outre-mer
territoire

Haïti : déscolarisés et angoissés, les enfants subissent la crise politique

caraïbes
haiti éducation
Une mère aide sa fille à étudier à domicile à Port-au-Prince. ©Valerie Baeriswyl / AFP
La majorité des écoles restant fermées à cause de la crise politique qui paralyse le pays depuis deux mois, nombre d'adolescents haïtiens sont désoeuvrés et des parents s'improvisent professeurs tout en gérant les angoisses des plus jeunes face aux violences des rues.
Manquant cruellement de moyens et d'enseignants, les établissements scolaires publics d'Haïti ne sont en capacité d'accueillir qu'un tiers seulement des élèves, les autres deux tiers étant scolarisés dans le privé. Depuis août, les manifestations répétées contre le président Jovenel Moïse, les barricades dressées à travers les rues et l'intensification des activités des gangs armés poussent près de 70% des établissements scolaires à garder portes closes, selon l'Unicef et l'Unesco.

"Le directeur de l'école nous a dit plusieurs fois ‘venez ce lundi pour travailler un peu’", raconte Reevens Bosquet qui, à 20 ans, attend encore de pouvoir faire sa rentrée en classe de seconde. "Quand on arrive, les professeurs ne sont pas là, il n'y a que le directeur avec cinq à dix élèves". Ces deux mois sans école inquiètent Reevens et ses deux frères, réfugiés chez une cousine car leur quartier est en proie à l'insécurité.
           

Rentrée en décembre ou mi-janvier

Début de scolarisation tardive ou interruption de parcours à cause des difficultés financières des parents, le retard scolaire est récurrent en Haïti. Face à une timide reprise des activités ces derniers jours, le gouvernement se veut confiant face à la cinquantaine de jours de classe déjà perdus. Le ministre de l'Education, Pierre Josué Agenor Cadet, a expliqué à l'AFP que "deux calendriers remaniés" avaient été établis, "prévoyant une rentrée le 2 décembre ou sinon la deuxième semaine de janvier, avec un rallongement de l'année scolaire jusqu'à fin juillet au lieu de juin".
           
Le bilan dressé par l'ONU début novembre faisant état d'au moins 42 morts et 86 blessés, l'escalade des tensions depuis mi-septembre a convaincu certains parents des classes moyennes et aisées à envoyer leurs enfants étudier à l'étranger. "Ma fille a passé ses vacances d'été aux Etats-Unis, elle a des amis qui ont repris l'école depuis août. Elle sait qu'il existe d'autres possibilités et elle ne comprend pas que nous ne les envisagions pas encore", déclare  Samy Janvier, un habitant de la commune de Delmas, guère optimiste sur l'avenir à court terme de son pays.
 
Publicité