Le Covid oblige la Martiniquaise Florentin à cesser le karaté et brise son rêve olympique

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La karatéka martiniquaise Anne-Laure Florentin.
Autoportrait de la Martiniquaise Anne-Laure Florentin. ©ALF.

Anne-Laure Florentin ne disputera pas les championnats d'Europe de karaté dans quelques jours. Elle visait un quatrième sacre. Mais atteinte du Covid en octobre, Anne-Laure souffre d'un problème cardiaque depuis lors. À 29 ans, la Martiniquaise a dû mettre un terme à sa carrière sportive.

Vivre en permanence avec cette même sensation. Le tunnel qui n'en finit pas. La lumière qu'on espère. En vain. Anne-Laure Florentin est comme tout le monde. Elle a hâte de pouvoir revivre normalement. Que le Covid et ses conséquences ne soient plus qu'un horrible souvenir. Mais comme tout un chacun, la karatéka martiniquaise n'en voit pas le bout. "Il y a un an, on pensait que ce serait fini en 2021. Que nous ne serions plus sous la menace d'un nouveau confinement. On a vu ce qu'il est advenu. Je croise les doigts mais j'ai l'impression que nous avons encore de longs mois de cohabitation avec ce fléau."

La karatéka martiniquaise Anne-Laure Florentin.
La Martiniquaise Anne-Laure Florentin en 2020 en pleine rééducation après l'opération de son genou gauche. ©Facebook ALF.

 

2020, année maudite

De prime abord, Anne-Laure Florentin a pu y voir une chance. Arrêt des compétitions en mars 2020. Report d'un an des Jeux Olympiques. Le timing idéal pour réparer un genou gauche trop sollicité. La karatéka martiniquaise passe donc sur la table d'opération fin mai 2020. "Avec le temps de rééducation nécessaire, je pouvais revenir à la compétition au printemps et viser une qualification pour Tokyo." La rééducation débute effectivement sur les chapeaux de roue à Clinalliance de Villiers-sur-Orge dans l'Essonne. L'été est studieux. Prometteur. Malheureusement, l'automne vire au cauchemar.

Fin octobre, Anne-Laure contracte le Covid. "C'est d'autant plus rageant que je ne quittais pas mon masque et que j'ai respecté tous les gestes barrière." Place à dix jours d'isolement sans symptôme grave. Mais quand elle retourne à sa rééducation, la Martiniquaise ressent des palpitations cardiaques. Une prise de sang et une échographie du cœur plus tard, Anne-Laure se retrouve hospitalisée en urgence. Une bonne semaine. Car le diagnostic est tombé : myocardite avec lésions. Traduction : une inflammation du muscle cardiaque. Une maladie qui doit se soigner rapidement... sauf peut-être quand elle est provoquée par le Covid.

 

Fin de carrière précipitée

La myocardite n'inquiète pas les spécialistes qui entourent Anne-Laure. Car elle est jeune. Durant trois mois, son activité cardiaque est régulée. Pas plus de 140 pulsations par minute. Après quoi, tout doit rentrer dans l'ordre. "Sauf que j'ai continué à ressentir des palpitations. Aujourd'hui encore, un simple footing de trente minutes et mon cœur s'emballe. Ça me suit toute la journée. Idem dans les situations de stress. J'ai très vite compris que ma carrière dans le karaté était terminée."

Après l'annonce de sa retraite sportive, Anne-Laure Florentin a été contactée par plusieurs associations de victimes de Covid long. Un soutien précieux. "Nous n'avons aucun recul sur les suites de cette maladie. Les médecins me disaient que mes lésions cardiaques allaient cicatriser au bout de six mois. Or ça fait plus de sept mois que je vis avec cette infection due au Covid. Attention, je ne suis pas diminuée dans ma vie de tous les jours. Mais je ne suis pas rassurée pour autant. Je vais me rapprocher d'autres cardiologues. Pour avoir plus d'infos. Et peut-être trouver un meilleur traitement."

Un cœur qui s'emballe trop et des yeux qui pleurent un peu. À 29 ans, la Martiniquaise doit faire une croix sur le sport de haut niveau. Sur certains rêves également. Cruel. "Le karaté a rythmé une grosse partie de ma vie. C'est forcément une déception. J'avais des objectifs forts : les Europe, les JO avant de terminer avec les Mondiaux en fin d'année. J'ai beau savoir qu'une carrière peut s'arrêter à tout moment ; il est quand même difficile de devoir renoncer si près du but."

 

Des projets en pagaille

Retraite sportive ne signifie pas vacances à volonté ou oisiveté à durée illimitée. Pas pour Anne-Laure Florentin en tout cas. "Quand tu as passé des années à t'entraîner quotidiennement, rester active est quelque chose de naturel. J'ai beaucoup de projets." À commencer par un second master en management qu'elle validera l'année prochaine au sein de GEM à Grenoble. Et déjà la Martiniquaise apporte son expertise au cabinet de recrutement BDB Talent. L'ennui ? Pas le temps pour ça ! "Surtout que je compte bien travailler aussi pour la Fédération de karaté et soutenir des associations qui me tiennent à cœur."

La déprime ne guette donc pas la toute jeune retraitée des tatamis. Anne-Laure Florentin a des envies plein la tête. Cerise sur le gâteau de la Martiniquaise : elle se sent soutenue. "La Fédération et mon club de l'AS Évry ont été formidables avec moi. J'ai également reçu une foule de messages très bienveillants. C'était très touchant. Sans oublier que mes partenaires Lacoste et Point P. ont mis un point d'honneur à continuer à m'épauler. Quand l'humain passe avant tout autre considération, on peut déplacer des montagnes."

La karatéka martiniquaise Anne-Laure Florentin.
La Martiniquaise Anne-Laure Florentin est depuis plusieurs années, ambassadrice de l'association "Fight for dignity" qui aide les femmes victimes de violence à se reconstruire par la pratique du sport. ©Fight for Dignity.