Gaël Octavia : "Le mythe de la femme Potomitan est un piège" [#MaParole]

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Gaël Octavia #MaParole
©Cécile Baquey

Romancière originaire de la Martinique, Gaël Octavia a signé deux romans parus chez Gallimard : La bonne histoire de Madeleine Démétrius (2020) et La fin de Mame Baby (2017). Dans #MaParole, elle évoque son enfance en Martinique, son départ pour Paris et son amour du récit.

Gaël Octavia aime raconter des histoires. Et de sa vie, elle tire une force et une créativité foisonnante. Auteure de pièces de théâtre, de nouvelles, de romans. Peintre et scénariste de courts-métrages, Gaël Octavia aime varier les formes.

#1 "Une enfant timide et solitaire"

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C’est en Martinique que la romancière a ouvert les yeux. Elle a grandi dans une cité HLM à Schœlcher. Intimidée par ces "bandes de garçons qui sifflaient les filles", elle aimait en revanche aller chez ses voisines, une mère et ses deux filles "très pieuses" où tout était "propre et rangé". De son adolescence en Martinique, elle a gardé un regard singulier sur le monde qui l’entoure. Elle fait partie de ces jeunes écrivains qui apportent un nouvel éclairage sur la Martinique.

À la maison, son père est très présent. Sa mère est l’héritière d’une histoire douloureuse dont elle fait un récit "romancé" à sa fille. La grand-mère de Gaël Octavia était amoureuse d’un homme marié avec qui elle a conçu six enfants. À la mort de son amant, elle s’est retrouvée seule à élever ses enfants, sans un sou et mal vue par la société. Cette histoire familiale a passionné Gaël Octavia. Elle l’évoque avec force dans #MaParole. Enfant, la romancière se décrit comme "angoissée, sérieuse, timide et pas très à l’aise dans certains aspects de la société martiniquaise".

 

#2 Ingénieure, journaliste, dramaturge

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Très bonne élève à l’école, Gaël Octavia a été poussée par ses parents et ses professeurs vers les mathématiques. Après un bac passé haut la main, elle s’envole pour poursuivre ses études dans l’Hexagone. Maths sup, maths spé au lycée Fénelon à Paris puis une prestigieuse école d’ingénieurs. "Quand je suis arrivée, je me suis rendue compte que dans le regard des gens, je n’étais pas française", s’étonne toujours Gaël Octavia pour qui "cela n’a pas posé de problèmes".

Ingénieure en télécommunication, elle s’embarque dans le domaine alors en plein boom de la téléphonie mobile. Mais au bout d’un moment, la jeune femme ne croit plus trop en ce qu’elle fait et décide de s’accorder une pause de neuf mois. Le temps pour elle d’écrire, de voyager, de se balader. Bref de prendre le temps de réfléchir. En même temps, elle écrit un roman puis des pièces de théâtre. Elle est même repérée par Greg Germain qui présente dans sa programmation en 2011 à la Chapelle du verbe incarné au festival d’Avignon Congre et homard. Cette pièce de théâtre, une sorte de "fable" qui s’appuie sur un ressort animalier et qui parle de "la place de l’homme aux Antilles aujourd’hui".

Gaël Octavia devient aussi journaliste scientifique pour le magazine Tangente puis elle entre à la Fondation sciences mathématiques en tant que responsable de la communication.

 

#3 Mame Baby et Madeleine Démétrius

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En 2017, Gallimard publie La fin de Mame Baby. L’action se situe en banlieue. Par la voix d’Aline, une infirmière à domicile qui revient après des années dans son quartier se dessine le portait de femmes pas mal cabossées par la vie dont Mame Baby, l’idole de la cité, celle qui a fait de grandes études. La fin de Mame Baby a remporté le prix Wepler. En 2020, sort La bonne histoire de Madeleine Demetrius. L'héroïne est une Martiniquaise, romancière qui vit à Paris. Son amie d’enfance avec qui elle a perdu contact lui confie une histoire assez glauque qu’elle lui demande de raconter. Et s’en suit une introspection assez fascinante de la narratrice sur son enfance, ses amitiés, ses liens avec ses propres filles.

Dans ses deux romans, Gaël Octavia s’attache à des personnages féminins. Elle démonte "le mythe du Potomitan" hérité de la Martinique. La romancière qui chérit l’œuvre de Maryse Condé estime que ce mythe "culpabilise les femmes et dédouane les hommes".

Prise de son : Bruno Dessommes

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Gaël Octavia en 5 dates ♦♦♦♦♦

►29 décembre 1977

Naissance à Fort-de-France

►Août 1995

Départ de la Martinique pour Paris.

►2012

Parution de Congre et homard (Lansman éditeur)

►13 novembre 2017

Prix Wepler pour La fin de Mame Baby (Gallimard).

►1er octobre 2020

Sortie de La bonne histoire de Madeleine Démétrius (Gallimard).