La double vie de la Martiniquaise Nathalie Lesdema : manager d’Aix basket et patronne nationale du 3x3

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Nathalie Lesdema.
L'ex-basketteuse martiniquaise Nathalie Lesdema by herself. ©NL
Nathalie Lesdema a pris sa retraite sportive en 2008 mais sans jamais quitter le monde du basket. À 47 ans, la Martiniquaise a une vision globale de son sport. Le 5x5 ? Elle est manager général du club d’Aix-en-Provence. Le 3x3 ? Elle supervise son développement depuis près de 10 ans.
L’un des talents cachés de Nathalie Lesdema ? Elle imite à merveille l’accent du Sud. Oui, vous avez bien lu. L’accent du Sud reproduit à la perfection par Nathalie Lesdema… née jadis à Fort-de-France ! Mais tout s’explique : la joueuse martiniquaise a vécu de longues années dans les Bouches-du-Rhône. Huit saisons en tout dans le club professionnel qui s’appelait alors l’ASPTT Aix.
La Provence, elle s’y sent bien. Loin de l’agitation parisienne. Ses journées pourtant ne ressemblent en rien à de longues siestes sous la tonnelle.
 

Manager Général des Golgoths 13

Les Golgoths 13 ? L’intitulé peut surprendre. Rassurez-vous : Nathalie Lesdema ne dirige pas une association de fans ultimes de Goldorak, dessin animé japonais des années 70. Non, il s’agit bien de basket. Les Golgoths 13 ne sont que le nom de guerre du club d’Aix Provence Basket. Une constellation d’une belle vingtaine d’équipes. Du mini-basket jusqu’à la Nationale 2. Dans les coulisses de ce club amateur, le manager général travaille beaucoup : "Je peux vous dire que les débuts de saison sont mémorables, nous confirme Nathalie Lesdema. C’est du 16 heures par jour. Vous devez faire les licences, la formation des coachs, les recrutements, tous les calendriers, les réunions avec la ville… Pas le temps de s’ennuyer."

Et ce n’est pas tout. Le club de basket n’est qu’une partie des activités de l’association Ensemble pour les jeunes du 13 qui emploie Nathalie. Il y a aussi et surtout l’action au niveau social. Dans les quartiers. Dans les écoles. "C’est passionnant, reconnaît la Martiniquaise. Il peut s’agir d’opérations auprès de gamins qui n’ont pas les moyens de partir en vacances. On vient alors sur place organiser des activités sportives. Mais ça peut également consister en une formation aux gestes de premier secours. C’est riche, varié. Sans qu’ils s’en rendent compte, c’est une façon pour les jeunes de s’éloigner quelques heures de leurs écrans."
 
Le basket 3x3.
La Martiniquaise Nathalie Lesdema est en charge du développement du 3x3 en France comme ici à Nantes l'été dernier à l'occasion de la huitième édition de l'Open de France. ©FFBB
 

La grande prêtresse tricolore du 3x3

Comme si tout cela ne suffisait pas, Nathalie Lesdema a aussi un rôle bénévole au sein de la Fédération Française de Basket-ball. Il faut d'ailleurs dire Nathalie Lesdema, septième vice-présidente de la FFBB ! Un titre de plus. La Martiniquaise est responsable du basket 3x3. Une discipline qui à l’origine, faisait beaucoup rire. : "Les clubs ne voulaient pas en entendre parler. Surtout par ignorance. Ils ne voyaient pas l’intérêt de développer ce qu’ils appelaient alors vulgairement le basket de rue."

Sauf que la championne d’Europe 2001 de 5x5 connaît le potentiel du 3x3. Lorsqu’elle propose ses services à la Fédération, elle n’est déjà plus une novice. "Cette discipline n’existait pas à mon époque. Sauf que dans mes préparations individuelles pour les rendez-vous en équipe de France, j’allais retrouver des garçons sur les playgrounds. Et on faisait du 3x3. Je vous assure que j’arrivais en équipe de France avec la pêche !"

Nathalie Lesdema est convaincue. Convaincante. Quand le 3x3 devient discipline olympique, le bonheur s’avère complet : "Le 3x3 est une activité individuelle dans un sport collectif. Depuis 2012, nous organisons tous les ans un Open de France dans une ville différente. Le succès va grandissant. Trouver des sponsors se révèle plus facile que dans le 5x5. À tel point qu’on vient de lancer une Super League pour les seniors et une Junior League pour les plus jeunes. Que demander de plus ?"
 
Le basket amateur à l'arrêt forcé.
Avec le deuxième confinement, tout le basket amateur a dû se mettre en mode pause. ©FFBB
 

Inquiétante situation actuelle

Dans ce ciel bleu et ce décor somptueux peint et repeint par Cézanne, il y a tout de même une grosse menace cyclonique liée au coronavirus. Depuis bientôt trois semaines, tout le sport amateur français se retrouve à l’arrêt forcé. Même les Golgoths ont dû déposer les armes… "Je suis déjà en chômage partiel et j’avoue que je suis très inquiète. Si tout peut redémarrer en janvier, c’est jouable. Mais sinon ? Supposons qu’une grosse majorité d’adhérents vienne demander le remboursement de leurs licences car ils n’ont pas pu jouer ? Pour tout le sport amateur, ce serait une catastrophe. Qui pourrait s’en relever ?"

Le basket professionnel n’est guère mieux loti. Tony Parker, président de l’ASVEL a annoncé il y a peu que les clubs ne pourraient pas évoluer à huit clos plus d’un mois. Au risque de ne pas survivre.

Être joueuse ou joueur professionnels en ce moment, s’exclame Nathalie, ce doit être l’horreur. Le test PCR tous les lundis. L’incertitude de pouvoir jouer ou pas. Et surtout… le huis clos ! J’ai connu des clubs comme Valenciennes où tu appartenais littéralement au public. C’était fantastique. Une vraie communion. Même quand tu te promenais en ville. Tout cela est réduit à néant.


Dans cette sombre peinture qui se rapproche plutôt d’une œuvre de Francis Bacon, Nathalie Lesdema garde espoir. Si seulement le vaccin pouvait vite arriver… Et puis il y a l’autre passion de la Martiniquaise qui l’aide à maintenir le cap. Là, on parle de… football ! "Oui, j’aime l’Olympique de Marseille, lance joyeusement Nathalie. On m’a emmenée une fois au Stade Vélodrome en 1995. Et là… je n’aurais jamais dû voir ça. Depuis, c’est comme une drogue. Il y a une telle ferveur de toute la ville derrière ce club. C’est juste extraordinaire. Je me moque de savoir que le PSG domine le championnat de France. L’OM, c’est plus qu’une équipe de football. Une dimension supérieure. Presque mystique."
L’OM ? Ce sont peut-être les Martiniquaises nées à Fort-de-France qui en parlent le mieux. Avec ou sans l’accent.
 
L'équipe de France de basket féminin.
La Martiniquaise Nathalie Lesdema (numéro 10) du temps de l'équipe de France, vice-championne d'Europe 1999 et championne d'Europe 2001.