Marche de la colère : des policiers ultramarins crient leur ras-le-bol à Paris

sécurité
Marche de la colère
Les syndicats de police ont fait cause commune pour la « marche de la colère » ce mercredi à Paris. ©Denis Meyer / Hans Lucas (à gauche) / ALB
Des milliers de policiers ont manifesté leur colère mercredi 2 octobre lors d’une marche à Paris. Parmi eux, de nombreux ultramarins venus crier, unanimement, leur ras-le-bol, alors que les syndicats ont fait cause commune. Témoignages.
 

Manque de moyens, de considération, épuisement, conditions de travail "déplorables", réforme des retraites dont ils ne veulent pas... Des milliers policiers ont dénoncé le "manque d'humanité" de l'administration et la mutiplication des suicides dans la profession. Parmi eux, des nombreux Ultramarins, installés dans l'Hexagone ou venus des Outre-mer, nous ont confié leur "ras-le-bol"

► Jean-Yann William

responsable de la section Outre-mer d’Unité SGP Police

La Martiniquais dénonce le "manque d'humanité" de l'administration. Il avoue avoir été particulièrement marqué par le suicide d'un collègue : "Je l'ai tenu dans mes bras trois semaines avant et je n'ai pas trouvé les mots. Je sentais qu'il n'allait pas bien. Et trois semaines plus tard, j'ai compris."
"Beaucoup de policiers sont surmenés et n’ont pas forcément été entendus par leur administration. Nous sommes avant tout des pères et des mères de famille. Derrière l’uniforme se cachent des hommes. Plus d’humanité et de relationnel permettrait de fluidifier les relations et améliorer le quotidien des policiers qui sont d’abord là au service de la population et non pas contre la population.

Lorsqu’on est policier, l’objectif, c’est de faire respecter la loi. Dans un premier temps, nous sommes les héros, après nous pouvons devenir les bourreaux. Nous connaissons les risques du métier, mais le fait de créer ce désamour auprès de la population, c’est quelque chose qui nous pèse. Ça crée des risques psychosociaux. Nous voulons que la pression du chiffre ne soit pas le seul motif de la police nationale."
 

► Cédric Boyer
représentant syndical Alliance police

Pour le syndicaliste réunionnais, le métier de policier est "en danger". Et c'est particulièrmeent vrai dans les territoires ultramarins : "l'Outre-mer n’est pas traité de la même façon que certains départements métropolitains."
"On en arrive à un ras-le-bol général, on est le métier où il y a le plus de suicide. Rien n’est fait pour endiguer ce problème. On a des conditions de travail déplorables, du matériel qui est une honte pour la République, des véhicules qui ont plus de 300 000 km. Ce que nous réclamons, c’est de pouvoir faire notre métier correctement, travailler dans la dignité et avoir les conditions nécessaires pour pouvoir mener à bien nos missions. 

Il y a plus de commissariats à problèmes que le contraire ! Même sur les bâtiments qui sont sortis de terre depuis deux ans, on s’est rendu compte que les clims tombaient en panne. On a les pantalons, mais il n'y a pas les chaussures ou il n'y a pas la chemise. Les véhicules qui tombent en panne constamment et qui mettent six, sept mois, un an avant d’être réparés, des fois pour une bêtise comme une batterie.

En Martinique, il y a 120 policiers qui sont déjà retraités, mais qui travaillent et peuvent partir du jour au lendemain. Quatre policiers blessés par balle. 56 tentatives d’homicides. Le trafic de stups, le trafic des armes, 1,4 tonne de cocaïne saisie récemment. Que fait le gouvernement ? Aujourd’hui, il faudrait 80 policiers en urgence en Martinique, et le ministère décide de n’envoyer personne. Vous avez un vivier de 5 000 policiers ultramarins en Île-de-France qui n’attendent qu’une chose, c’est rentrer, mais aujourd’hui on fait une politique budgétaire et non pas une politique sécuritaire."

 

► Wallace Teina, polynésien
délégué Régional de Polynésie pour Unité SGP Police

Pour Wallace Teina, brigadier-chef à la Direction de la Sécurité Publique de Polynésie, le métier de policier est en "grand danger"
"Les réformes du gouvernement sont un grand danger. Réformer le statut de la police nationale, nous sommes contre, même à 20 000 km en Polynésie. On a aussi des particularités Outre-mer qui risquent d’impacter encore plus notre statut, notre métier en Polynésie française. Lorsque des décisions sont prises à Paris, cela a un impact double par rapport aux dispositions qui sont appliquées à l’Outre-mer.

Au niveau national, comme en Outre-mer, il y a un problème d’effectifs. On est confrontés H-24 aux difficultés de la société et on ne nous donne pas les moyens d’y répondre."

 

► Daniel Tamanogi
Délégué Départemental de Nouvelle-Calédonie pour Unité SGP Police

Chef de groupe d’appui judiciaire à la Direction de la Sécurité Publique en Nouvelle-Calédonie, Daniel Tamanogi est venu manifester par "solidarité" envers ses collègues métropolitains. 
"C’est une première pour nous. Nous profitons de notre présence sur le sol métropolitain pour relayer le mouvement en Nouvelle-Calédonie.

Nos retraites seront forcément impactées par la réforme de la fonction publique. Nous ne voulons pas que le statut spécial soit revisité. Nous apportons notre solidarité aux policiers métropolitains pour qui les conditions de travail sont très difficiles : les locaux vétustes des collègues, le matériel roulant, les collègues travaillent avec vraiment peu de moyens pour pouvoir mener à bien leur tâche."




 
Les Outre-mer en continu
Accéder au live