Le basketteur martiniquais Thomas Hieu-Courtois apprend à rester zen devant la folie des hommes

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Le basketteur martiniquais Thomas Hieu-Courtois.
Le basketteur martiniquais Thomas Hieu-Courtois, ailier du Lille Métropole Basket. ©THC.
Il n'a peut-être que 26 ans mais il parle déjà comme un sage. Il essaie en tout cas. Le Martiniquais Thomas Hieu-Courtois est un joueur à part dans le monde du basket. Surnommé le Bob Marley des parquets, il ne vit que pour l'amour, la bienveillance et le respect de l'autre. Un rebelle moderne.

Écrire sur Thomas Hieu-Courtois sans évoquer Bob Marley peut friser la faute journalistique. Tant l'artiste jamaïcain habite le joueur martiniquais. Bob accompagne Thomas de son lever jusqu'au coucher. Tous les jours. À chaque instant. En 2020, le Martiniquais nous déclarait : "Je n'écoute pas du reggae ; j'écoute Bob Marley !". En 2022, il ajoute : "Bob et moi, ça ne changera jamais. Il y a le rythme de sa musique, la force de ses paroles. C'est comme mon chant d'église, mon gospel."

Un mariage artistico-spirituel qui a aussi contribué à la construction d'un basketteur désormais majeur dans le championnat français. Un basketteur toujours en quête d'absolu.

  

Joueur de Pro-B qui rêve de Pro-A  

Thomas Hieu-Courtois n'est plus un débutant. Le Martiniquais dispute sa sixième saison en tant que joueur professionnel. Blois, Aix-Maurienne, Lille… Des expériences différentes dans des clubs différents. Mais toujours en Pro-B. Sauf à la toute fin de saison dernière. "J'ai été sollicité par Strasbourg en tant que joker médical pour le dernier mois de compétition. La Pro-A est moins physique que la Pro-B. Plus intelligente aussi. Malheureusement, je n'avais que quelques semaines pour aider l'équipe. Cette aventure m'a tout de même permis de grandir en tant qu'humain et que joueur."  

L'été venu, le joker a choisi de redevenir un acteur majeur. Toujours au sein du Lille Métropole Basket. Donc toujours en Pro-B. "J'avais des propositions en Pro-A mais pour un profil de deuxième ou troisième ailier. J'ai préféré accepter le projet nordiste." Car Lille est une équipe ambitieuse. Après un petit trou d'air début décembre, les coéquipiers du Martiniquais ont bien redécollé. "Nous sommes de nouveau au complet depuis janvier 2022. Nous restons dans la course pour les play-offs. La montée en Pro-A ne représente pas un rêve impossible." 

Le basketteur martiniquais Thomas Hieu-Courtois
Le basketteur martiniquais Thomas Hieu-Courtois ©THC.

La folie des hommes

Thomas Hieu-Courtois a beau être à part ; il ne vit pas pour autant à l'écart du monde. Ainsi, la guerre en Ukraine le touche, le choque. "Ça me rend malade de voir tous ces gens victimes de basses manœuvres politiques." Le Martiniquais refuse cependant de baisser les bras. "Il faut se battre pour garder l'espoir. Faire de petites actions au quotidien." Tout en rappelant que la situation n'est pas uniquement critique en Ukraine. "Il y a tellement d'endroits sur la planète où les gens souffrent. Je pense à l'Éthiopie, à l'Arménie, à l'Afghanistan…"  

Une situation géopolitique mondiale inquiétante et révoltante. Même si Thomas ne redoute pas une guerre nucléaire. "Je n'imagine pas cette issue car je crois en Dieu. Si demain, Poutine appuyait sur le bouton rouge, il n'en sortirait pas gagnant. La catastrophe serait planétaire." Devant la folie des hommes, le basketteur se sent désarmé. "Quelle réponse apporter ? Peut-être juste essayer de rendre le monde meilleur à mon échelle. Aujourd'hui, il n'y a rien de plus rebelle que d'avoir de l'amour, de la bienveillance et de la bonté pour son prochain." 

Le basketteur martiniquais Thomas Hieu-Courtois
1998 : Thomas Hieu-Courtois, pas encore 3 ans dans les bras de son père Jeff en Martinique. ©Anne-Laure Hieu-Courtois.

Rester zen malgré tout  

Aider les autres. Autant que faire se peut. Et avancer à titre personnel. Devenir plus zen. "Ce n'était pas naturel chez moi." Depuis plusieurs mois déjà, Thomas Hieu-Courtois travaille avec un préparateur mental. "J'ai ressenti le besoin d'apprendre à me contrôler. Ne pas être tout de suite dans la réaction. Être patient avec moi-même." Il a notamment découvert la cohérence cardiaque. "C'est une technique très simple de respiration qui permet de se calmer. De se réveiller aussi. Ça fait maintenant partie de ma vie au quotidien." Réguler son stress, travailler ses émotions, la cohérence cardiaque permet tout ça. "On ne se rend pas compte de l'impact de la respiration sur le corps."  

Le Martiniquais est curieux. De tout. "J'ai toujours été fasciné par les êtres humains en quête de contrôle de leur corps et de leur esprit." Suite logique : il s'est ouvert à la méditation. "J'ai pas mal de problème le soir pour trouver le sommeil. Beaucoup trop de questions me viennent en tête. La méditation m'aide à maîtriser mes pensées." Enfin, histoire de préparer le corps à l'effort, Thomas a ouvert son esprit à l'imagerie mentale. "Ce n'est rien d'autre que de la visualisation. Une méditation dirigée. Avant les matchs, je me mets en situation de réussite sportive. Tout cela est encore un peu tabou mais personnellement, ça me nourrit. C'est mon équilibre."  

Autre nourriture vitale pour Thomas Hieu-Courtois : la lecture. Les livres lui ouvrent de nouveaux horizons. Dernier coup de cœur : "Plaidoyer pour la vie" du docteur congolais Denis Mukwege, alias l'homme qui répare les femmes. "Voilà une lecture qui devrait être obligatoire. Ce gynécologue a fondé un hôpital dans lequel il reconstruit physiquement et psychologiquement toutes les femmes victimes de viol collectif dans l'horreur de la guerre. Je ne pensais pas que ces choses-là se passaient encore de nos jours." En 2018, le docteur Mukwege a reçu le Prix Nobel de la Paix. Tout en étant régulièrement menacé de mort. "Cet homme est mon héros. Il force le respect. J'essaie de rendre mon monde meilleur, mais sans jamais risquer ma vie. Alors que lui… Chapeau bas !"

Dernier coup de cœur littéraire du martiniquais Thomas Hieu-Courtois : le livre "Plaidoyer pour la vie" du docteur congolais Denis Mukwege, l'homme qui répare les femmes. ©L'Archipel.