Guyane : l'État dépose un recours pour construire la centrale thermique du Larivot

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non à la centrale du Larivot
La zone qui doit accueillir la future centrale commence déjà à être défricher. ©M.N
Jeudi, le tribunal administratif de Cayenne a annulé l’autorisation environnementale délivrée par l’État pour la construction de la centrale thermique du Larivot en Guyane. En réponse à cette décision, le gouvernement va déposer un recours.

Nouveau rebondissement dans le dossier de la centrale du Larivot en Guyane. Dans un communiqué publié ce vendredi, le gouvernement annonce qu'un recours va être déposé après la décision prise hier, jeudi 28 avril, par le tribunal administratif de Cayenne.

Le tribunal a tranché. Il a jugé que le gouvernement n'avait pas "démontrer l'absence de solutions alternatives satisfaisantes permettant de réduire les atteintes portées aux espèces protégées". En ne proposant aucune solution alternative, la construction de cette nouvelle centrale engendrerait "la construction d'un oléoduc de 14 km pour alimenter en biodiesel importé la centrale électrique".

Pour Garance Lecocq, membre de l'association Guyane Nature Environnement, cette centrale devrait se construire dans un "parc avenir", dans la zone industrielle de Dégrad-des-Cannes, à l'Est de la Guyane.

Un projet "essentiel" aux yeux du gouvernement 

La décision gouvernementale remonte à octobre 2020 : le préfet de Guyane délivre alors une autorisation environnementale pour la construction d’une centrale électrique, proche de la commune de Matoury, dans le lieu-dit du Larivot. Le but est de remplacer l'ancienne centrale en activité de Dégrad-des-Cannes.

Positionnement choisi par le gouvernement pour construire la centrale du Larivot. ©Google Maps


Très vite, les associations
 Guyane Nature Environnement et France Nature Environnement s'insurgent contre la décision et saisissent le juge des référés du tribunal administratif de Guyane. En cause, le caractère protégé de la zone du Larivot, et le risque "important de submersion marine" selon Garance Lecocq.

La justice décide de suspendre l'autorisation du préfet, estimant "un sérieux doute sur la légalité [...] au regard des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre par la loi" et par rapport au "code de l'urbanisme" qui limite les constructions urbaines dans des espaces proches du rivage, ce qui est le cas de Matoury.

Le bras de fer s'enlise entre l'État et le tribunal administratif de Guyane, un premier recours a été déposé par l'État en août dernier contre la suspension. Finalement, le Conseil d'État a annulé la suspension, le 10 février dernier, sur requête de l’État et EDF, rappelle aujourd'hui le gouvernement.

38 ans d'activité pour la centrale de Dégrad-des-Cannes

Le gouvernement avait estimé que la construction d'une nouvelle centrale était "essentielle à la sécurité de l’approvisionnement en électricité en Guyane". L'actuelle centrale thermique de Dégrad-des-Cannes fonctionne depuis maintenant 38 ans. Sa fermeture est actée pour fin décembre 2023, d'où l'objectif du gouvernement de construire au plus vite la centrale du Larivot.

La centrale électrique du Dégrad des Cannes
La centrale électrique du Dégrad des Cannes à Rémire-Montjoly ©Laurent Marot


Sous le contrôle de Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, l'État atteste que la centrale du Larivot sera conforme aux objectifs environnementaux prévus pour la Guyane, en utilisant des "biocarburants liquides et non pas du fioul" comme prévu.

Mais pour Guyane Nature Environnement, convertir une "méga-centrale thermique aux agrocarburants" n'est pas une solution durable. "Il s'agit de verdir un projet catastrophique" dénonce Garance Lecocq. "La centrale n'était pas conçue à son origine pour du biocarburant" ajoute-t-elle.

Les défenseurs de l'environnement estiment que la décision du tribunal administratif de Guyane doit "inviter à réfléchir à toutes les alternatives renouvelables pour la transition énergétique de la Guyane"


Le recours de l'État sera examiné par la Cour administrative d'appel de Bordeaux.