Marie-José Pérec : "Je suis une personne qui aime faire ce qu'elle veut comme elle veut" [#MaParole]

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Marie-José Pérec #MaParole
©Franck Fife / AFP

C’est à ce jour la seule athlète française à avoir remporté trois médailles d’or olympiques : une à Barcelone en 1992 et deux à Atlanta en 1996. De son enfance en Guadeloupe à une carrière pleine de rebondissements, Marie-José Pérec se raconte dans #MaParole.

Sa vie est digne d’un biopic. De son enfance en Guadeloupe complexée par sa taille à la révélation des JO de Barcelone en 1992, Marie-Jo Pérec est passée par tous les états physiques et émotionnels. Une vie de "montagnes russes" qu’elle évoque dans #MaParole. L’athlète participe en ce moment à une opération en faveur des Restos du cœur.  

 

► Une enfance créole

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De son enfance, Marie-José Pérec a des souvenirs contrastés. La vie était joyeuse à la maison où l'on écoutait beaucoup de musique. La famille composée de sa mère Josette, son oncle Georges et la grand-mère baptisée "mémère" étaient très soudée. Sa grand-mère Eléonore, vendeuse au marché de Basse-Terre, trouvait toujours le temps de s’occuper de sa petite fille un peu rebelle et de veiller à son éducation religieuse.

A l’école en revanche, la vie s’est transformée très rapidement en cauchemar pour Marie-José Pérec. Sa taille immense, sa singularité la mettent à l’écart. Ses camarades se moquent d’elle et pour les professeurs, difficile de comprendre cette grande fille maladroite. Elle fait du sport pendant un an au "cygne noir", le club de basket de Basse-Terre qu’avait choisi sa sœur, mais elle n’aime pas trop ça.

Une professeur d’EPS du collège, Anne-Marie Soual, est la première à se rendre compte des qualités athlétiques de Marie-José Pérec. Lors d’une course, elle est "scotchée" par la performance de la jeune fille. Elle l’inscrit à un championnat. Marie-Jo dit oui sans trop y voir l’intérêt. Grâce à la persévérance d’Anne-Marie Soual et à l’autorité naturelle de "mémère", Marie-José Pérec finit par participer à une course qui lui permet d’être sélectionnée aux championnats de France scolaires.

Deux ans après, l’athlète intègre l’INSEP, mais ça ne se passe pas très bien. Impossible de se faire au coach, à l’ambiance, à Paris. Elle supplie sa famille de la faire rentrer en Guadeloupe. Puis, quelques semaines après, elle revient et, grâce à un ami, elle intègre l’équipe de François Pépin au PUC (Paris Université Club).

 

► Les trois médailles d'or

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A partir de 1988, l’athlète enchaîne les succès. Entrainée par un nouveau coach, Jacques Piasenta à Créteil, elle devient championne du monde du 400 m à Tokyo en 1991, puis remporte une médaille d’or toujours sur 400 m aux Jeux olympiques de Barcelone en 1992. Mais avec son entraineur, les relations sont explosives

Quelques mois après les JO de Barcelone, Marie-José Pérec décide d'en changer et de partir aux Etats-Unis suivre le programme de John Smith avec des sprinteurs comme Ato Boldon ou encore Maurice Greene. Au début, le coach américain ne voulait pas d’elle. "Les filles, c’est trop de problèmes", disait-il. Mais la Guadeloupéenne fait ses preuves. Elle s’adapte vite à la Californie et à l’ambiance joyeuse que fait régner John Smith. Elle considère aujourd'hui cette période comme "l’une des plus belles de sa vie".

En 1996, Marie-José Pérec défile comme porte-drapeau de la délégation française aux jeux olympiques d’Atlanta. "Il y avait une pression énorme sur mes épaules", dit-elle. Mais malgré cette pression, l’athlète surprend tout le monde en réalisant comme Michael Johnson un exploit incroyable : le doublé sur 400 m et 200 m aux JO. Deux médailles d’or qu’elle a fêtées toute la nuit.

Deux ans après les JO Atlanta, en 1998, Marie-José Pérec ressent une immense fatigue. Une mononucléose avec des complications cardiaques est à l’origine de ses graves problèmes de santé. Elle est hospitalisée deux semaines et met beaucoup de temps à récupérer. Elle décide ensuite de reprendre l’entrainement. Elle renonce à John Smith dont le groupe s’est considérablement agrandi pour choisir un entraineur allemand, Wolfgang Meier. Un choix à la fois logique et surprenant. Il est le mari de Marita Koch, la recordman du monde du 400 mètres, record contesté par Marie-José Pérec elle-même lors des JO de Barcelone. Marie-José Pérec se retrouve à Rostock, en ex-Allemagne de l’est pour préparer les JO de Sydney en 2000.

 

►La fuite de Sydney

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En Allemagne, Marie-José Pérec n’a qu’un objectif : se préparer aux jeux olympiques de 2000. Mais quand elle arrive à Sydney avec son compagnon l’athlète américain Anthuan Maybank, les choses ne se déroulent pas comme prévu. Marie-José Pérec ressent une pression extrême de la presse australienne. Elle estime que l’enjeu de la compétition la dépassait complètement. "L’Australie voulait une victoire de Cathy Freeman d’origine aborigène afin de montrer à la face du monde la réconciliation avec son peuple premier", écrit-elle dans sa biographie. 

Plutôt que de faire face, comme elle l’a toujours fait, l’athléte préfère fuir Sydney. Lors d'une escale à Singapour, la presse du monde entier la poursuit, au point que son compagnon finit par se bagarrer avec un caméraman. Cet épisode reste un moment particulièrement traumatisant de la vie de Marie-Jo Pérec. Mais sa famille - et notamment sa grand-mère - reste très présente auprès d’elle. Elle part alors plusieurs mois aux Etats-Unis puis en Guadeloupe où elle essaie de passer à autre chose. 

En 2002, Alain Bashung écrit Dans la foulée, une chanson qui prend la défense de Marie-José Pérec. L’athlète confie avoir écouté des centaines de fois cette chanson. "Ça m’a fait du bien cette chanson, et puis je l’aimais beaucoup cet artiste car il était comme moi un peu écorché vif". Marie-José Pérec reprend l’entrainement dans l’espoir de participer aux Mondiaux d’athlétisme de 2003 à Paris. Mais là, elle "se pète le dos" en voulant trop se muscler et doit renoncer. Une grande déception pour l’athlète qui décide d’annoncer sa retraite sportive en juin 2004.

Plus de 15 ans après avoir mis fin à sa carrière, Marie-Jo Pérec croise toujours des gens qui se souviennent de son parcours comme si c'était hier. "A Paris, au moins une ou deux personnes par jour", dit-elle. En décembre 2020, la Guadeloupe a inauguré une piste connectée à son nom, un immense honneur pour l’athlète pour qui l'île papillon reste "l'endroit où elle se sent le mieux". 

Marie-José Pérec participe en cette période d’épidémie de coronavirus à une collecte de fonds en faveur des Restos du cœur. Jusqu’au 14 février, une tombola solidaire organisée par les Etoiles du sport permet de gagner une rencontre avec un des sportifs engagés (dont Marie-José Pérec) ou un T-shirt collector. Toutes les recettes sont reversées aux Restos du cœur

Prise de son : Bruno Dessommes

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Marie-José Pérec en 5 dates

♦9 mai 1968

Naissance à Basse-Terre.

♦1er aout 1996

Victoire aux 200 m lors des JO d’Atlanta, sa troisième médaille d’or.

♦20 septembre 2000

Départ précipité de Sydney.

♦Octobre 2002

Sortie de l'album L'Imprudence d'Alain Bashung avec sa chanson Dans la foulée dédiée à Marie-José Pérec. 

♦30 mars 2010

Naissance de son fils Nolan.