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Dans la liste du Prix Goncourt, Daniel Picouly retrace la saga de la Montagne Pelée en Martinique

Récipiendaire du Prix Renaudot en 1999 pour son roman "L’Enfant Léopard", Daniel Picouly figure cette année parmi les quinze auteurs retenus dans la première liste du Prix Goncourt avec son nouveau livre, "Quatre-vingt-dix secondes".

Daniel Picouly © Ulf Andersen / Aurimages / Ulf Andersen / Aurimages / AFP
© Ulf Andersen / Aurimages / Ulf Andersen / Aurimages / AFP Daniel Picouly
  • Par Philippe Triay
  • Publié le , mis à jour le
D’un père martiniquais et d’une mère de France hexagonale, Daniel Picouly est un auteur éclectique qui a publié sur une grande variété de thèmes, dans les registres du roman, de la littérature policière, de la bande dessinée ou de livres pour enfants. Il est également le créateur et présentateur de l’émission Page 19 sur France Ô. Grand Prix des lectrices de Elle en 1996 pour "Champ de personne" (éditions J'ai lu), il a également obtenu le Prix Renaudot en 1999 pour son roman "L’Enfant léopard" (Le Livre de poche). Cette année, il est sur la première liste des quinze auteurs retenus pour le prestigieux Goncourt avec son dernier livre, "Quatre-vingt-dix secondes", unanimement salué par la critique.
 

Roman ciselé

Avec raison. Dans ce roman ciselé qui nous emmène dans la Martinique du XIXe siècle, dans la ville de Saint-Pierre, Daniel Picouly évoque parfois de manière jubilatoire les semaines précédant, puis l’éruption de la Montagne Pelée du 8 mai 1902 qui tua 30.000 personnes, à 7h52 exactement, dans une assassine "nuée ardente". Dans ce livre où se déroule également une histoire d’amour sur fond de jalousie et de vengeance, l’auteur s’est également attaché à la précision historique. On y apprend beaucoup sur la sociologie et la mentalité de la ville à l’époque, une « ingrate » qui « a du talent pour le tragicomique domestique ». « Saint-Pierre aime être fière », cependant l’écrivain n’épargne pas sa « débauche éreintante de fierté, de foutre et de modernité (…) agrémentée de rues pavées et d’élégantes maisons de pierre aux toits de tuiles rouges. Cela suffit à Saint-Pierre pour se dire ‘le Paris des Antilles’. »
 

L'éruption comme règlement de compte

Au passage, Daniel Picouly, par la voix de la Montagne Pelée, éreinte son « découvreur », le capitaine Belain d’Esnambuc, et ce qu’il nomme les « dépuceleurs de mappemonde ». « Ces obsédés des terres vierges dont ils ne sont que les énièmes amants. Ils massacrent ce qui les précède pour exercer leur droit divin à nommer le monde. » On y verra une sourde critique du colonialisme, et dans l’éruption de la Pelée comme une forme de règlement de compte. Avec un avertissement donné le 5 mai 1902 par un coup de lahar (coulée de boue, de roches et de cendres d’origine volcanique, ndlr) sur l’usine sucrière Guérin de Saint-Pierre, la plus grosse de l’île avec ses 600 hectares.
 

Résonance

« La famille Guérin est ‘une des Dix’. Une des dix familles qui possèdent la Martinique par décile. Ces dix familles l’ont fondée et fait prospérer par la grâce de la flibuste, du commerce, de l’esclavage et de Dieu. Elles sont l’huile de la sainte ampoule et ne se mélangent pas à l’eau trouble du commun. On s’épouse entre soi, de tonne de sucre à tonne de sucre, d’hectare à hectare ou autres manifestations de tendresse. Les Dix laissent la politique aux Blancs mal nés comme un os sale à ronger et aux Noirs et mulâtres comme un mât de cocagne soigneusement savonné ». Ce passage entre singulièrement en résonance avec l’histoire et la situation de la Martinique. Le reste est à découvrir dans le livre…

Daniel Picouly, « Quatre-vingt-dix secondes » – éditions Albin Michel, 268 pages, 19,50 euros.
  1 537 452 244

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