Les Outre-mer prisés pour les fêtes : le secteur touristique satisfait, les autorités sanitaires prudentes

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Plage Martinique
Les Salines, Martinique. ©LIOT Jean-Marie / hemis.fr / hemis.fr / Hemis via AFP

Les professionnels du tourisme retrouvent un peu le sourire, alors que les autorités restent sur le qui-vive. L'affluence constatée aux Antilles et à La Réunion pendant les fêtes laisse craindre une recrudescence du Covid-19 dans ces territoires où l'épidémie était jusqu'ici largement sous contrôle

La Guadeloupe, la Martinique et La Réunion ont été les destinations phares des Français pour les fêtes de fin d'année. Dès la levée du confinement et la fin des motifs impérieux pour voyager à compter du 15 décembre, les touristes hexagonaux ont afflué dans les trois départements d'Outre-mer. Une excellente nouvelle pour le secteur économique : hôtels, restaurants, loueur de voitures, de bateaux, petits commerçants… Tous ont profité d'une embellie inespérée.

Désormais, les yeux sont rivés sur les bilans sanitaires des Agences Régionales de Santé : les deux prochaines semaines vont être cruciales pour déterminer l'ampleur de la propagation du virus. Dans le Journal du Dimanche, Jérôme Salomon, le directeur général de la santé promet de "surveiller la situation aux Antilles où de nombreux touristes se sont rendus pour les fêtes de fin d'année."

Une possible vague de contaminations

Un afflux de personnes de la métropole pose un risque d'une nouvelle élévation de l'épidémie.

Dr Christophe Longuet, médecin


Va-t-on assister à une nouvelle vague de contaminations en janvier aux Antilles et à La Réunion? "On ne peut pas l'exclure", explique Christophe Longuet, co-auteur des avis du Conseil scientifique pour les Outre-mer, interviewé par Célia Cléry. Malgré tout, le médecin - qui exerce à l'hôpital et au centre de vaccination internationale de Lyon - se veut rassurant : "elle est à craindre, mais pas inéluctable", car "des tests PCR ont été préconisés" au départ de Paris, précise-t-il. Il salue également les mesures de distanciation sociale, tout en constatant qu'elles n'ont pas toujours été respectées à la lettre.

Une chose est sûre, au mois de décembre, chacun des trois département d'Outre-mer affichait des taux d'incidence nettement en-dessous du seuil d'alerte décrété par le gouvernement, et nettement en-dessous des autres départements de France hexagonale. (Le taux d'incidence est le nombre de personnes testées positives sur les 7 derniers jours, rapporté à la population de chaque département, multiplié par 100 000.)

● En Guadeloupe, les indicateurs étaient quasiment stables en semaine 52 : le taux d’incidence était de 18/100 000 habitants (contre 19 en S51) et le taux de positivité était de 2,9% (vs 2,4% en S51).

● En Martinique, les indicateurs SI-DEP étaient en diminution en S52, avec un taux d’incidence de 12/100 000 habitants (26 en S51) et un taux de positivité de 1,7% (2,6% en S51).

● À La Réunion, les indicateurs SI-DEP étaient en diminution en S52 : le taux d’incidence était de 16/100 000 habitants (30 en S51) et le taux de positivité de 1,5% (2,1% en S51). Ce lundi 4 janvier 2021, l'ARS de La Réunion annonce 81 nouveaux cas recensés du 2 au 4 janvier, soit une moyenne de 27 par jour sur trois jours et donc une légère augmentation à surveiller. 

Pic d'affluence inédit en 2020

Pour Christophe Longuet, l'insularité joue un rôle favorable dans la moindre propagation du Covid-19. "On voit que finalement les territoires d'Outre-mer sont derrière la métropole, du fait de l'insularité et des mesures de protection des îles à l'arrivée des touristes avec des tests PCR". L'impact du climat sur la multiplication du virus reste encore un point d'interrogation, selon lui.

Test PCR négatif obligatoire, mais levée des motifs impérieux. Dès la mi-décembre, l’aéroport Roland Garros à La Réunion enregistre un pic d’activité. Les 19 et 20 décembre, premier week-end des vacances, 12 400 passagers s'y croisent. La seconde quinzaine de décembre voit une remontée d'activité si importante que la société aéroportuaire revoit à la hausse ses prévisions de trafic pour 2020, visant finalement le million de passagers (contre, certes, près de 2,5 million en 2019). Même constat aux Antilles. En Martinique, par exemple, l'IEDOM, l'Institut d'Emission des Département d'Outre-mer prévoyait un boom des passagers en décembre avec 100 000 voyageurs, une relance permise par la reprise des vols d’Air Belgium et le programme ambitieux des compagnies nationales. 

 

Le secteur touristique se frotte les mains

Certes, deux fois moins de Français ont choisi de voyager pour les fêtes en 2020, selon le baromètre Protourisme de décembre, mais ce sont tout de même 8 millions de personnes qui ont quitté leur domicile. La météo estivale, une faible circulation du Covid et plus de libertés que dans l'Hexagone ont conduit beaucoup d'entre eux vers départements d'Outre-mer plutôt que les stations de ski, encouragés par les prix attractifs des billets d'avion, de 20 à 30% moins chers que l'an dernier à la même époque.
 

Premier week-end de chassé-croisé des vacances à l'aéroport Roland-Garros, à La Réunion
Premier week-end de chassé-croisé des vacances à l'aéroport Roland-Garros, à La Réunion ©Céline Latchimy

Les Antilles et La Réunion ont donc vu déferler un nombre considérable de vacanciers et enregistré suffisamment de réservations pour donner une petite bouffée d’oxygène aux professionnels du tourisme. Les réservations se sont faites à la dernières minutes, mais le taux de remplissage a bondi en décembre, jusqu'à atteindre 100% le week-end dans les hôtels et  les maisons à louer sur la côte ouest de La Réunion par exemple, les clients de l'Hexagone étant à l'origine de 60% de ces réservations.

Les loueurs de voitures se sont eux aussi frotté les mains, au moins provisoirement, dans les trois départements. En Martinique, les touristes se sont rués sur les activités nautiques en décembre. Les excursions ont affichés complet pour la première fois depuis plusieurs mois.

 

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