. Les cendres de Fidel doivent faire étape devant la forteresse samedi. Trois ans plus tard, le 30 novembre 1956, le héros local Frank Pais y dirigeait un soulèvement armé destiné à appuyer le débarquement dans la région du yacht Granma, à bord duquel se trouvaient les frères Castro et l'Argentin Ernesto "Che" Guevara, qui avaient appareillé du Mexique.


Les dissidents restent discrets 

L'insurrection de Frank Pais a échoué, ce dernier a été tué par la police et les passagers du Granma ont fui dans les montagnes voisines de la Sierra maestra d'où ils lanceront une guérilla de 25 mois.

Trois ans plus tard, c'est à Santiago que Fidel Castro annoncera en public, le 1er janvier 1959, la victoire de sa révolution. Hasard du calendrier, on célébrait ce vendredi 2 décembre à Cuba le 60e anniversaire du débarquement du Granma sur la plage de Las Coloradas, à 220 km à l'ouest de Santiago.

Neuf jours de deuil

Cette semaine de cérémonies posthumes avait débuté par deux jours d'hommages à La Havane, avant que la remorque portant les cendres protégées sous une boîte de verre prenne, en sens inverse, le trajet triomphal effectué par Fidel Castro début 1959. 

Le convoi transportant les cendres de Fidel castro de passage à Holguin
Le convoi transportant les cendres de Fidel Castro de passage à Holguin ©YAMIL LAGE / AFP

A La Havane, Matanzas, Cardenas, Cienfuegos, Santa Clara, Camagüey, Las Tunas, Holguin puis Bayamo, des centaines de milliers d'inconditionnels de Fidel se sont massés au bord des routes pour saluer une dernière fois le père de la révolution cubaine.

Héritage socialiste

Partout dans le pays, une majorité de Cubains ont aussi été incités à parapher des registres cette semaine pour "jurer" de poursuivre l'héritage socialiste de celui qui a façonné le destin du pays et défié la superpuissance américaine pendant un demi-siècle. 

Cubains attendant le passage du convoi transportant les cendres de Fidel Castro à Camagüey, province rurale de Cuba
Cubains attendant le passage du convoi transportant les cendres de Fidel Castro à Camagüey, province rurale de Cuba ©RODRIGO ARANGUA / AFP

De leur côté, la plupart des dissidents ont indiqué qu'ils se feraient discrets pendant ces hommages, notamment par crainte de représailles. Mais ils prévoient de reprendre ensuite leur lutte contre le régime castriste, régulièrement critiqué en occident pour son piètre bilan en matière de droits civiques et de droits de l'Homme.