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Les incertitudes de l’embargo indonésien sur le nickel pourraient peser sur la Nouvelle-Calédonie

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Combinat
Nuages et ciel gris sur un combinat métallurgique de l'industrie du nickel ©Alain Jeannin
L’Indonésie réfléchit à la révision de sa réglementation minière pour relancer ses exportations de minerai de nickel. Une stratégie qui vise aussi à faire pression sur les Philippines au moment où Manille envisage la fermeture de nouvelles mines. A Londres, les cours du nickel rechutent.
L'Indonésie est en train de finaliser une révision de ses règles d'exploitation minière. Le gouvernement  de Jakarta devrait accorder aux entreprises un délai supplémentaire de cinq ans pour leur permettre de construire des fonderies de nickel. Les exportations de minerai de nickel interdites depuis 2014 pourraient donc reprendre selon  le ministre indonésien de l'exploitation minière Luhut Pandjaitan interrogé par l’agence Reuters : "Nous allons fournir l’occasion aux entreprises de construire des fonderies, tout en relâchant la pression sur les producteurs de minerai".

La stratégie du chacun pour soi

Peu après l'interdiction des exportations de minerai en 2014, l'Indonésie a émis une taxe progressive pour réglementer les exportations de concentrés de nickel afin de pousser les mineurs à construire des fonderies et des raffineries métallurgiques dans le pays. Cette taxe serait revue à la baisse en 2017. «Les discussions qui se déroulent au parlement indonésien vont toutes dans le sens d’une levée au moins partielle de l’embargo sur les exportations de minerai de latérite. Et sur la relance des exportations de fonte (NPI). Ce n’est vraiment pas une bonne nouvelle pour les cours du nickel et pour les producteurs de la région comme la Nouvelle-Calédonie» constate Robin Bahr, le directeur des prévisions pour les métaux et le nickel à la Société Générale de Londres.

 

Les mineurs indonésiens qui ne parviendraient pas à construire des fonderies dans les cinq ans pourraient voir leur permis d'exploitation minière révoqué. Une menace pas vraiment crédible selon un expert industriel car "il faut moins de deux ans pour démonter une veille usine en Chine et pour la remonter ailleurs." Dans le même temps, l’Indonésie s’apprête à prolonger pendant cinq ans et à intensifier ses exportations de concentrés de nickel et de fontes (NPI) qui ne sont pas soumises à embargo.

Duel à distance

Les Philippines et l’Indonésie sont deux grands producteurs mondiaux de nickel et elles sont dans la même zone avec un même client, la Chine. Elle s’observent, expriment des opinions contradictoires, maintiennent le doute sur leurs intentions réelles et testent les réactions du marché mondial des métaux. «Les nouvelles sont franchement décevantes» souligne le négociant Triland Metals dans sa note quotidienne, « La fin de l’embargo indonésien pourrait libérer de grandes quantités de nickel, au moment où les stocks mondiaux sont encore très importants ».

Evoquant les changements envisagés dans la stratégie minière de l'Indonésie, un expert du gouvernement cité par le Metal Bulletin confirme un probable assouplissement de l’embargo : "Les entreprises minières ont besoin d’augmenter leur trésorerie et donc leurs exportations pour financer la construction de nouvelles usines." Cependant, Jakarta paraît encore hésiter, car le marché du nickel est encore déprimé et sous le choc de l’effondrement des prix du métal intervenu en 2014.

Le marché du nickel doute

La légère reprise des cours du métal constatée depuis août 2016 est due principalement à la stratégie minière restrictive des Philippines et à l’embargo indonésien. A la bourse des métaux de Londres, mercredi 5 octobre, le nickel baisse sur fond de reprise probable des exportations indonésiennes. Le métal perd 4 % sur la semaine et atteint un seuil symbolique : 10,010 dollars par tonne. 
 
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