"Le moustique de type Aedes s’est propagé dans le monde avec le commerce triangulaire puis la mondialisation"

Alerte aux Moustiques ? Frédéric Simard et Laurence Farraudière
Un livre sur les moustiques vient de sortir aux éditions Scitep. Ecrit à trois mains, par un chercheur à Montpellier et deux scientifiques en Martinique, ce petit livre donne pleins d’infos sur ces insectes. On en apprend plus sur leur histoire, intimement liée à celle de l'homme. 
Alerte aux Moustiques ? C’est le titre d’un livre écrit par Frédéric Simard, directeur de recherche à l’IRD (Institut de recherche pour le développement) à Montpellier,  André Yébakima entomologiste en Martinique et Laurence Farraudière, doctorante en biologie. L'ouvrage est publié aux éditions Scitep.

Le meilleur ennemi de l'homme

Ce petit livre passionnant permet de découvrir un insecte ô combien néfaste pour l’homme. Le moustique tue 725 000 personnes par an, contre 10 par an pour le requin selon l’OMS (l’organisation mondiale de la santé).

Il transmet de nombreuses maladies : le paludisme qui existe encore à Mayotte et en Guyane, la fièvre jaune, la dengue, le chikungunya, le Zika ou encore la filariose de Bancroft.

En Guyane, des membres de la collectivité territoriale récupèrent des larves de moustique, en pleine lutte contre l'épidémie de zika en février 2016.

L'anophèle, le moustique tueur

Apparus il y a plus de 250 millions d’années, les moustiques sont présents sur tous les continents du monde aujourd’hui. "On recence plus de 3 500 espèces, dont environ 300 piquent l’homme", peut-on lire dans Alerte au moustique ? 

"Parmi ces 300 espèces, une centaine est impliquée dans la transmission de maladies", "mais une dizaine seulement est responsable de l’essentiel de cette transmission". "Elles appartiennent aux genres Aedes, Anopheles ou Culex". L’anophèle étant le plus gros tueur d’hommes car il transmet le paludisme.

Aedes albopictus

Aedes et l'Outre-mer

Aedes aegypti et Aedes albopictus (le moustique tigre) sont les deux moustiques qui posent le plus de problèmes dans tout l’Outre-mer français, que ce soit en Martinique, en Guyane, en Guadeloupe, à La Réunion, à Mayotte, en Polynésie, à Wallis et Futuna ou en Nouvelle-Calédonie.


Moustique et esclavage

La propagation du moustique de type Aedes est marquée par deux grands événements dans l’histoire de l’humanité. Tout d’abord l'essor du commerce triangulaire. "Aedes aegypti est un moustique d’origine africaine", explique Frederic Simard.

"C’est un moustique qui a besoin d’eau, car ses larves sont aquatiques, et de sang pour se nourrir et fabriquer ses œufs. Or dans les bateaux qui faisaient du commerce d’esclaves, il y avait les deux. C’est ainsi que le moustique Aedes aegypti est passé d’un continent à l’autre".

"Nous en avons eu confirmations en travaillant sur la fièvre jaune, c'est ce qui nous a permis de mettre en évidence cette migration des moustiques"
, précise l’entomologiste à La1ere.fr. Le commerce triangulaire a donc favorisé l'arrivée d'une espèce de moustique en Amérique latine et plus largement dans toute la Caraïbe. 

Image d'archive du pont d'un bateau négrier

Moustique et mondialisation

Autre événement qui a bouleversé l’humanité : l'essor de la mondialisation. Le développement des échanges à travers la planète favorise la dissémination du moustique tigre (Aedes albopictus) qui est, lui, d’origine asiatique.

"En 1985, les premiers moustiques tigre sont arrivés aux Etats-Unis grâce au commerce international de pneus pour petites voitures, précise à La1ere.fr Frédéric Simard. "Les œufs de moustiques Aedes albopictus ont en plus la propriété de résister extrêmement bien au manque d’eau. L’œuf pondu par la femelle peut attendre pendant 8 à 9 mois et une fois arrosé, une larve éclot, qui se transformera vite en adulte".

un cargo

Le gîte et le couvert

Cette capacité incroyable d'adaptation explique la dissémination de ce moustique à travers le monde et notamment dans le sud de l’Hexagone.  Les moustiques de type Aedes se sont adaptés à nos conditions de vie moderne, ils se plaisent en ville où ils trouvent à la fois le gîte, des lieux de ponte et le couvert !  

Pire encore, les moustiques se sont adaptés à certains insecticides, tels que le DDT, très utilisé dans les années 40 et qui n'a plus aucun effet sur sur eux.

Présence de moustiques tigre en Europe (en rouge, la plus forte concentration)

C'est l'affaire de chacun

"Actuellement aux Antilles, la résistance aux pyréthrinoïdes ( les insecticides actuellement les plus utilisés NDLR) est énorme, s'inquiète Frédéric Simard. Cela ne sert plus à rien de les utiliser car on tue tout sauf les moustiques. Par exemple les libellules se font massacrer alors que ce sont de prédateurs de moustiques…"  

Pour lutter contre les insectes, il faut donc éliminer les gîtes larvaires et éviter de faire traîner tout réservoir susceptible d’abriter leurs œufs.

Aspiration à l'intérieur d'une maison en Martinique

Ce n’est pas si simple car, les moustiques femelles pondent dans des endroits insoupçonnables : jouets, branches d’arbres, parasols, pots de brosses à dent, vases à fleurs, réfrigérateurs, bambous, gouttières… Leur imagination est sans fin. 

Pascal Goetgheluck/Biosphoto

 

Encadré : Seule la femelle pique, pourquoi ?

L’accouplement avec un mâle change complétement la vie de la femelle moustique. "Une fois fécondée, elle se met à la recherche" de sang. Pourquoi ? "C’est l’instinct maternel" qui la pousse, peut-on lire dans Alerte aux moustiques ? Elle trouve dans "le sang des vertébrés riche en protéine" tous les nutriments nécessaires dans à la fabrication et la maturation de ces œufs.

Et pour piquer, c’est une artiste. La femelle moustique anesthésie "son hôte pendant la piqure tout en rendant son sang plus facile à pomper" grâce à sa salive qui contient des anticoagulants et des anesthésiants !!